LETTRE DE MUSTAPHA- PACHA, DEY D'ALGER
Au prrmlrr lon.ul, le fl S moût t SOI.
« Au nom de Dieu seul, de l'homme de Dieu maître de nous, illustre et magnifique seigneur, Mustapha Pacha, dey d'Alger, que Dieu laisse en gloire.
« A notre ami Bonaparte, premier consul de la République française et prévient de la république italienne :
« Je tous salue, la paix de Dieu soit avec vous.
« Ci-après, notre ami, je vous avertis que jai reçu votre lettre datée du 2fl messidor; je l'ai lue. Elle m'a été remise par le général de votre palais et votre vékil Dubois-Thainville. Je vous réponds article par article.
« 1° Vous vous plaignez du rais Ali-Tatar ; quoiqu'il soit un de mes joldachs, je l'ai arrêté pour le faire mourir. Au moment de l'exécution, votre vékil m'a demandé sa grâce en votre nom, et pour vous je l'ai délivré.
« 2° V ous me demandez la polacre napolitaine prise, dites-vous, sous le e.inon de la France; les détails qui vous ont été fournis à cet égard ne sont pas exacts; mais, selon votre désir, j'ai délivré dix-huit chrétiens, formant son équipage, que j'ai remis à votre vékil.
« .V Vous me demandez un bâtiment napolitain qu'on dit être sorti de Corfou avec des expéditions françaises; on n'a trouvé aucun papier français; mais, <elon vos désirs, j'ai donné la libel lé à l'équipage, que j'ai remis à votre vékil.
t 4° Vous me demandez la punition du rais qui a conduit ici deux bâtiments «le ^République française; selon vos désirs, je l'ai destitué; mais je vous averti que mes rais ne savent pas lire les caractères européens; ils ne connaissent que le passe-port d'usage, et, par ce motif, il convient que les bâtiments de guerre de la République française fassent quelque signal pour être reconnus par mes corsaires.
« 5° Vous me demandez cent cinquante hommes que vous dites être dans mes États; il n'en existe pas un. Dieu a voulu que ces gens se soient perdus, et cela m'a fait de la peine.
« 6° Vous dites qu'il y a des hommes qui me donnent des coascils pour nous brouiller; notre amitié est solide et ancienne, et tous ceux qui chercheront a nous brouiller n'y réussiront pas.
652 PIÈCES JUSTIFICATIVES
« 7* Vous me demandez que je sois ami de la république italienne; je respecterai son pavillon comme le vôtre selon vos désirs. Si un autre m'eût fait pareille proposition, je ne l'aurais pas accordée pour un million de piastres.
« 8* Vous n'avez pas voulu me donner les deux cent mille piastres que je vous avais demandées pour me dédommager des pertes que j'ai essuyées pour vous ; que vous me les donniez ou que vous ne me les donniez pas, nous serons toujours bons amis.
« 9* J'ai terminé avec mon ami Dubois-Thainville, votre vékil, toutes le> affaires de la Calle, où l'on pourra venir faire la pêche du corail. La Compagnie d'Afrique jouira des mêmes prérogatives dont elle jouissait anciennement ; j'ai ordonné au bey de Conslantine de lui accorder tout genre de protection.
• 10* Je vous ai satisfait de la manière que vous avez désiré jtour tout ce que vous m'avez demandé, el |*>ur cela vous me satisferez comme je vous ai satisfait.
• 1 1° En conséquence, je vous prie de donner des ordres pour que les nations mes ennemies ne puissent pas naviguer avec votre pavillon, ni av»»c celui de la république italienne, pour qu'il n'y ait plus de discussions entre nous, parce que je veux toujours être ami avec vous.
« 12° J'ai ordonné à mes rais de respecter le pavillon fiançais à la mer. Je punirai le premier qui conduiia dans mes ports un bâtiment français.
• Si a l'avenir il survient quelque discussion entre nous, écrivez-moi directement, et tout s'arrangera à l'amiable.
« Faites-moi le plaisir de donner des ordres pour faire payer à Bacri et Busnach ce que leur doit votre gouvernement, puisqu'une partie de cet argent m'appartient, et j'attends d'être satisfait, comme me l'a promis en votre nom votre consul Dubois-Thainville.
f Je vous salue, que Dieu vous laisse en gloire.
. Al^er. le 13 de la lune de Rabiitl-Ewel , l'an de Ihcgyre 1417. -