DERME FIS JOURS DE LA CAMPAGNE
aller au fond des intentions du bcy de Titery, dont l'attitude était équivoque depuis que la position de notre armée en Algérie était affaiblie par les événements intérieurs de la France. Celuici jeta le masque, refusa de venir à Alger pour conférer avec le maréchal, et le menaça de marcher bientôt contre lui à la léte dune armée de 200,000 hommes. Le commandant en chef s'émut peu de cette fanfaronnade africaine. Il répondit au bey avec dédain que les Français iraient le chercher lui-même, et le rejetteraient sur les Kabyles, qui feraient justice à la France de son parjure et de sa trahison. Cette remarquable prévision devait se réaliser sous le gouvernement du général Clause!. En même temps le maréchal écrivait au ministre de la guerre : a Les attaques du bey de Titery sont peu redoutables, et l'armée les attend avec une confiance qui ne s'est jamais démentie. 1 »
Dans une des dernières lettres écrites au ministre de la guerre, le commandant en chef de l'expédition d'Afrique exprimait ainsi ses idées sur l'Algérie qu'il allait quitter : « La milice turque doit être considérée comme détruite, et il serait impossible que l'ancien état de choses se rétablit. 5,000 Turcs a peine se trouvent maintenant dans toute l'étendue de la Régence. 11 est vraisemblable que les Arabes, cessant de les craindre, leur feront la guerre, ne fut-ce que pour les dépouiller. Des intelligences pratiquées dans l'intérieur du pays pourront hâter le moment où la division éclatera parmi eux. On pourrait même, dés a présent, y trouver des auxiliaires. 11 existe dans les montagnes situées à l'est d'Alger une peuplade considérable qui donne des soldats aux gouvernements d'Afrique qui veulent les soudoyer. Les hommes dont elles se composent se nomment Zouaves. Deux mille m'ont offert leurs services; cinq cents sont déjà réunis à Alger. J'ai cru devoir suspendre leur organisation jusqu'à l'arrivée de mon successeur*. »
* Lettre du commandant en chef au ministre de la guerre. 21 août 1850. 1 Lettre écrite au mùmtre de la guerre par le commandant en chef de l'expédition, a la date du 23 août 1850.
m HISTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER.
C'est la première fois que ce nom de Zouave», qui devait avoir un glorieux retentissement, est prononcé dans notre histoire.
Le 2 septembre 1830, le général Clausel arriva. Le maréchal de Bourmont avait rempli jusqu'au bout son pénible devoir. Il remit le commandement à sou successeur, et adressa, dans ce dernier ordre du jour, daté du 2 septembre, ses adieux à l'armée à la tète de laquelle il avait vaincu :
« M. le lieutenant général Glausel vient prendre le commandement en chef de l'armée. En s'éloignant des troupes dont la direction lui a été confiée dans une campagne qui n'est pas sans gloire, le maréchal éprouve des regrets qu'il a besoin de leur exprimer. La conliance dont elles lui ont donné tant de preuves l'a pénétré d'une vive reconnaissance : il eut été heureux qu'avant son départ, ceux dont il a signalé le dévouement en eussent reçu le prix ; mais cette dette sera acquittée, le maréchal en trouve la garantie dans le choix de son successeur ; les titres qu'ont acquis les militaires de l'armée d'Afrique auront désormais un défenseur. »
Le maréchal de Bourmont avait demandé à l'amiral Duperré un bâtiment pour quitter l'Afrique. Ce bâtiment lui fut refusé. « Il se rendit alors sur le rivage, dit un témoin de cette scène, avec quelques personnes de sa suite, et chercha longtemps un navire marchand qui voulût le recevoir l. » 11 réussit enfin à trouver un brick autrichien qu'il nolisa à ses frais; c'était YAmatissimo, commandé par le capitaine (iagrizza. Il s'y embarqua le 3 septembre, à la tombée du jour.
« J'étais à terre, présent à son embarquement, écrivait, trois mois plus tard, le capitaine de ce petit brick; il était accompagné de doux de ses lils 8 et de deux domestiques. Leur bagage était si peu de chose que deux de mes marins suffirent à le porter. Un
1 Le capitaine d'état-major Pélissier, dans les Annales algériennes, tome I", page Il k2. Deuxième édit. (Paris, 1854.)
* MAI. Charles et Adolphe de Bourmont. M. Louis de Bourmont était allé \H)i l>:v en France les drapeaux algériens.