‹ Histoire de la conquête d'AlgerChapitre 93 sur 128 · QUESTION DIPLOMATIQUE · texte numérisé non relu

QUESTION DIPLOMATIQUE

la place; le vaisseau la Provence dut désormais, d’après la même ordonnance, s'appeler l’ Alger.

Après la prise d'Alger, reparaissait la question diplomatique. Après comme avant la conquête, nous ne devions avoir de difficultés sur ce point qu'avec le cabinet anglais; les autres cabmets se bornaient à nous envoyer des félicitations. Que ferait-on d'Alger ? telle était la grave question qui venait se poser devant le gouvernement royal.

Il ne se hâta pas de la résoudre. Fidèle à la politique qu’il avait suivie jusque-là, le ministère se borna, dans les premiers moments, à maintenir la complète indépendance de la France. Nous trouvons dans le journal secret des délibérations du conseil, tenu par deux ministres, MM. d'Haussez et de Guernon de Ranville, la note suivante : « Le conseil, ayant à examiner la question de savoir si le roi avait pris des engagements, déclara, à l’unanimité, qu'aucun engagement n'avait été pris, et que, tout en disant qu'il ne faisait pas la guerre par ambition, le roi ne s’était nullement obligé à renoncer à une conquête incidente, puisque, tout au contraire, il avait réservé les droits de la France, en déclarant qu'il suivrait la politique indiquée par la dignité et les intérêts du pays. »

Ainsi, après la victoire, ce doute sur le parti définitif qu’on prendrait à l’occasion de la conquête d'Alger se prolongea plusieurs jours dans les conseils du roi, avec la même résolution de ne pas prendre d'engagement. j

La question était assez grave pour être soigneusement examinée, et tandis qu’à Paris le ministère prenait cette attitude d’expectative et de réserve, M. de Bourmont suivait une conduite plus tranchée à Alger envers le consul d'Angleterre, M. Saint-Jones, qui le poursuivait de ses incessantes réclamations !,

1 « Pour échapper aux demandes d'explications continuelles de cet agent ALGER. 28

Proposerait-on au sultan d'occuper une partie de la Régence, en donnant des garanties à l'Europe, tandis que la France occuperait l’autre?

Essayerait-on un établissement mixte?

Ferait-on un établissement exclusivement français ?

Tous ces projets furent successivement débattus sans qu’aucun ft définitivement adopté dans la première quinzaine de ‘ juillet.

. Le prince dePolignac, ministre des affaires étrangères, eut un moment la pensée d'ouvrir une négociation à Constantinople, pour savoir si, dans le cas où il nous conviendrait de remeltre la ville d'Alger à la Porte, elle pourrait faire les dépenses et envoyer les forces nécessaires pour assurer à l'Europe la sécurité du pays. Il est difficile de dire si cette négo- “lation avait pour objet réel la remise d'Alger dans les mains du sultan, ou si elle était seulement destinée à ôter une objection à l'Angleterre, en obtenant du reïs-effendi la réponse évasive qu'il fit à cette ouverture. Notre ambassadeur, M. de Guilleminot, qui avait pour instruction de ne rien conclure et de ne rien signer, avait eu soin d'établir, en effet, d’une manière formelle, ( que le droit de guerre entrainait celui de conquête et que la France n'avait besoin du consentement de personne pour garder le prix de sa victoire, »

Quoi qu’il en soit, cette proposition n’eut pas de suite, et la question d’Alger resta entière. Le ministère, préoccupé de la situation intérieure, qui devenait de jour en jour plus menaçante, se borna, pendant quelques jours encore, à maintenir

anglais qui, après comme avant la conquête, se posa toujours en ennemi de la France, dit M. Thierry Dufougeray , dans une note manuscrite, M. de Bourmont me charger du rôle d’intermédiaire entre lui et les consuls étrangers qui doivent faire passer par mes mains toutes leurs communications ou réclamations. »

1 Détails communiqués par l’ancien directeur de la division politique au ministère des affaires étrangères, en 1830, M. de Bois le Comte.

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