DESCRIPTION TOPOGRAPHIQUE
dit, manquaient alors à tout le monde et ne devaient être que lentement et laborieusement recueillis. Qu'était-ce que l'Algérie? Qu'y avait-il à y faire? Quelle était la nature des intérêts avec lesquels on aurait à traiter, à compter ou à combattre? Pour que le lecteur voie dans l'histoire plus clair que les hommes de ces premières luttes ne pouvaient voir tout d'abord dans les faits, il importe de se servir des renseignements successivement réunis par eux, des lumières acquises ou plutôt conquises au prix de longs efforts, de pénibles labeurs, et payés de leurs sueurs et de leur sang.
Il est indispensable d'enlrer dans quelques détails géographiques sommaires sur les divisions principales de l'Algérie, afin de taire connaître le théâtre où la France allait agir.
La Régence se composait de quatre provinces, Alger, Titery, Oran, Constantine, formant, sur la côte septentrionale de l'Afrique, un territoire long de 250 lieues, avec une profondeur variable, qui va de 80 à 160 lieues, entre les 30° 45' et les 57° 7' de latitude nord, les 4°30* de longitude ouest, et 6°r)0' de longitude est.
La province d'Alger s'étend de Test à l'ouest, depuis le territoire des Kabyles indépendants jusqu'à la petite ville de Tenez1. La ville d'Alger est située à peu près sur le point central du littoral de la province à laquelle elle donne son nom, et qui comptait cinq villes, Alger, Blidah, Coléah, Dellis et Cherchell, et onze districts ou outhans, ceux de Beni-Khelil, Beni-Mouca, Isser, Sebaou, Beni-Djaad, Beni-Khalifa, Hamza, El-Scbt, Arib, Beni-Menasser, El-Fhas ou banlieue d'Alger. Ce territoire, qui forme la portion centrale de la Régence, s'adosse, au sud, à la province de Titery, et est borné à l'ouest par la province d'Oran, à l'est par celle de Constantine. On y comptait, en 1830, à peu près 250,000 habitants appartenant aux diverses races répandues dans le pays. Mais il faut ajouter que les
1 Nous empruntons en «mute partie re> détails aux AnnaUs algériennes /le M. Policier.
populations arabes de la province d'Alger avaient, pour la plupart, des habitations fixes et faisaient peu usage de la tente. Comme dans la plus grande partie de la Régence, le terrain de cette province présentait deux variétés, le Sahel ou rivage, le Tell ou les plateaux, dominés eux-mêmes par la chaîne du petit Atlas, au pied du versant septentrional de laquelle s'élève Blidah1. ("est dans la province d'Alger qu'est située la belle et fertile plaine de la Mitidja. Parmi les tribus qui peuplent cette portion de la Régence, la plus belliqueuse était celle des Hadjoutes, habitants de la plaine de l'oulhan d'El-Sebt. Elle est arrosée par plusieurs cours d'eau, dont les plus importants sont l'Oued-cl- Harrach*, qui, descendu des montagnes de la province deTitery par une coupure pratiquée entre deux rochers perpendiculaires, sur l'un desquels est placé le village de Mellouan, coule au nord et se jette, tout près d'Alger et sur sa droite, dans la Méditerranée, après un cours d'environ douze lieues; le Mazafran. qui, formé par la réunion de trois rivières, la China, le Bou-Roumi et rOued-Djer, se jette également dans la Méditerranée, à environ sept lieues et à la gauche d'Alger; enfin Tisser, qui descend du plateau de liamza, et se jette dans la Méditerranée près du cap Tédélès.
La province de Tilery est située entre les provinces de Constantine et d'Oran; elle est prise, pour ainsi dire, sur la profondeur de celle d'Alger, qui forme sa frontière au nord, et elle s'étend au midi jusqu'au Sahara. Sa partie septentrionale, qui est très-montagneuse, n'a rien qui rappelle l'Afrique; pendant
' C'est à Blidah que les anciens avaient placé le jardin des Uespcride* avec ses pommes d*or. La ville romaine Bida-Colonia, construite en cet cndruil. fut érigée en siège épiscopal vers les premiers temps de l'introduction du christianisme en Afrique. Les voies romaines venaient se croiser dans cetl«" portion de la Mitidja, pour mettre en communication les capitales des Mauritanies, les nombreux ports de l'Est et les villes de l'intérieur. Les Arabes m firent une ville de délices : ils rappelaient la Rose de la Mitidja. Mitidja la viw luptueusc, par contraste avec Coléah la sainte.
* Mnîte-mun l'appelle Marah he/Vautres géographes le nomment PAraldi.