‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 75 sur 128 · PREMIÈRES OPÉRATIONS DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRES OPÉRATIONS DE L'ARMÉE

furent rudes. La fraicheur humide des nuits parut aller au delà de ce qu'on en avait dit. L’ennemi montra environ 4,000 fantassims et 6,000 cavaliers tous armés de fusils, troupe incapable de tenir en ligne, mais redoutable dans les escarmouches et habile à faire la guerre d’embuscades et de surprises, surtout contre une armée dénuée de cavalerie, car on n'avait pu encore débarquer les chevaux. Dans les précautions qu'exigeait cette guerre nouvelle, on alla peut-être jusqu'à l'excès. Durant ces premières nuits, notre infanterie resta sous les armes, formée en carrés ; un rang de soldats assis sur leurs sacs, un debout, un couché. Sur trois hommes, il n’y en avait qu'un qui dormit. Il y eut, dans la nuit même du débarquement, une vive alerte vers une heure du matin : on crut à une attaque générale, parce que quelques tirailleurs s'étaient rapprochés des avant-postes; les soldats: tirèrent sans ordre. Une confusion assez grande s’ensuivit. Il fallait faire l’apprentissage de cette guerre nouvelle que nous n6 connaissions pas, guerre excellente pour former des soldats doués de qualités individuelles précieuses, joignant la fermeté à l’ardeur, l'inspiration au sang-froid.

Dès le second jour, c’est-à-dire le 15 juin, toute l'artillerie de campagne était débarquée. On en profita pour écarter les tralleurs ennemis qui, en rampant comme des serpents, se glissaient à travers les broussailles, arrivaient à une trèspetite distance de nos bivouacs, et atteignaient de leur feu un certain nombre d'hommes. Les obusiers surtout, qui jetaient des obus au milieu des groupes de cavalerie, dès leur apparition dans le Sahel, produisirent un grand effet moral sur les Arabes, et les rendirent moins hardis à s'approcher de nos campements. Les fusils de rempart, dont la portée est trèsgrande et au tir desquels le général Lahitte avait exercé les arülleurs pendant leur séjour à Toulon, concoururent au même but. Ce brave et brillant général semblait se multiplier

pour être partout à la fois; impatient de montrer la supériorité du nouveau matériel sur l’ancien, il parvenait avec ses pièces aux avant-postes, en traversant les terrains les plus difficiles. Enfin, pour protéger notre infanterie contre les attaques d’une cavalerie nombreuse, hardie, rapide et presque insaisissable, on essaya de couvrir le front des tirailleurs d’une ligne de hérissons : c'étaient des faisceaux de lances, assemblées et fixées solidement par des chevilles, et un anneau en fér, qui formaient un rempart mobile. Get emprunt fait aux souvenirs de l’armée d'Égypte réussit peu et fut abandonné. Des deux côtés, on se tâtait avant d’en venir aux engagements sérieux. Les Arabes, étonnés de nos longues lignes qui sé meuvent ensemble, habitués qu'ils étaient à combattre sans ordre et avec leur mitiative individuelle, cherchaient à deviner notre manière de faire la guerre, et nous appremions la leur. C’étaient de continuelles escarmouches, des combats d’avant-postes, des pointes impétueuses suivies de retraites rapides avec des retours offensifs. Les Arabes ne faisaient pas de prisonniers. Tout soldat qui s’écartait ne reparaissait plus. Ses camarades trouvaient son corps sanglant et mutilé; le tronc seul restait, la tête avait été portée au dey qui, les premiers jours du débarquement, payait de 200 à 250 franes ce sinistre trophée !, de sorte que le fanatisme musulman était encore excité par l'attrait de la cupidité. Un peu plus tard, et quand cette sanglante denrée devint plus commune, le barbare réduisit à 50 francs ce tarif de primeur. Cette mamère sauvage de faire la guerre devait accoutumer nos soldats à une vigilance constante et à une discipline exacte; mais, en attendant, elle les exaspérait et les disposait, à leur tour, à n'accorder aucun quartier.

Telle était la situation des deux armées le 16 juin 1830

1 Relation de Pfeiffer.

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