PREMIÈRE EXPÉDITION DB CONSTANTUN'E
camp était parti pour Paris avec un ultimatum dans ce sens. Mais le plan avait été repoussé, et, dans la prévision d'une démission possible, probable même du maréchal Clausel, le général Damrémont avait été désigné pour le remplacer. Le maréchal Clausel, qui voulait rester en Algérie, quoi qu'il arrivât, déclara qu'il se passerait des renforts demandés, et qu'il agirait avec ses propres forces. 11 est vraisemblable qu'il hâta les préparatifs de l'expédition de Constanline pour effacer la mauvaise impression que devait produire en France, où ses amis avaient annoncé d'une manière positive sa retraite, la nouvelle de sa persistance à garder son commandement, malgré les refus qu'il venait d'éprouver. Cet homme de guerre éminent se réfugiait sur le champ de bataille comme sur son terrain naturel, espérant couvrir par des succès militaires les fautes commises sur le terrain de la politique où il réussissait moins.
Par suite de ces circonstances, l'armée expéditionnaire de Constantine ne se composait que de 7,000 hommes, formant deux fortes brigades commandées par les généraux de Rigny et Trézel, et subdivisées en petites brigades appuyées par une faible réserve. On emmenait peu d'artillerie à cause des difficultés de la route; quatre obusiers de montagne, quatre pièces de campagne, six pièces de montagne, en tout quatorze pièces de canon. Cette artillerie avait en tout 1,400 coups à tirer. L'armée n'emportait que quinze jours de vivres, dont sept dans le sac des soldats. C'était assez pour une promenade militaire et un coup de main heureux, favorisé par des intelligences intérieures; trop peu pour une expédition sérieuse contre un ennemi résolu à se défendre. M. le maréchal Clausel, comme tant d'autres hommes, prenait ses espérances pour des réalités, et croyait à tout ce qui autorisait une expédition nécessaire au raffermissement de sa position ébranlée.
Le 10 novembre 1836, on partit de Bône, où l'on avait concentré les troupes. M. le duc de Nemours, MM. de Mortemart, Baude, faisaient partie de l'expédition comme volontaires. Dès les premiers moments, le temps devint affreux, et rendit plus
pénible la marche des troupes déjà contrariée par la diflïculté naturelle des lieux. Dans cette marche de onze jours, l'armée souffrit tout ce qu'il est possible de souffrir de l'absence des routes, de la pluie qui ne cessa de tomber, des torrents débordés, des cours d'eau qu'il fallut traverser à gué; puis, après avoir franchi la Scybouse et dépassé les ruines romaines d'Ânouna, d'un froid glacial, qui augmenta à mesure qu'elle gravissait ces plateaux élevés où elle ne trouva aucun moyen de faire cuire ses aliments, à cause du manque absolu de bois. Les cadavres de nos soldats, morts de froid pendant la nuit, marquèrent la place de nos derniers bivacs. Le21 novembre 1836, le maréchal Clausel, après avoir dépasse avec beaucoup de peine l'Oued-el-Ackinimin. fi deux lieues de Constantine, pressa son cheval et arriva, avec son état-major et une faible escorte, sur le plateau de Mansourah, séparé de la ville par l'Oued-Rummel, rivière torrentueuse, grossie par les pluies. 11 croyait fermement, d'après les promesses de Yousouf, qu'on allait lui apporter les clefs de la ville, et, par un ordre du jour, daté de la veille, il avait annoncé la prise de possession de Constantine. Il fut accueilli à coups de canon.
Alors l'homme de guerre reparut. Il voulut essayer contre Constantine un coup de main hardi. Cette ville est assise sur un plateau entouré de trois côtés par un ravin profond, à berges escarpées, au fond duquel coule le Rummel. Ce plateau est incliné dans la direction de celui de Mansourah, de sorte, dit un homme qui a observé les lieux avec le coup d'oeil du métier, que « la ville est située, pour l'observateur placé à Mansourah, comme le serait un tableau sur le chevalet. Elle communique avec Mansourah par un pont en pierres dont il faut aller chercher le tablier beaucoup au-dessous du sol du plateau. Au delà du Rummel, par rapport à Mansourah, est le plateau de Coudiat- Ati, qu'aucun obstacle naturel ne sépare de la ville; mais il y a là un mur d'enceinte en bon état. Sur les autres fronts, l'enceinte est formée par des murs sans terrassement, contre lesquels les maisons sont souvent adossées ; mais là les escarpe-