‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 92 sur 128 · NOUVELLE DE LA VICTOIRE A PARIS · texte numérisé non relu

NOUVELLE DE LA VICTOIRE A PARIS

jours les bienvenus en France, et les esprits les plus prévenus ne sauraient se défendre d’un premier mouvement de Joie, à la vue d’une belle page ajoutée à notre histoire militaire par l'héroïsme de nos soldats, Mais ce sentiment ne dura qu’un moment, et les passions politiques prirent aussitôt le dessus. La Bourse, ce thermomètre financier qui marque les oscillations de l'opinion, demeura à peu près immobile, et, deux jours après, quand le Te Deum fut chanté à Notre-Dame, l'impression produite par cet événement avait, disparu. Plus tôt encore, le jour même où le canon des Invalides annonça la nouvelle, la candidature de l'amiral Duperré échoua dans Paris, et celle du baron d'Haussez qui, comme ministre de Ja marine, avait préparé le succès, fut repoussée dans neuf départements, ps

Le roi avait écrit aux évêques la lettre suivante, à l’occasion du Te Deum qui devait être chanté dans toutes les églises du royaume, pour remercier Dieu de la conquête d'Alger : « Monseigneur l’évêque, notre ferme espérance dans la protection divine n’a pas été trompée; le ciel a béni nos armes ; la Justice, la religion, l'humaxité, triomphent : Alger est tombé ! Grâces immortelles en soient rendues au Tout- Puissant, qui a couronné, par cette éclatante victoire, notre glorieuse expédition d'Afrique i »

Le dimanche, 11 juillet 1830, le roi se rendit, à quatre heures de l'après-midi, à Notre-Dame. Le cortége se composait de douze carosses à huit chevaux, «L'effet produit par notre conquête était déjà amorli, dit tristement le baron d'Haussez dans ses notes, Tout était morne et silencieux autour du cor-

1 Plusieurs historiens ont dit qu'il y eut une baisse à la Bourse le jour où la nouvelle de la prise d’Alger fut affichée. C’est une erreur. Nous avons vérifié les cotes du vendredi 9 juillet 4830, jour où la nouvelle fut affichée à la Bourse. Le 5 pour 100, ouvert à 105 40, ferma à 105 45. Le 3 pour 100, ouvert à 78 60, ferma à 79. Le premier de ces fonds était, la veille 8 juillet, à 105, et le second à 78 65,

tége. Quelques cris, évidemment achetés, partis de groupes isolés, au milieu d'une population impassible, firent seuls les frais de la joie publique. Dans une telle occasion le silence du peuple était significatif. Le roi le comprit et en fut affecté Ses yeux cherchèrent vainement des figures sur lesquelles on pût surprendre quelque apparence de l'enthousiasme que des vait exciter un tel événement. À son retour, il était triste, on voyait qu'il aurait volontiers donné les palmes que son armée venait de cueillir pour les acclamations si franches, si unanimes, que son retour excitait en 1814. »

Le roi accorda le bâton de maréchal de France au coms mandant en chef de l'expédition, et la dignité de pair de France au commandant en chef de l’armée navale‘. Il décida en outre qu'on élèverait, dans la rade de Toulon, un phare auquel on donnerait la forme d’une colonne rostrale, et que les rostres, les ornements et les plaques destinés à recevoir les noms des officiers, des généraux et des corps de terre eb de mer, seraient exécutés avec le bronze des canons pris dans

1 Le baron d'Haussez, alors ministre de la marme, énumère ainsi, dans ses notes politiques, les fautes commises par l'amiral Duperré dans le cours de l'expédition et qui motivaient, selon lui, la différence qu’il y eut entre les récompenses accordées à des services inégaux : « L'amiral Duperré aurait pu faire manquer l'expédition par son hésitation à aborder la côte à sa sortie de Palma. Il l'a compromise par son obstination à tenir éloignée de la division qui portait les troupes de débarquement celle qui naviguait avec l'artillerie et les chevaux, et par les mauvaises dispositions qu'il a faites pour le débarquement, lequel ne s’est opéré que grâce à l'intelligence et au zèle des commandants des vaisseaux, qui furent obligés d'agir d’après leurs propres inspirations Averti au moment où l’armée attaquait la place, il a borné la diversion qu’il devait opérer à une inutile canonnade, qui n’a pas fait tomber un seul boulet dans les fortifications. » (Papiers politiques du baron d'Haussez, communiqués par madame la dus chesse d’Almazan.}

Cette canonnade, qui était tout ce que la marime pouvait faire, ne fut pas inutile, en ce qu'elle retint une partie des canonniérs turcs aux batteries qui regardaient la mer.

Page 1