‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 108 sur 183 · CHAPELLE-ET-FONTAINE · texte numérisé non relu

CHAPELLE-ET-FONTAINE

l'ennemi, qui était réuni encore en plus grand nombre que la veille, voyant une compagnie du 50e qui s'était avancée de la droite au delà de l'épaulement, et les réserves du 50e exécuter leur mouvement rétrograde pour céder la place aux troupes qui les relevaient, crut que nous songions à opérer notre retraite, et saisit cette occasion pour attaquer nos avant-postes avec un grand déploiement de forces. 11 était tellement supérieur en nombre, que les tirailleurs du 30* durent se retirer. Les Turcs les suivirent, en jetant de grands cris. Dans cet instant, le chef de bataillon Ballon fit avancer une compagnie de grenadiers, commandée par le capitaine Godard, puis une compagnie de voltigeurs, commandée par le capitaine du Pont-de-Gault. L'ennemi se défendit avec courage, et ce ne fut qu'à la pointe de la baïonnette qu'il fut chassé de nos positions. Cette action coûta au 35* près de 100 hommes hors de combat. L'ennemi perdit beaucoup de monde; le terrain était jonché de ses cadavres. Néanmoins, vers huit heures, il renouvela son attaque avec une espèce de fureur. 11 fut vigoureusement repoussé par trois compagnies du 2e régiment de marche, qui perdirent beaucoup de inonde dans ce vif engagement. A onze heures, les compagnies du 35* et du 2* de marche furent relevées par le 17*. Les Turcs, après avoir reçu ces deux leçons, se tinrent à une plus grande distance. Us redoublèrent le feu de leur artillerie, mais ce feu nous faisait peu de mal. Les tirailleurs se ralentirent, et, vers quatre heures, tout était rentré dans le calme1. »

Les journées des 25, 26, 27 et 28 juin se passèrent ainsi pour la troisième division, qui formait notre gauche, en combats détensifs incessants. Pour couvrir notre position, il avait fallu occuper le petit bois de Sidi-AbderrahmanBou-Nega, situé sur la gauche, à l'angle du ravin. Pour soutenir le poste du petit bois, il avait fallu occuper, à la droite de ce bois, le pont jeté sur le ruisseau qui, coulant dans le vallon, séparait notre position

1 Journal militaire communique par M. le duc des Cars. La journée du 28 juin nous coûta 29 morts, dont 1 officier, et 109 blesses, dont 6 officiers.

m HISTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER.

de celle de l'ennemi. Il avait fallu construire, en avant du pont, un redan, pour couvrir ce poste intermédiaire; il avait fallu occuper, au cenlre du front de la seconde brigade, une maison crénelée, une autre maison dans le ravin, en avant du bivac du 30e, et un petit bois moins étendu que le premier. Toutes ces positions, vigoureusement attaquées à plusieurs reprises par un ennemi nombreux, qui, d'après l'estimation du lieutenant général des Cars, déploya de 7 à 8,000 hommes contre sa brigade de gauche; mais, plus vigoureusement défendues, nous restèrent de sorte que le duc des Cars put dire, dans un ordre du jour adressé aux troupes qui avaient combattu sous son commandement : « La troisième division s'est trouvée depuis quatre jours en position de faire preuve de sa valeur et de son dévouement au roi. Elle a marché sur la trace des anciens braves, et sa conduite a prouvé que, dans toutes les occasions, elle saurait ajouter de nouveaux lauriers à la gloire française. Le lieutenant général témoigne sa satisfaction de la bravoure avec laquelle une position en définitive peu avantageuse a été défendue pendaut les journées des 2">, 2G, 27 et 28 juin !. »

Pendant que la troisième division repoussait sur la gauche ces

1 Dans ces journées se distinguèrent surtout le colonel Rulhieres, le lieutenantcolonel Baraguay-d'Uilliers, les capitaines Brusley, Susini et Lélut; les souslieutenants de Queilhe, de Morogue, Gré, et le sergent Bazin, des t*T et 9* légers; le chef de bataillon Ballon, le capitaine de voltigeurs Pélissier, le capitaine Godard, le lieutenant Massoni, et les sous-lieutenants Foltz, d'Avizard et Donner, du 35', et, dans le 17e, les capitaines Pelegry, Pourilhou et Vidal; les lieutenants Boudet et de Maleyssie; le sergent -major Rebuffal, le sergent Bardou, et le caporal Chaix, qui avait enlevé un drapeau ; les capitaines de la Chapelle, d'Autun et Bourgeois ; le lieutenant Robbê, le sous-lieutenant de Lastic et le sergent-major Brunet de la Renaudièrc, du 50*. Ce dernier, se lançant avec sa petite troupe pour enlever lui drapeau, reçut trois balles au corps, dis-sep* dans ses habits, et survécut à ses blessures.

Nous transcrivons ces noms et les mentions honorables qui les accompagnent sur les rapports des chefs de corps et sur ceux du commandant on chef. Le colonel Rulhières était, en 1850, général de division, membre de l'Assemblée législative, ministre de la guerre. Le lieutenant-colonel Baraguay-d'llillier^ est maréchal de France.

» Journal militaire communiqué par M. le duc des Cars.

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attaques réitérées, la première division, quoique moins vivement pressée à droite, avait cependant aussi des efforts énergiques à faire pour se maintenir dans sa position. La brigade Poret de Morvan, qui formait la droite de cette division, occupait, en avant de Dcly-lbrahim, une espèce d'éperon dont les dernicrespentes aboutissaient à la route qui conduitde Dely-lbrahim 1 à Alger. La cavalerie ennemie était sur les hauteurs, de l'autre coté du ravin, au fond duquel court la route. Le 2G juin, dès le point du jour, une ligne de cavaliers arabes descendit de sa position, traversa le ravin, venant décharger ses fusils sur nos avant-postes, et dix minutes après un autre groupe de cavaliers recommença la même manœuvre. Derrière chaque groupe de cavaliers couraient douze ou quinze fantassins kabyles qui venaient se blottir dans un fourré à cent cinquante ou deux cents pas de nos avant-postes. Ce manège dura jusqu'à midi. La cavalerie les apportait et ne les remportait pas, de sorte qu'à cette beure il y avait une infanterie de 1 ,500 à 2,000 hommes embusquée à 150 ou 200 pas du 4* léger. Vers le milieu de la journée, on vit 5,000 chevaux se réunir, traverser en masse un ravin et s'avancer sur notre infanterie, précédés des Kabyles qui, faisant l'office de l'artillerie, ouvrirent à petite distance un feu meurtrier sur le 4e léger, afin de frayer à la cavalerie arabe un chemin dans nos bataillons. A la faveur de ce feu, les Arabes fondirent sur nos lignes, et plusieurs cavaliers pénétrèrent dans les rangs en sabrant les fantassins. 11 fallut que le 2e léger, qui formait la réserve, chargeât vivement l'ennemi pour dégager le 4e. Cette affaire fit honneur à ces deux régiments *. Un bataillon du 4e éprouva, par suite de l'imprudence de celui qui le commandait, une perte considérable. Surpris au moment où il nettoyait ses armes, sans que les précautions nécessaires en présence de l'ennemi eussent été prises, il eut, en quelques in-

1 II y a aujourd'hui sur ce point un village trfcs-peuplé. « Le 1* et le \" légers avaient fourni une partie de leur effectif, qui ne formait qu'un régiment sous les ordres du colonel de Freschcvillc.

stanls, 150 hommes hors de combat, et il aurait péri tout entier s'il n'avait été secouru à temps.

Le général en chef, averti par les rapports des chefs de corps, et surtout par la lettre du lieutenant général des Cars, des perles éprouvées par les troupes dans des positions désavantageuses, attendait avec impatience le moment de prendre l'offensive. Tout dépendait du progrés du débarquement du matériel. La marine déployait une intelligence remarquable et un zèle sans bornes pour accélérer cette opération difficile; mais elle dépendait elle-même de la mer. De deux heures du matin à huit heures du soir, chaque jour, les embarcations remorquaient ou chargeaient de lourds chalands sur une rade très-mauvaise, en face d'une plage dont les abords n'offraient aucun chenal certain. La direction supérieure manquait, ce qui rendit l'opération plus longue et plus pénible; mais l'intelligence et l'énergie de volonté déployées dans l'exécution suppléèrent à tout. Le 25 juin au matin, les deux dernières divisions du convoi arrivèrent dans la baie de Sidi-Ferruch. Le débarquement des chevaux, sans lesquels le charroi des pièces de siège ne pouvait commencer, se (il dans la journée même. La houle de l'ouest, signe avant-coureur de la tempête du soir, rendait cette opération d'une difficulté inouïe1. La marine comprenait si bien la nécessité d'aller vite, qu elle allait ehercher au large les navires chargés de chevaux. On débarqua tous les chevaux, au nombre de 1,400, daus la

1 11 ne faut pas perdre de vue, en lisant ces détails, que la vapeur, qui a rendu tout facile, était dans son enfance, et que ces débarquements se faisaient avec des bâtiments manœuvres h la voile et à la rame. Il y a eu, on |»eut le dire, trois phases dans l'histoire de la vapeur. D'abord, on l'applique à un très-petit nombre de bâtiments et à des bâtiments d'un très-faible tonnage; c'est la phase de l'essai, de l'épreuve, et l'expédition d'Alger eut l'avantage do montrer le parti qu'on pouvait tirer des navires à vapeur, comme avisos et remorqueurs; dans la seconde pliase, on multipbc les bâtiments à vapeur; on augmente leur tonnage, et ils rendent déjà de grands services comme transports; à la lin de cette phase, on trouve l'hélice, qui, mettant l'appareil sous l'eau, à l'abri des boulets, permet d'appliquer la vapeur aux navires do guerre. C'est une révolution dans la marine, dout on recueille les avantages aujourd'hui.

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