‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 127 sur 183 · DIFFICULTÉS DE L'ENTREPRISE · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DE L'ENTREPRISE

encourager les résistances algériennes , décourager les efforts tentés pour conquérir et coloniser l'Algérie.

En outre, le gouvernement nouveau était gêné par son alliance étroite avec l'Angleterre. Parmi toutes les puissances, l'Angleterre seule avait élevé des objections contre l'expédition de 1830, et avait paru sur le point de s'y opposer par la force des armes. On comprend dès lors que son alliance fût moins favorable au développement de notre domination en Afrique que celle de la Russie, dont le souverain écrivait, dès 1821. au duc de Richelieu pour proposer les États barbaresques à la France dans le cas où les Turcs viendraient à être chassés de l'Europe par un effort commun. La conquête d'Alger n'était donc pas dans le mouvement naturel de la politique du nouveau gouvernement, à cause du système de ses alliances ; ce n'était pas une affaire de choix, c'était une fatalité logique de situation.

On avait donc, au début, moins de forces disponibles pour l'Algérie; moins de liberté de mouvement dans cette sphère particulière à cause de la crise générale de l'Europe et de nos agitations intérieures; de la part de l'opinion dominante, et par conséquent des Chambres où elle se reflétait, moins de faveur pour ce que l'on tenterait de ce côté ; enlin, des alliances moins sympathiques au développement de notre domination en Afrique. Ce n'était pas une œuvre personnelle, conçue et commencée par lui, que le gouvernement nouveau continuait, c'était une œuvre conçue et tentée par un autre gouvernement, une pensée écrite au testament de la Restauration récemment tombée.

Puis, et c'était là le principal obstacle, tout le monde en France était dans une ignorance profonde sur l'Algérie. On savait seulement qu'il y avait à Alger des Turcs dominateurs et pirates, et des Arabes et des Maures gouvernés. Hors de là, on ne savait rien. Quelle était la situation intérieure du pays? Quels étaient les procédés du gouvernement des Turcs, le* mœurs, la constitution sociale, le caractère des populations gouvernées, les éléments dont elles se composaient ? Par qu i u<e.j-

M i TABLEAU DE LA CONQUÊTE DE L'ALGÉRIE.

vernement remplacerait-on le gouvernement renversé? Quelles relations pouvait-on lier avec les diverses provinces dont se, composait la Régence? Quel système d'administration devait-on adopter? Quels étaient les influences, les intérêts, les idées du pays? Tout cela coustituait un immense inconnu.

Le gouvernement nouveau se trouvait donc en présence de l'Algérie avec ces dernières et graves diflicultés qu'eût rencontrées le gouvernement antérieur, mais en y ajoutant des obstacles d'une nature différente, nés de la situation nouvelle de l'Europe, de la situation nouvelle de la France, de l'état des idées et désintérêts, et de sa propre position.

Ce surcroît de diflicultés donne un nouveau lustre à la gloire des hommes qui, après des tâtonnements inévitables, apportèrent, à des degrés divers, le concours de leurs efforts à l'œuvre commune, et qui, soldats, administrateurs, prêtres ou colons, eurent l'honneur de réaliser en Algérie cette chose rare dans les annales humaines, une conquête faite au profit du pays conquis auquel elle donne une administration prolectrice et probe, au lieu d'être oppressive et pillarde; une justice équitable et morale, au lieu d'être vénale et corrompue; un gouvernement humain et civilisateur, au lieu d'être cruel et barbare. Tel est le point d'arrivée à la fin de 1847, et, rapproché du point de départ, il devient plus brillant encore. 11 y a sur le chemin, comme dans toutes les œuvres humaines, des fautes commises, 1rs excès de plusieurs hommes, des torts et des abus qui sont l'exception à la règle de désintéressement et de haute probité suivie par notre armée, les maux de la guerre, conséquences inévitables de la conquête ; mais l'éternel honneur de notre armée sera d'avoir, dans ses types les plus glorieux, joint aux qualités spécialement militaires ces grandes qualités morales qui assoient, sur de solides fondenu nls, les complètes échafaudées par les armes, et qui seules pouvaient faire réussir la France dans la mission qu'elle avait à remplir en Afrique.

Pour arriver à remplir cette mission, il y avait un problème préalable à résoudre, dont les premiers éléments, nous l'avons

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