NOUVELLE DE LA VICTOIRE A PARIS
près immobile l, et, deux jours après, quand le Te Deum fut chanté à Notre-Dame, l'impression produite par cet événement avait disparu. Plutôt encore, le jour même où le canon des Invalides annonça la nouvelle, la candidature de l'amiral Duperrc échoua dans Paris, et celle du baron d' Haussez, qui, comme ministre de la marine, avait préparé le succès, fut repoussée dans neuf départements.
Le roi avait écrit aux évôques la lettre suivante, à l'occasion du Te Deum qui devait être chanté dans toutes les églises du royaume, pour remercier Dieu de la conquête d'Alger : « Monseigneur l'évêque, notre ferme espérance dans la protection divine n'a pas été trompée ; le ciel a béni nos armes ; la justice, la religion, l'humanité, triomphent : Alger est tombé! Grâces immortelles en soient rendues au Tout-Puissant, qui a couronné, par cette éclatante victoire, notre glorieuse expédition d'Afrique!»
Le dimanche, 11 juillet 1830, le roi se rendit, à quatre heures de l'après-midi, à Notre-Dame. Le cortège se composait de douze carrosses à huit chevaux. « L'effet produit par notre conquête était déjà amorti, dit tristement le baron d'Haussez dans ses notes. Tout était morne et silencieux autour du cortège. Quelques cris, évidemment achetés, partis de groupes isolés, au milieu d'une population impassible, firent seuls les frais de la joie publique. Dans une telle occasion le silence du peuple était significatif. Le roi le comprit et en fut affecté. Ses yeux cherchèrent vainement des figures sur lesquelles on pût surprendre quelque apparence de l'enthousiasme que devait exciter un tel événement. A son retour, il était triste ; on voyait qu'il aurait volontiers donné les palmes que son armée venait de cueillir pour les acclamations si franches, si unanimes, que son retour excitait en 1814. »
1 Plusieurs historiens ont dit qu'il y eut une baisse à la Bourse le jour où la nouvelle de la prise d'Alger fut affichée, C'est une erreur. Nous avons vérifié les cotes du vendredi 9 juillet 1850, jour où la nouvelle fut affichée h la Bourse. Le 5 pour 100, ouvert a 1 05 40, ferma à 105 45. Le 3 pour 100, ouvert à 78 f»0, ferma à 79. Le premier de ces fonds était, la veille S juillet, à 105, et le second à 78 65.
Voî niSTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER.
Le roi accorda le bâton de maréchal de France au commandant en chef de l'expédition, el la dignité de pair de France au commandant en chef de l'armée navale 11 décida en outre qu'on élèverait, dans la rade de Toulon, un phare auquel on donnerait la forme d'une colonne rosi raie, et que les rostres, les ornements et les plaques destinés à recevoir les noms des officiers, des généraux et des corps de terre et de mer, seraient exécutés avec le bronze des canons pris dans la place ; le vaisseau la Provence dut désormais, d'après la même ordonnance, s'appeler Y Alger.
Après la prise d'Alger, reparaissait la question diplomatique. Après comme avant la conquête, nous ne devions avoir de difficultés sur ce point qu'avec le cabinet anglais; les autres cabinets se bornaient à nous envoyer des félicitations. Que ferait-on d'Alger? telle était la grave question qui venait se poser devant le gouvernement royal.
11 ne se hâta pas de la résoudre. Fidèle à la politique qu'il avait suivie jusque-là, le ministère se borna, dans les premiers moments, à maintenir la complète indépendance de la France. Nous trouvons dans le journal secret des délibérations du conseil, tenu par deux ministres, MM. d'Haussez et de (iuernon de Ranville, la note suivante : « Le conseil ayant à examiner la ques-
* Le baron «l'Haussez, alors ministre de la marine, énumère ainsi, dans ses notes politiques, les fautes commises par l'amiral Duperie dans le cours de l'exjxklilion et qui motivaient, selon lui, la différence qu'il y eut entre les récompenses accordées a «les services inégaux : « L'amiral Duperré aurait pu faire manquer l'expédition par son hésitation a aborder la côte à sa sortie de Pal ma. Il l'a compromise |»ar son obstination à tenir éloignée de la division qui portail Jcs troupes de débarquement relie qui naviguait avee l'artillerie et les chevaux, et par les mauvaises dispositions qu'il a faites pour le débarquement, lequel ne s'est opéré que grâce à l'intelligence et au zèle des commandants des vaisseaux, qui furent obligés d'agir d'après leurs propres inspirations. Averti au moment où l'armée attaquait la place, il a borné la diversion qu'il devait opérer à une inutile canonnade, qui n'a pas fait tomber un seul boulet dans les fortifications. » (Papiers politiques du baron d'Haussez, communiqués par madame la duchesse d'Almazan.)
Celte canonnade, qui était tout ce que la marine pouvait faire, ne fut |»as inutile, en ce qu'elle retint une partie des canonniers turcs aux batteries qui regardaient la mer.