‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 21 sur 183 · FONDATIONS CATHOLIQUES. 8<J · texte numérisé non relu

FONDATIONS CATHOLIQUES. 8<J

dix-huitième siècle, dans la maison de la mission de France, deux prêtres dont l'un avait la commission de vicaire apostolique des royaumes d'Alger, Tunis et Tripoli ; ils avaient avec eux deux frères. Cette fondation était duc à la duchesse d'Aiguillon, et elle avait pour objet le soulagement spirituel des esclaves chrétiens, lies vicaires apostoliques étaient tous choisis dans la congrégation de Saint-Lazare. C'était saint Vincent de Paul qui, touché de voir les secours spirituels manquer souvent aux Français à Alger, avait provoqué l'établissement de cette congrégation dans la ville

Ces fonctions, aussi saintes qu'honorables, étaient périlleuses. Quand une rupture intervenait entre le dey et la France, c'était sur le consul et le vicaire apostolique, qui cumulait souvent les deux fonctions, que tombaient les premiers coups de ce gouvernement de barbares. En 168.5, M. Vacher, vicaire apostolique et consul à Alger, fut attaché à la bouche d'un canon, pendant le bombardement de cette ville par Duquesne. En 1688, le maréchal d'Estrées ayant renouvelé ce bombardement, M. deMontmasson, son successeur, éprouva le même sort et fut attaché à un canon avec le consul de France. Tant que le bombardement dura, ces exécutions se renouvelèrent. Quarante Français, capitaines de navires ou esclaves, périrent ainsi. On appela la pièce de canon à l'embouchure de laquelle les victimes avaient été attachées la Constitaire. Le jour devait venir où une armée française irait chercher la Consulaire à Alger et la transporterait à Toulon, comme un monument auquel se rattachent d'immortels souvenirs d'héroïsme chrétien, d'horreur, de pitié et de victoire.

Ces actes de dévouement et ces merveilles enfantées par la charité catholique à Alger consolent le cœur et reposent la vue,

* Les lazaristes s'employaient à soulager les esclaves et a leur administrer les sacrements; ils leur distribuaient des aumônes, et, quand ils le pouvaient, payaient leur rançon. Environ douze mille ont été rachetés durant la vie de ce saint, et Ton évalue à plus d'un million les sommes fournies par lui aux chrétiens d'Afrique. (La Guerre et le Gouvernement de V Algérie, par Louis de Baudicour, page HO, Paris, 1853.)

au sortir de cette histoire de crimes, de violence, de meurtre et de sang, comme une de ces fraîches oasis qu'on rencontre, avec leur verdure et leurs fontaines, au milieu des sables brûlants du désert. Après avoir déploré les vices et les misères des hommes, on admire l'inépuisable fécondité du catholicisme, pour lequel ces misères et ces vices sont une occasion d'œuvres vraiment divines. La barbarie et la cupidité placent à Alger, devenu un nid de pirates, des bagnes d'esclaves chrétiens; le catholicisme crée les ordres des Rédempteurs pour les soutenir dans la foi, les soulager dans leurs misères et les racheter. Ces ambassadeurs de la charité catholique traversent les villes et les villages de toute la chrétienté en quêtant pour les captifs; puis, chaque année, ces hommes de Dieu vont dans les villes barbaresques porter le fruit de leurs quêtes et racheter les pauvres prisonniers. Leur retour dans le pays auquel ils rendent les captifs affranchis par leurs soins est le signal d'une allégresse universelle et l'occasion de fêtes touchantes. On sonne toutes les cloches, on marche processionnel lement au-devant d'eux; ils font leur entrée solennelle au milieu d'un immense concours, et la vue des esclaves qui rapportent en triomphe les fers qu'ils ont portés, les larmes de joie de leur famille qui les ont crus perdus, excitant l'attendrissement de tous, deviennent l'occasion de nouvelles aumônes qui serviront, l'année suivante, à racheter les compagnons de leur captivité. C'est ainsi que les bonnes œuvres enfantent les bonnes œuvres, et que l'arbre immortel de la chanté, nourri au lieu d'être épuisé par les fruits qu'il porte, refleurit, d'année en année, en étendant sur le inonde des rameaux plus féconds.

Les scènes dont nous résumons les détails dans ce tableau » bien insuffisant se renouvelèrent, il ne faut pas l'oublier, pendant trois siècles en Espagne, en Italie et en France. Pendant trois siècles, on vit les mêmes souffrances et les mêmes misères produites par la piraterie, dont le siège principal était Alger, et secourues par la charité catholique. Les historiens des ordres rédemptionnistes sont pleins de récits navrants à ce sujet. Plus d une fois la chaire sacrée en retentit, et nous trouvons dans l'o-

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raison funèbre du duc de Beaufort1, un des premiers qui ait châtié par mer les pirates algériens, un passage dans lequel Mascaron constate ce triste état de choses en le déplorant : « Pour trouver ce temps malheureux, disait-il, il ne faut remonter plus haut de dix ou douze années, où les armements denier, négligés pour d'auires soins, exposaient toutes nos côtes et toute la mer Méditerranée aux incursions des infidèles. Vous l'avez ouï dire, vous l'avez appris par des relations. Hélas ! je l'ai vu de mes propres yeux. Quand je me souviens qu'il n'arrivait point de vaisseau dans nos ports qui ne nous apprît la perle de vingt autres ; quand je songe qu'il n'y avait personne qui ne pleurât ou un parent massacré, un ami esclave, ou une famille ruinée; quand je nie rappelle, dans ma mémoire, l'insolente hardiesse avec laquelle ils faisaient des descentes presque à la portée de noire canon, où ils enlevaient tout ce que le hasard leur faisait rencontrer de personnes et de butin; que les promenades mêmes sur mer n'étaient pas sût»; qu'on craignait toujours que, de derrière les rochers, il n en sortit quelque pirate ; quand je me représente les cachots horribles d'Alger et de Tunis remplis d'esclaves chrétiens, et de Français plus que d'autres nations, exposés à tout ce que la cruauté de ces maîtres impitoyables leur faisait souffrir, ou pour ébranler leur foi ou pour les obliger à grossir le prix de leur rançon ; quand je me rappelle, dans ma mémoire, toutes les railleries sacrilégîs et piquantes que faisaient ces insolents, d'un Dieu et d'un roi, qti défendaient si mal, l'un ses adorateurs et l'autre ses sujets, mon imagination me rend ces temps malheureux si présents, que je ne puis m'empecher de m' écrier : Usquequd, Do mine, Improperabit inimictts? »

1 Oraison funèbre du duc de Beaufort, prononcée par Mascaron, éVèquc cl ««nie d'âgen en 1670.

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