‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 180 sur 183 · A TOULON · texte numérisé non relu

A TOULON

Taris, le 3 avril 1830.

a Le roi, monsieur l'amiral, en conférant à M. le comte de Bounnont, lieutenant général et ministre de la guerre, le commandement en chef de l'expédition d'Afrique, vous a confie le commandement de l'armée navale qui doit concourir a cette opération.

• Je joins ici l'état détaillé des 84 bâtiments de la nia line royale qui composeront cette armée, a laquelle seront réunis des navires de transport jaugeant environ 70,000 tonneaux, et une flottille de débarquement de 200 grands bateaux plats.

« Indépendamment de ces forces, il y a devant Alger et les autres poils de la Régence 4 frégates et 8 corvettes ou bricks, sous le commandement de M. Massieu de Clerval, capitaine de vaisseau, qui se trouve maintenant placé sous vos ordres.

« Vous aurez pour principaux coopérateurs : M. le contre-amiral Mallet, (Omine major général; M. le contre-amiral de Rosamel, dont le pavillon flotte sur le vaisseau le Trident; le baron Ilugon, capitaine de vaisseau, à qui, sur votre proposition, et avec l'autorisation du roi, j'ai donné le commandement de la flotte de transport.

«Vous savez qu'il s'agit de conduire et de débarquer une année de 52,000 hommes, avec les chevaux et le matériel nécessaire pour entrer en campagne et faire le siège de la ville d'Alger.

h 11 est a désirer que cette armée soit embarquée et prèle à partir pour sa destination dans les premiers jours de mai.

«Cest pour hâter les préparatifs de cette expédition, et pour prévenir toute espèce de diflicultés dans leur exécution, que Sa Majesté a voulu que vous eussiez a Toulon, jusqu'à votre départ, l'autorité supérieure dans le port comme en rade. En présidant à tout, vous aurez la certitude qu'aucune mesure ne sera prise sans qu'elle doive conduire au but, et vous ne rencontrerez point d'obstai le que vous ne puissiez faire cesser immédiatement.

« M. le contre-amiral Mallet devra s'entendre avec M. le lieutenant général Després, major général de l'année de terre, pour régler tous les détails relatifs au placement de chaque corps et de chaque partie du matériel de l'expédition à bord des bâtiments de guerre et de transport, de telle sorte que le débarquement puisse en être opéré dans l'ordre que vous aurez arrêté h l'avance, de conrert avec M. le comte de Bounnont. Si, comme j'ai lieu de le croire, la cour «l'Espagne répond favorablement aux ouvertures qui lui ont été faites au nom

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du roi, tous aurez la faculté de désigner uu point quelconque des iles Baléares comme lieu de rendez-vous pour la majeure partie des navires de transport de l'expédition, et poui* les 200 Iwteaux de la flottille de débarquement. Vous diminuerez ainsi les difficultés et les lenteurs de l'appareillage en |iartant de Toulon. Vous pourrez d'ailleurs assigner le même mouillage comme rendez-vous à tous les bâtiments de l'armée, dans le cas où ils seraient séparés par un coup de vent. Je tous ferai connaître bientôt les réponses du cabinet de Madrid à ce sujet.

a Aussitôt que tous vos préparatifs seront terminés, que l'année expéditionnaire sera embarquée, et que les vents seront favorables, vous donnerez le signal du départ, et vous ferez route vers la côte d'Alger.

• Je ne vous prescris rien relativement à la marche que vous aurez à suivra. Je vous bisse entièrement libre de déterminer si l'année navale et la flotte de transport devront se présenter tout à la fois, ou par grandes divisions, devant le lieu du débarquement. Ce sont des détails d'exécution qui doivent nécessairement se lier avec ceux du plan d'opérations qui aura été arrêté pour l'année de terre ; je n'ai rien autre à vous dire ou commander sous ce rapport, que de régler tout à l'avance, de concert avec M. le comte de Bourmont.

« Le point de la côte d'Afrique où l'on a projeté d'opérer le débarquement est la plage située à l'ouest de Torrcla-Chica, ou Sidi-el-Ferruch, à deux lieues dans l'ouest du cap Caxines. Mais si les circonstance sfortuites de temps, la direction des vents, l'état de la mer, la force des courants, vous faisaient juger préférable de débarquer dans le voisinage du cap Matifoux, soit à l'est de ce cap, soit dans la baie même d'Alger, vous consulteriez M. le générai tai chef de l'armée, et vous agiriez ensuite dans le plus grand intérêt de l'expédition, en ne perdant pas de vue que, pour réussir, il importe de coordonner autant que possible les moyens d'obtenir les cliauccs les plus favorables aux opérations maritimes, avec les combinaisons qui tendront à diminuer les difficultés que l'armée de terre devra surmonter après son débarquement.

« Des circonstances graves, contre lesquelles vous jugerez impossible de lutter avec quelque apparence de succès, devront donc seules vous déterminer à ne point débarquer à Sidi-el-Ferruch, et a choisir un autre point d'opération, puisque aucun autre ne semble offrir a l'armée de terre autant de moyens de réussir.

• Vous serez naturellement, et sous votre responsabilité personnelle, le seul juge de ces circonstances.

«Si, lorsque vous vous présenterez devant Sidi-el-Ferruch, l'état de la met . la direction et la force des vents sont tels qu'on doit le désirer |mhii* le débarquement, vous prendrez toutes les dispositions nécessaires pour que cette importante opération s'exécute avec toute la célérité possible, et dans l'ordre dont vous serez convenu à l'avance avec M. le général en chef.

• Les obstacles que l'ennemi opposera au débarquement des troupes ne seront probablement pas de nature a tenir longtemps contre les moyens avec lesquels vous pourrez les combattre. Ceux de vos bâtiments qui seront armés en guem .

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les bombardes, les chalou|>es des vaisseaux et les frégates, suffiront sans doute )iour balayer la plage et faire taire le feu des forts et les batteries qui auraient pu être élevées depuis peu, pour en défendre les approches.

« Après le[dél>arqucmenl des troupes et leur établissement à terre, il sera de la plus haute importance de mettre à leur disposition, dans un très-court délai, les vivres de campagne et tout le matériel nécessaire pour qu'elles soient en mesure de se porter en avant. Cette partie de l'opération éprouvera sans doute des contrariétés, parce qu'elle exigera un laps de temps trop long pour qu'on doive compter que la mer et les vents y seront constamment favorables. C'est alors, monsieur l'amiral, que votre habitude du commandement, votre sang-froid dans les circonstances difficiles, et la persévérance avec laquelle vou> saurez y apporter les ressources d'une liabile tactique, deviendront des gages de succès, et j'ai 1 intime conviction que vous parviendrez à vaincre des diflicultés que d'autres jugeraient peut-être insurmontables. Je m'abstiens d'aillcui^s de tout développement au sujet d'une suite d'opérations qu'il faudra régler sur l'opportunité de chaque moment, et pour lesquelles, par conséquent, je n'ai rien de mieux a faire que de m'en rapporter entièrement a votre zèle et a votre expérience.

« Le débarquement achevé, le rôle delà marine sera loin d'être fini; il importera que vous teniez toujours autant de bâtiments que vous le pourrez à la proximité de l'armée, pour lui prêter, à tout événement, l'assistance dont elle aurait besoin et qu'il dépendrait de vous de lui assurer. Ses blessés devront trouver asile à bord de vos vaisseaux, toutes les fois que l'état de la mer vous permettra de communiquer avec la terre, et vous ferez en sorte d'organiser un service permanent de transport pour les malades, qu'il faudrait envoyer soit a Mahou, soit à Toulon.

« Il est, d'ailleurs, extrêmement probable qu'au moyen de vos bâtiments armés en guerre, de vos bombardes et des barques disposées pour lancer des fusées incendiaires, vous aurez à tenter contre Alger, du côté de la mer, une attaque qui fera une utile diversion, alors que les batteries de l'année de terre seront en mesure de battre en brèche les murs de cette ville. A cet égard aussi, tout devra être réglé entre vous et M. le général en chef, et vous ne ferez rien qui n'ait été préalablement concerté avec lui.

€ Il sera indispensable que, pour vos communications avec M. le comte de Bourmonl, vous établissiez à l'avance un système de signaux au moyen duquel l'armée navale et l'armée de terre agiront toujours d'intelligence. Peutêtre même conviendrait-il que quelques officiers de la marine suivissent à terre rétat-major général de l'armée expéditionnaire, atin d'être particulièrement chargés de transmettre et d'expliquer les signes convenus pour cette correspondance.

« Bien, monsieur l'amiral, n'a été épargné pour assurer le succès de l'expédition h laquelle vous allez prendre une part aussi importante. L'affrètement des transjioi Is a été fait largement et sans qu'on ait été arrêté par la dépense considérable qu'il doit occasionner. Il s'agit d'être prêt pour l'époque de

l'année qu'on sait être la seule favorable à un débarquement sur la côte d'Afrique, et, faute d'un délai suffisant, il a fallu, avant tout, aller vile.TTiîs il dépendra de vous de réduire beaucoup les frais de ces affrètements en ne gardant avec vous, après le débarquement de l'armée, que ceux des navires de transport qu'il vous paraîtra indispensable de retenir. Cette observation s'applique aussi aux bateaux qui composeront la flottille de débarquement.

« Vous aurez, à Toulon, l'état nominatif de tous les navires affrétés, avec l'indication du temps pour lequel la marine est engagée à en payer le nolis; vous jugerez, d'après cela, quels sont ceux qu'il importera le plus de renvoyer les premiers à Marseille, afin de ne pas prolonger le fret au delà du temps nécessaire.

« La plupart de ces navires vous deviendront inutiles après la prise d'Alger, parce qu'ayant alors la facilité de communiquer avec l'armée de terre par l'intérieur du port de cette ville, vous n'aurez plus à faire que des mouvements sans urgence et pour lesquels les bâtiments de la marine royale suffiront en grande partie.

■ Dans tout ce qui précède, monsieur l'amiral, je n'ai admis que la seule hypothèse à laquelle j'aime à m'attacher, c'est celle du succès complet du débarquement à Sidi-el-Ferruch, ou sur tout autre point très-voisin d'Alger. Il faut cependant prévoir le cas où, après une longue attente devant la côte, aucune circonstance favorable ne s'étant présentée |>our débarquer, la saison paraîtrait trop avancée pour entreprendre une opération de cette nature.

« Deux partis s'offriraient alors, entre lesquels il s'agirait de choisir : ce serait de ramener toute l'armée en France et d'ajourner l'expédition en 1831, ou bien de se porter soit sur Oran, soit sur Boue, avec une partie seulement de cette même armée, et de renvoyer le reste à Toulon.

« Je ne vous donne à ce sujet aucune instruction positive; je veux, d'ailleurs, espérer toujours qu'elles seraient sans objet. Mais si, par malheur, un semblable cas venait à se présenter, vous devriez venir d'abord mouiller aux îles Baléares et y attendre les ordres du roi, que je ne tarderai pas h vous transmettre.

f Parmi les bâtiments mis à votre disposition se trouvent six bateaux à vapeur ; j'ai inutilement cherché à en augmenter le nombre par des affrètements en Angleterre. Ces bateaux, dont quatre sont de la force de 160 chevaux et les deux autres de 80 chevaux, vous seront fort utiles pour aider à relever de la côte le» bâtiments de guerre ou de transport qui s'y trouveraient affalés par les vents ou portés par la violence des courants; mais vous pourrez aussi les employer a vos conununications avec Toulon, si vous le jugez convenable. Il serait bien désirable que ces communications pussent être en quelque sorte quotidiennes ; vous disposerez pour cela d'un grand nombre de petits bâtiments qui pourront n'avoir point d'autre destination que celle d'aller et venir entre la côte d'Alger et celle de la France.

« Je crois, monsieur l'amiral, n'avoir rien omis d'essentiel dans ces instructions; ma correspondance avec vous y ajoutera, s'il le faut, des détails que je

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ne saurais prévoir eu ce moment, et sur lesquels vous aurez peut-être des explications à me demander avant votre départ. Pour tout le reste, je m'en rap)iorte à vous sans réserve, et je vous laisse toute liberté de suivre les directions que vous croirez les meilleures pour assurer le succès de la mission dont vous êtes charge. Ce succès ne peut avoir lieu qu'autant qu'il régnent la plus parfaite intelligence entre l'armée de terre et Tannée navale. Je ne saurais trop vous recommander de tenir la main a ce qu'en vous voyant marcher constamment d'accord avec H. le général en chef de l'armée expéditionnaire, les commandants des bâtiments et les officiers sous leurs ordres sentent la nécessité de suivre un tel exemple, et s'appliquent à former avec leurs passagers des liaisons de confraternité qui, dans la suite de l'expédition, pourront avoir les plus heureux résultats.

* Vous ne perdrez pas de vue que l'intention du roi est que la direction Jr l'ensemble de l'expédition appartiennent au ministre de Sa Majesté, commandant «le l'armée de terre, et que les opérations de l'année navale soient subordonnées au plan arrêté par M. le comte de Bourmont, aux imitations et réquisition, duquel vous voudrez bien obtempérer dans toutes les circonstances où il jugera utile le concours de la flotte.

• Le roi connaît vos anciens services, monsieur l'amiral ;*J1 sait qu'après le> plus glorieux combats pendant la longue guerre qui a précédé la Restauration, vous avez coopéré avec autant de dévouement que d'habileté au succès de la guerre d'Espagne ; Sa Majesté met aujourd'hui toute sa confiance en vous, et je n'ai pas hésité à lui garantir que personne ne pouvait mieux justifier cet auguste suffrage.

« Recevez, etc.

« Baron d'IIaussez. »

A l'occasion de ces instructions si prévoyantes, si nettes et si complètes, nous croyons devoir donner au lecteur une explication.

On a peut-être remarqué que, dans le récit du débarquement de l'armée française en 1830, sur la côte de l'Algérie, page 529, nous avons suivi le récit officiel du commandant en chef de l'expédition, qui présente cette opération comme ayant été faite d'une manière satisfaisante, et que cependant nous reproduisons en note, à la page 422, une critique sévère, exprimée par M. le baron d'Haussez, ministre de la marine, sur la conduite de M. Duperré dans cette circonstance. Nous devons expliquer celte contradiction apparente. Le général en chef n'avait à demander qu'une chose à l'amiral, un débarquement prompt et heureux. Le débarquement ayant réussi, il avait l'esprit trop bienveillant et trop raisonnable pour chercher querelle au succès obtenu. Il nous semblé que l'histoire devait imiter cette réserve. Quand il y a eu un revrr*>. Cllr en cherche les causes; mais lorsque le succès couronne une entreprise, elle aurait mauvaise grâce à trouver qu'on n'a pas fait tout ce qu'il (allait pour réussir. M. d'Haussez, comme ministre de la marine, avait le devoir et les moyens de contrôler de plus près les opérations de M. l'amiral Duperré. Nous avons dû

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l'aire connaître son opinion, d'autant plus que cette opinion, qui a un grand poids, explique la différence qu'on mit entre la récompense décernée à M. de Rourmont et celle donnée à l'amiral. L'équité nous oblige d'ajouter que Popiluonde M. le baron d'Haussez est celle de tous les militaires et les marins qui prirent part à l'entreprise, et que nous avons pu consulter. La direction manqua au débarquement de l'armée, comme au débarquement du matériel. Il en résulta de la confusion; mais l'habileté et le zèle de l'exécution suppléa à tout. La marine fut admirable d'intelligence et de dévouement.

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