‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 149 sur 183 · NOUVEAU SYSTÈME DE GUERRE · texte numérisé non relu

NOUVEAU SYSTÈME DE GUERRE

des mauvais repas qu'on avait faits. 11 y a bien des siècles que Tacite a écrit : « Tout ce qui manque aux soldats, ils le trouvent dans la victoire. »

Avec ce nouveau système de guerre, le problème de la réduction de l'Algérie était résolu, et il n'y avait plus là qu'une question de temps. Pour avoir raison d'un peuple, en effet, il faut pouvoir mettre la main sur ses intérêts. Dans un pays civilisé, il suffît de s'emparer des villes: les habitants, attachés au sol par leurs habitations, ne peuvent emporter leurs richesses. Les Arabes, tribus de pasteurs pour la plupart, campées sous des tentes et toujours prêtes à les reployer avec une merveilleuse rapidité pour s'enfuir avec leurs troupeaux, ne pouvaient être soumis par les mêmes moyens. Leurs intérêts mobiles étaient plus difficiles à atteindre. Ce n'était que par des pointes rapides, des razzias inattendues, des poursuites à vol d'oiseau, des battues militaires qui ne leur laissaient ni repos, ni trêve, ni refuge, qu'on pouvait contraindre ces ennemis presque insaisissables à accepter notre domination.

Les premières opérations du général Bugeaud,en 1841, furent des ravitaillements : c'était une des nécessités de la guerre. 11 fallait sans cesse porter des munitions et des vivres aux points fortifiés de la province de Titery et de celle d'Oran, occupés par des garnisons au milieu d'une campagne peuplée de tribus ennemies. 11 fallait intimider celles-ci, rassurer le petit nombre de tribus qui nous étaient favorables, en leur montrant notre puissance et en battant devant elles les tribus à l'aide desquelles Abdel-Kader ralliait par la terreur à son drapeau les populations disposées à préférer la paix à la guerre ; enfin il fallait détruire les postes fortifiés occupés d une manière permanente par l'émir. De là vient que la province d'Oran fut le théâtre le plus habituel et le foyer le plus incandescent de celte lutte acharnée. Là étaient les principaux établissements d'Abd-el-Kader; là résidait la puissante et belliqueuse tribu des Hachcm \ qui, pro-

1 Le général Lamoricière évaluait a \ 0,000 hommes les forces des Hachcm. {Annales algériennes, tome III, page 10.)

ô9*2 TABLEAU DK LA CONQUÊTE DE L'ALGÉRIE.

fondement dévouée à sa cause, était, on peut le dire, le lien qui nouait le faisceau des tribus soumises à sa domination Il fallait briser ce lien pour détruire l'unité arabe qu'Abd-el-Kader avait créée. Le caractère de cette guerre difficile était donc celui-ci : nous avions à défendre contre les tribus d'Abd-el-Kader les tribus qui avaient accepté notre domination, et qui étaient le point de mire des attaques et des razzias des tribus indépendantes; car, mal affermies dans leur obéissance, elles y renonçaient facilement dès qu'elles ne trouvaient pas dans nos armes la protection dont elles avaient besoin ; nous avions à réduire les tribus indépendantes, à les détacher d'Abd-el-Kader par les défaites successives que nous lui infligions; enfin il fallait atteindre et abattre ce drapeau vivant de l'indépendance arabe.

La première phase de cette lutte remplit les années 1841, 1842 et 1843. Le maréchal Bugcaud, c'est dans cette dernière année qu'il obtint le titre de maréchal, déploie une activité prodigieuse et une intelligence militaire remarquable. 11 est dignement secondé par les généraux Ghangarnier, Lamoricière, Bedeau, qui conquièrent leurs grades dans cette période laborieuse et deviennent des hommes de premier plan. On retrouve à chaque instant leurs noms dans les bulletins de celle époque V

* Détails communiques par M. le marquis de la Guichc, ancien aide de camp du général Lamoricière.

4 c Au débouché des montagnes, écrit le gouverneur général, dans le rapport du 5 avril 1841 , en rendant compte du ravitaillement de Médéah, l'arrière-garde a été brusquement attaquée par le bataillon de Barkam, ex-bey de Médéah. Surprise dans le fourré, elle a perdu quelques hommes; mais le colonel Bedeau, qui s'y trouvait, lui ayant fait reprendre l'offensive, a refoulé vivement l'ennemi, qui, à son tour, a éprouvé des pertes considérables. »

Le lendemain 4 avril 184! , te général Changarnicr, qui, depuis la reprise des hostilités, avait été chargé de la partie la plus active de la guerre, comme le disent les Annales algériennes, est nommé à son tour. * Au moment où le convoi déchargé montait au col, dit le gouverneur général, rarrière-garde, commandée par M. le général Changarnicr, a été vivement attaquée au bois des Oliviers, en queue par la cavalerie, a gauche par les bataillons réguliers d'Abd-el-Kader. Cette arrière-garde a vaillamment soutenu le combat, qui a failli nous coûter cher; car le gén rai Ghangarnier a reçu dans l'épaule une

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