PLAN D'ATTAQUE
journée; chaque chaland en prenait 25 *. Le remorquage était extrêmement dangereux avec une houle d'ouest de plus en plus forte, qui, battant en côte, portait les chalands sur les embarcations qui les remorquaient. À cinq heures, la mer n'était plus tenable, et I on fut obligé de sacrifier le dernier chaland pour ne pas exposer à une mort certaine l'équipage du remorqueur et les conducteurs des chevaux. Il n'y eut que ces 25 chevaux de perdus. Les embarcations ne purent retourner à bord des navires; elles se mirent à l'abri derrière les récifs de la pointe nord-ouest, et les équipages couchèrent à terre.
A sept heures du soir, le vent, quoique très-frais, de la partie de l'est, sauta à l'ouest, par une révolution extraordinaire et instantanée; pendant trois heures il souffla avec force, et la mer, comme de coutume, devint très-grosse. Le lendemain, 26 juin, le temps était beau; mais le vent continuait de l'ouest et ouest-nord-ouest, et la mer était très-houleuse. Le vice-amiral Duperré craignait des avaries pour les bâtiments du convoi qui étaient à peine amarrés; il n'y en eut pas, ou du moins elles furent très-légères V
Le 26 et le 27, le débarquement et le charroi de Sidi-Ferruch
1 Le commandant en chef fit faire, le soir, des signaux de remerciment.
* Nous prenons textuellement dans le rapport adressé par M. le vice-amiral Duperré au ministre de la marine, à la date du 26 juin 1830, ces détails sur le coup de vent du 25 juin. {Vie de Vamiral Duperré, page 452.)
Dans sa correspondance du 28 juin avec le comte de Bourmont, le vice-ami rai donne des proportions plus grandes à cet événement de mer : « Le vaisseau le Trident, dit-il, a cassé deux ancres dans le coup de vent d'avant-hier, qui a de nouveau compromis le salut de l'armée. *
M . le baron Denniée, intendant en chef, en parle dans le même sens : f On ne saurait se dissimuler, dit-il dans son rapport du 26 juin, qu'avec un élément aussi décevant que celui auquel nous sommes soumis pour nos communications avec le continent, on ne peut et on ne doit compter sur rien. Hier soir, une partie du convoi, venant «le Palma, était entré par un vent favorable, et cette nuit un ouragan affreux a mis tout en perdition. Ici, pour obtenir un, il but demander deux, il faut demander trois. » Le baron Denniée ajoute, dans le Précis historique et administratif: « La nuit fut affreuse, et, le 27 au matin (c'est le 26 au malin qu'il aurait fallu dire), trois bricks de commerce étaient désemparés et avaient échoué à la côte. »
à Sidi-Kalef, par Staouéli, continuèrent, et, dans la journée du 27, les généraux Valazé et Lahitte annoncèrent au général en chef que le génie et l'artillerie seraient en mesure pour le c28 juin. Aussitôt le comte de Bourmont se rendit aux avantpostes, conféra avec le lieutenant général des Cars dans la maison crénelée, où était établi le quartier général de la troisième division, et, après avoir longtemps observé les Turcs du haut de la terrasse, il donna des ordres pour que le lendemain, à la pointe du jour, l'armée attaquât les positions ennemies, a Ce fut le 2^ juin, vers quatre heures de l'après-midi, dit le duc des Cars, que Son Excellence le général en chef arriva sur notre position. Il annonça que les pièces d'artillerie, les outils du génie et les moyens de transport nécessaires étaient enfin arrivés, et que la position de l'ennemi serait attaquée le lendemain 29. Il me donna des instructions sur l'attaque de l'extrême gauche, que j'étais chargé de diriger. La nouvelle de l'attaque pour le lendemain fut reçue avec transport dans nos bivacs l. »
Le duc des Cars reçut donc l'ordre d'attaquer par la gauche, avec les deux premières brigades de sa division : c'est de ce côté que l'ennemi avait réuni le plus de forces V L'attaque de la droite fut confiée à la 2e et à la 5e brigade de la division Berthezène; l'attaque du centre à la lw et à la 3e brigade de la division Loverdo.
Le plan du commandant en chef s'explique de lui-même. II confiait l'attaque du centre à la division Loverdo, en lui indiquant comme direction le consulat d'Espagne; l'attaque de droite à la division Berlhczène, en lui donnant comme point de direction une ligne passant à droite du même consulat; l'attaque de gauche à la division des Cars, en lui donnant comme direction le Boudjaréa. L'exécution de ce plan devait avoir pour résultat d'envelopper le fort de l'Empereur, pris à gauche par le duc des Cars, qui, maître des hauteurs du Boudjaréa, devait en des-
1 Journal militaire communiqué par M. le duc des Cars.
* Rapport du général en chef. Devant Alger, le 1" juillet 1850.