QUESTION DIPLOMATIQUE
tion de savoir si le roi avait pris des engagements, déclara, à l'unanimité, qu'aucun engagement n'avait été pris, et que, tout en disant qu'il ne faisait pas la guerre par ambition, le roi ne s'était nullement obligé à renoncer à une conquête incidente, puisque, tout au contraire, il avait réservé les droits de la France en déclarant qu'il suivrait la politique indiquée par la dignité et les intérêts du pays. »
Ainsi, après la victoire, ce doute sur le parti définitif qu'on tirerait d'Alger se prolongea dans les conseils du roi, avec la même résolution de ne pas prendre d'engagement.
Proposerait-on au sultan d'occuper une partie de la Régence, en donnant des garanties à l'Europe, tandis que la France occuperait l'autre?
Essayerait-on un établissement mixte?
Ferait-on un établissement exclusivement français?
Tous ces projets furent successivement débattus sans qu'aucun fût définitivement adopté dans la première quinzaine de juillet.
Le prince de Polignac, ministre des affaires étrangères, eut un > moment la pensée d'ouvrir une négociation à Constaniinople, pour savoir si, dans le cas où il nous conviendrait de remettre la ville d'Alger à la Porte, elle pourrait faire les dépenses et envoyer les forces nécessaires pour assurer à l'Europe la sécurité du pays. 11 est difficile de dire si cette négociation avait pour objet réel la remise d'Alger dans les mains du sultan, ou si elle était seulement destinée à ôter une objection à l'Angleterre, en obtenant du reïs-effendi la réponse évasive qu'il fit à cette ouverture. Notre ambassadeur, M. de Guilleminot, qui avait pour instruction de ne rien conclure et de ne rien signer, avait eu soin d'établir, en effet, d'une manière formelle, «quele droit de guerre entraînait celui de conquête et que la France n'avait besoin du consentement de personne pour garder le prix de sa victoire*. »
Quoi qu'il en soit, cette proposition n'eut pas de suite, et la question d'Alger resta entière. Le ministère, préoccupé de la si-
* Détails communiqués par l'ancien directeur de la division politique au ministère des affaires étrangères, en 1850.
tua lion intérieure, qui devenait de jour en jour plus menaçante, se borna, pendant quelques jours encore, à maintenir la liberté d'action de la France. Cependant il prenait les mesures nécessaires pour achever la conquête de la Régence d'Alger. Le baron d' Haussez, autorisé par le roi, chargea l'amiral Duperré de s'entendre avec le général en chef pour s'emparer d'Oran, deBône et des autres ports de la Régence. Il ordonnait, en outre, à l'amiral Rosamel de se présenter amicalement devant Tunis, dont le bey était bien disposé, et avec des formes menaçantes devant Tripoli, où nous avions à craindre de la résistance, afin d'exiger de ces deux Etats la signature de traités par lesquels ils s'engageraient à abolir à jamais l'esclavage des chrétiens, à rendre les esclaves qu'ils auraient, et à n'augmenter ni les fortifications de leurs places, ni le nombre et la force de leurs bâtiments de guerre !. C'est ainsi que le gouvernement royal donnait toute son extension à la victoire de la France.
Le 19 juillet 1850, il prit une attitude plus tranchée. Ce jourlà même, le duc de Laval lut, à lord Aberdecn, une dépêche dans laquelle le cabinet des Tuileries annonçait au cabinet de Londres « que M. de Bourmont, en prenant possession d'Alger, avait rétabli les consuls européens dans leurs attributions, et rouvert les relations commerciales interrompues depuis plusieurs mois entre cette ville et les pays étrangers. »
Cet acte de souveraineté annonçait, d'une manière qui n'avait rien d'équivoque, que le gouvernement royal n'était pas disposé à renoncer à son droit de conquête, et cette signification, adressée par le cabinet de Paris au cabinet de Londres, équivalait à une prise de possession. Ce fut, en effet, vers le 20 juillet 1830. que le gouvernement français prit la résolution définitive de conserver Alger. Toutes les dépêches, tous les actes publics du maréchal de Bourmont, que nous allons avoir à exposer, étaient dans ce sens, et le moment des demi-mesures était passé pour un ministère qui se préparait, à cette heure même, à lancer les or-
1 Papiers politiques du baron d'Haus<ez.