LIVRE PREMIER
ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS SUR LA COTE SEPTENTRIONALE DE L'AFRIQUE. TRAITÉS AVEC LES PUISSANCES BARBARBSQUES.
Il était impossible que, de temps à autre, les Etats chrétiens ne se fatiguassent point des insultes faites à leurs pavillons par les Barbaresques, du préjudice causé à leurs intérêts commerciaux par les navires algériens armés en course, des violences exercées contre leurs nationaux, et de l'insolence naturelle à un gouvernement qui, fondé sur la force, s'exagérait sa puissance, et ne
connaissait guère, tant son ignorance était grande, celle de ses adversaires. Cette situation devait amener contre Alger une suite d'entreprises militaires, et, les forces de la civilisation croissant, et celles des Ottomans diminuant do plus en plus, il était indiqué qu'Alger périrait par ee côté.
De toutes les puissances européennes, celle qui avait toujours eu les intérêts les plus importants engagés avec la régence d'Alger, c'était la France. Ces intérêts étaient de plus d'un genre. De temps presque immémorial, la France avait des établissements sur la cote d'Afrique Avant même de devenir française, c'est-àdire dès le douzième siècle, la ville de Marseille avait eu des consuls indépendants aux échelles du Levant et dans les différents ports de Barbarie; cependant l'institution de ces magistrats ne paraît avoir été arrêtée d'une manière permanente et régulière que vers le milieu du treizième siècle. A la date de la rédaction des statuts principaux de la cité1, Marseille entretenait surtout des relations suivies avec les ports de Bougie et de Ceuta, car les deux chapitres de ces statuts destinés à régler le mode d'élection et les droits des consuls marseillais établis dans les ports de la Méditerranée, indiquent particulièrement ces deux villes comme celles où les commerçants de Marseille apportaient habituellement leurs cargaisons. Les consuls étaient nommés par le viguier de Marseille au nom de la commune et du roi de Sicile. Ces privilèges se maintinrent jusqu'à la réunion du comté de Provence à la couronne de France.
Après la mort de saint Louis, Philippe le Hardi conclut, ainsi que les rois de Sicile et de Navarre, un traité avec le roi de Tunis. Ce traité assurait aux sujets des parties contractantes la liberté du commerce et de la navigation dans leurs États respectifs, et les laissait entièrement libres de suivre, dans leurs établissements ou comptoirs, la religion et les usages de leur pays.
Le commerce français se maintint et s'accrut sur les côtes sep-
1 Tableaux de la situation des établissements français en Algérie, publié* par le ministère tle la guerre en 1838.