‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 122 sur 183 · DERNIERS JOURS DE LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

DERNIERS JOURS DE LA CAMPAGNE

tant de journées héroïques, qui, depuis Jeanne d'Arc jusqu'à SulTren avait abrité tant de faits d'armes éclatants, tant de dévouements sublimes, tant de triomphes historiques, eut du moins une consolation : lorsque pour la première fois, en 1789, il légua la France au drapeau tricolore, il lui laissa le territoire national formé tout entier, et si celui-ci, en disparaissant dans un désastre, en 1815, laissa au drapeau blanc le patrimoine moral de l'honneur et de la gloire militaire agrandi, il ne lui transmit aucune conquête territoriale ajoutée à la vieille France; après avoir tout gagné, il avait tout perdu. Le drapeau blanc, au contraire, en disparaissant, en 1850, dans une journée de victoire, laissait à son successeur la France agrandie par la conquête d'Alger, glorieuse porte ouverte sur un monde.

L'ordre du jour suivant, à la date du 16 août 1830, avait annoncé à l'armée ce changement de drapeau :

« Sa Majesté le roi Charles X et monseigneur le Dauphin ont, le 2 août 1830, renoncé à la couronne en faveur de M. le duc de Bordeaux. Le maréchal commandant en chef transmet à l'armée l'acte qui comprend cette double abdication, et qui reconnaît monseigneur le duc d'Orléans comme lieutenant général du royaume.

o Conformément aux ordres de monseigneur le lieutenant général, la cocarde et le pavillon tricolores seront substitués à la cocarde et au pavillon blancs.

« Demain, à huit heures du malin, on arborera le pavillon tricolore. Les drapeaux et les étendards des régiments demeureront enfermés dans leurs étuis. Les troupes cesseront de porter la cocarde blanche. La cocarde tricolore la remplacera lorsqu'on en aura reçu une assez grande quantité pour que toutes les i l oupes puissent la prendre à la fois. »

Les journées qui suivirent furent morne* et tristes. Le commandant en chef se borna à maintenir les choses, en attendant le général Clausel, son successeur désigné. Ses lettres étaient encore plus pressantes que celles de l'amiral Duperré pour hâter son arrivée *. L'abattement, la nostalgie, augmentaient chaque

1 « J'appelle l'arrivée du général Clause] de tous mes vœux, convaincu que,

jour dans l'armée, resserrée dans la ville par les Arabes de la Mitidja; ils égorgèrent, à une demi-lieue du fort Bah-Azzoun, le colonel de Frescheville, qui s'était aventuré dans la campagne. Presque tous les officiers demandaient a rentrer en France, les soldats languissaient et remplissaient les hôpitaux devenus trop étroits pour les recevoir.

11 ne pouvait en être autrement après la Révolution de 18r>0. qui changeait toutes les situations. Un commandant en chef, suspect au gouvernement nouveau, et attendant son successeur, des officiers qui voyaient leurs services méconnus, et môme leur probité calomniée par les journaux, soupçonnée par le gouvernement1, et une armée qui sentait que son triomphe pesait aux hommes de la nouvelle révolution, ne pouvaient accomplir ce qu'ils auraient accompli, si les conditions dans lesquelles la conquête avait été entreprise n'eussent pas été changées.

Cependant le maréchal de Bourmont, aussi loin d'un désespoir pessimiste que de l'optimisme de l'espérance, jugeait sa situation et celle de l'Algérie avec un esprit Terme et clairvoyant. Il comprenait ce qu'il y avait à faire, et il sentait qu'il n'était plus l'homme de la tâche à remplir. H ne surfaisait pas, il ne dissimulait pas les périls au gouvernement nouveau. 11 voulut

dans les circonstances actuelles, elle doit exercer une heureuse influence sur le moral des troupe». » (Lettre du maréchal de Bourmont au ministre de la guerre, à la date du 28 août 1850.)

1 La lettre suivante, de M. l'amiral Duperré au ministre de la marine, donne une idée des préventions qu'on avuit à Tari!» contre l'armée :

« Monseigneur, vous me prescrivez, par votre dépêche du 7 de ce mois, de hâter, autant que possible, le transport en France des valeurs inventoriées provenant du trésor d'Alger, et de faire surveiller les enlèvements illicites qui seraient tentés. Toutes les valeurs inventoriées du trésor et expédiées en France sont déjà rendues. Je crois qu'on a beaucoup exagéré en France les désordre* qui ont eu lieu a l'entrée de l'armée h Alger. J'ai su que les clefs du trésor avaient été remises à une commission qui l'a trouvé intact. L'opération de l'inventaire et de rcx|tcdition des fonds a été principalement confiée a un homme dont la réputation de la plus austère probité est Irors de toute atteinte. Je veux parler de M. le payeur général Firino, homme de probité cl d'ordre par excellence. » Cette lettre est du 21 août 1850. (Voir la Vie de l'amiral Duperré, par Chasscriau, |>age 470.

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