‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 156 sur 183 · BATAILLE DE L'ISLY · texte numérisé non relu

BATAILLE DE L'ISLY

ou pris, et le prince de Joinville, qui avait fait dans cette journée son devoir de chef et de soldat, y descendit de sa personne et y mit garnison. A cinq heures du soir le feu de la place était éteint.

Pendant que la marine française donnait cette leçon aux Marocains, le maréchal Bugeaud, averti par le prince de Joinville que les hostilités étaient commencées, gagnait la bataille de l'Isly, le 14 juillet 1844. Ce fut une journée plus brillante que meurtrière. Sidi-Mohammed, fils de l'empereur , commandait le camp marocain, auquel il avait amené de nombreux renforts. Le maréchal Bugeaud, dès qu'il eut reçu la nouvelle de la rupture officielle, marcha droit au camp ennemi, établi sur les hauteurs de Djarf-el-Akhdar, à peu de distance d'Oudjeda, sur la droite de TOued-Isly, petit affluent de la Moulouia. L'armée française comptait en tout 11,000 hommes; l'armée marocaine, entre 20,000 et 25,000 chevaux, avec quelque infanterie.

Toute la cavalerie qui composait les camps marocains, établis sur les collines de la rive droite, s'était portée en avant pour nous attaquer au second passage de la rivière. Au milieu d'une masse de cavalerie, qui se trouvait sur la partie la plus élevée, on distinguait parfaitement le groupe du fils de l'empereur, ses drapeaux et son parasol, signe de commandement. Dès que l'armée française, après avoir repoussé les nombreux cavaliers qui s'opposaient à son passage, eut traversé la rivière à gué, le maréchal Bugeaud s'empara du plateau immédiatement inférieur à la butte la plus élevée où se trouvait le fils de l'empereur. 11 dirigea sur ce point le feu de quatre pièces de campagne, et un grand trouble s'y manifesta. En ce moment, des masses énormes de cavalerie sortirent des deux côtés de derrière les collines et assaillirent à la fois nos deux flancs et noire queue. L'infanterie française, formant une grande losange, composée elle-même, sur les faces, de petits carrés, marchant par un de ses angles armé d'artillerie, et renfermant dans son sein la cavalerie, forte seulement de 19 escadrons, partagea bientôt en deux, comme un coin, cette masse d'hommes à cheval, qui ne réussit point à l'entamer. Alors la losange s'ouvrit, et notre cavalerie, formée par échelons,

60ti TABLEAU DE LA CONQUÊTE DE L'ALGÉRIE.

fut lancée par le maréchal sur le tronçon de droite de l'armée marocaine. Ces bandes de cavaliers, chargées avec vigueur, ne soutinrent pas le choc, et s'enfuirent en laissant plusieurs centaines des leurs sur le sol. L'attaque sur nos flancs ayant échoué, la butte fut enlevée. Alors, d'après les ordres du maréchal, le colonel Yousouf, qui commandait le premier échelon, composé de six escadrons de spahis, soutenus par trois escadrons de chasseurs et par le goum des Douairs et des Zmélas, le lança sur le camp marocain, couvert par onze pièces de canon, qui ne tirèrent qu'une seule fois et furent enlevées. L'infanterie, d'ailleurs peu nombreuse, ne put tenir contre cette attaque impétueuse. Sur sa gauche, l'ennemi fit une vigoureuse résistance. Le colonel Morris, qui commandait les deuxième et troisième échelons, voyant une grosse masse de cavalerie se précipiter sur notre côté droit, passa I'Isly, pour attaquer l'ennemi par son flanc droit. « L'attaque contre notre infanterie échoua, dit le maréchal Bugeaud; mais alors le colonel Morris eut à soutenir le combat le plus inégal. Ne pouvant se retirer sans s'exposer à une défaite, il résolut de combattre énergiquement jusqu'à ce qu'il lui arrivât des secours. Cette lutte dura plus d'une demi-heure; ces six escadrons furent successivement engagés pl à plusieurs reprises; nos chasseurs firent des prodiges; trois cents cavaliers berbères tombèrent sous leurs coups. Le général Bedeau, commandant l'aile droite, ayant vu l'immense danger que courrait le 2* chasseurs, détacha le bataillon des zouaves, un bataillon du 15* léger et le 0e bataillon de chasseurs d'Orléans, pour attaquer l'ennemi du côté des montagnes. Ce mouvement détermina sa retraite. »

L'infanterie, qui avait suivi la cavalerie dans le camp marocain, le dépassa bientôt, et comme l'ennemi se ralliait en masse sur la rive gauche de I'Isly, nos troupes traversèrent rapidement < e cours d'eau, pendant que l'artillerie en batterie sur la rive droite lançait de la mitraille sur « cette vaste confusion de cavaliers se réunissant de tout côté. » La retraite des Marocains, assaillis de nouveau par nos troupes, devint une déroute. Ils

Page 1