OPÉRATIONS MILITAIRES
Après avoir opéré les ravitaillements nécessaires, le gouverneur général (juin 1842) alla détruire Takdemt, très-probablement le Gadum-castra des Romains, dont l'émir avait commencé, dès 1836, à relever les ruines pour en faire le centre de sa domination. Le général Lamoricière, qui avait mis deux mois à préparer cette campagne, commandait une division ; le duc de Nemours commandait l'autre. L'armée expéditionnaire atteignit son but sans pouvoir amener Àbd-el-Kader à accepter un engagement décisif1.
Tandis que le gouverneur général renversait Takdemt, dans la province d'Oran, le général Baraguay-d'Hilliers, son lieutenant à Alger, opérant à la tète d'une colonne de 9,0C0 hommes dans la province de Titery, allait détruire dans la vallée du Chélif, Boghar et Ksar-el-Boukhari où l'émir faisait confectionner des habillements pour ses troupes, depuis que nous nous étions emparés de Médéah. Le général Baraguay-d'Hilliers, qui pendant toute cette période fît activement la guerre, se porta ensuite sur Thaza, située plus à l'ouest, et où l'émir avait un fort assez bien construit, des moulins, des manutentions et des magasins. Les Arabes, désespérant de pouvoir défendre ces points, les avaient évacués. On envoya à Paris une plaque de marbre, placée audessus de la porte du fort et portant une inscription ainsi con-
blessurc qu'on a crue d'abord mortelle; mais la balle ayant été extraite, le général s'est bientôt remis à la tete de sa troupe, qu'il n'a pas voulu quitter depuis. »
1 Le gouverneur général disait dans son rapport : « Monseigneur le duc de Nemours a été, comme dans la division d'Alger, ce qu'un prince de sa race doit être a l'armée : un exemple et un stimulant pour tous. M. le général Lamoricière m'avait rendu les plus grands services dans les préparatifs de la guerre. Il a prouvé que le soin si important des détails d'organisation et d'administration pouvait s'allier avec l'ardeur et le courage qu'il montre en toute occasion. >
Parmi les noms cités dans ce rapport, on remarquait encore ceux du lieutenant-colonel des zouaves, Cavaignac du chef de bataillon Walsin-Esterhazy, du lieutenant d'élat-major de la Uuiche, et enfin celui de M. de Corcelles, membre de la Chambre des députés, qui avait accompagne la colonne expéditionnaire, a en assistant, disait le rapport, à tous ses engagements. »
;,9l TABLEAU DE LA CONQUÊTE DE L'ALGÉRIE.
« çuc : Celte ville de Thaza a été construite et peuplée par le prince des Croyants, le seigneur El-Hadj- Abd-el-Kader (que Dieu le rende victorieux !) Lors de son entrée il a rendu témoignage à Dieu de ses œuvres et de ses pensées, et a dit : « Dieu m'est té~ « moin que cette œuvre m'appartient et que la postérité en conte servera le souvenir. Tous ceux qui se rapprocheront de moi et « viendront sur nos terres heureuses, recherchant avec empresse- « ment la paix et la tranquillité, trouveront après moi et jusqu'à « l'éternité l'exemple de mes bonnes œuvres et de mes bienfaits. »
L'annaliste de l'Algérie, après avoir cité les termes de cette suscription, ajoute avec un grand sens : « Le plus grand mal que nous ait fait Abd-el-Kader a été de nous mettre dans la nécessité de ne représenter un moment, qu'une idée brutale, une idée de destruction, tandis qu'il représentait une idée morale, une idée d'organisation1. » C'était là le tort du traité de la Tafna, dans lequel le général Bugcaud avait consenti à laisser un autre bâlir sur la table rase où nous voulions construire nous-mêmes. Il fallut détruire son édifice avant d'élever le nôtre.
C'est pendant la campagne de 1842 et dans celle de 1845 que les grands coups furent portés à Abd-el-Kader, dans les provinces d'Alger et de Titery, et dans celle d'Oran, où était le cœur de sa puissance. Dès le commencement de celte année, le gouverneur général, y défaisant, les armes à la main, ce qu'il avait fait par le traité de la Tafna, avait encore enlevé Tlemsen à l'émir et v avait placé le général Bedeau. Sur un autre point de la province, le général Lamorieièrc, établi à Mascara, avait réussi, par les prodigieuses ressources de son imagination, à y nourrir une division de 0,000 hommes. C'est alors qu'il appliqua ce hardi système de guerre dont il a été parlé, et qu'il tint la campagne, vingt-deux jours de suite, avec une troupe qui n'avait emporté que quatre jours de vivres. Sa présence sur ce point et ses excursions continuelles, ses combats heureux, eurent pour résultat de séparer Abd-el-Kadrr des tribus situées entre Oran, Mas-
1 M. E. PclissiVr de Renaud {Annales algériennes, tome H, page 408).