‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 24 sur 183 · ÉTABLISSEMENTS FINANÇAIS EN AFRIQUE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENTS FINANÇAIS EN AFRIQUE

la Porte et, par suite, avec les pachas d'Alger, favorisèrent l'établissement et les progrès du Bastion de France, bâti au nord-est deBone et centre principal du commerce français, qui fut plus tard transporté à la Calle, à cause de l'avantage que présentait la disposition des lieux.

La Calle, située à quatre cent soixante-cinq kilomètres à l'est d'Alger, sur un roc entouré presque complètement par la mer, s'agrandit bientôt et devint, grâce à l'influence du commerce français, un établissement important dans ses jours de prospérité, car, exposée à être ruinée par les tribus qui l'entouraient ou par les Turcs d'Alger chaque fois qu'il y avait une rupture avec le gouvernement français, elle eut ses bons et ses mauvais jours. Elle comptait un grand nombre de beaux magasins, des quais, une église, un hôpital, un lazaret, quatre postes militaires, quatre bastions armés de canons, enfin tout ce qui pouvait être nécessaire à l'approvisionnement et à la défense d'une ville de deux mille âmes. Une reconnaissance poussée dès mars 4831 vers cette ville a permis de constater son étendue et sa situation, a A cette époque, dit la relation ollicielle, la Calle ne présentait que des masures abandonnées et inhabitables. Les batteries avaient beaucoup sou^erl, cependant quelques nierions étaient restés intacts. La tour du Moulin, construite sur une hauteur isolée et munie de retranchements, était seule dans un assez bon état de conservation. 11 n'est pas inutile de faire remarquer que, si le poste de la Calle était rétabli, il ne serait plus aussi nécessaire de fortifier la presqu'île sur laquelle il est bâti, et dont les principales défenses étaient tournées contre les attaques par mer des corsaires algériens ou tunisiens1. »

Ces détails topographiques jettent, ce semble, une assez vive lumière sur la nature de nos établissements sur la côte septentrionale de l'Afrique. Leur origine était commerciale; mais, comme dans le pays où ils étaient situés on ne pouvait trouver quelque

1 Tableau des établissements français en Afrique, publié parle ministère de la guerre en 1 838. Voir les pages 98 et suivantes.

sécurité qu'à l'abri de la force, il fallut de bonne heure fortifier nos comptoirs, de même qu'on arme les caravanes, et les populations indigènes, qui trouvaient avantage à échanger leurs produits avec nous, n'y mirent point obstacle. Quand les armes des sultans de Constantinople parurent dans ces contrées, la Porte reconnut nos établissements, dont un long usage avait déjà fait un droit. Les Turcs venant à dominer en Algérie avec les Barberousse, qui proclamèrent la suzeraineté du Grand Seigneur sur ces parages, les capitulations ou traités que nos rois signèrent avec la Porte Ottomane, à partir du règne de François 1er, s'étendirent moralement sur ces contrées soumises, sinon toujours do fait, au moins de droit, au gouvernement du Grand Seigneur. Plusieurs de ces traités nous reconnurent la faculté de châtier nous-mêmes les pirates barbaresques qui se mettraient, parleurs agressions, hors la paix qui régnait entre la France et la Porte Ottomane. Il en résultait que notre situation sur la côte septentrionale d'Afrique était mixte. Elle résultait à la fois d'un usage immémorial, de la prescription, cette origine de presque toutes les propriétés, du consentement primitif des populations, de la reconnaissance de cet usage et de nos droits par la Porte, de nombreux traités avec le gouvernement turc d'Alger. Elle était à la fois commerciale, politique et militaire.

Malgré les traverses perpétuelles que lui suscitèrent les deys d'Alger, et bien que les guerres nous obligeassent à abandonner nos établissements , que les beys de Gonstantine faisaient livrer aux flammes, les négociants qui jouissaient des concessions firent des bénéfices considérables en étendant leur commerce et leurs comptoirs du cap Ncgro au cap Rosa, à Bouc, Stora, Collo, et jusqu'à Djijelly.La position privilégiée dont le gouvernement français jouissait à Constantinople auprès de la Porte, son ancienne alliée, ses relations avec les Barberousse, au temps des grandes luttes de François Pr contre Charles-Quint, assurèrent à notre pavillon des avantages particuliers.

On voit, en 1560, Claude Du bourg, trésorier de France, ambassadeur de Charles IX, renouveler avec le sultan les disposi-

ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS ES AFRIQUE. 99 du traité de 1539, par un traité contenant quelques dispositions particulières pour faciliter le rétablissement et la sûreté du commerce français dans la régence d'Alger, etc.

Le commerce européen se faisait à cette époque, dans tout le Levant et dans les États barbaresques, sous le nom et l'autorité des consuls français, comme le rappelle M. de Noailles, évoque de Dax et ambassadeur de Charles IX près la cour ottomane. « Il n'y a aujourd'hui, dit-il, si petite province en Italie, en Espagne, qui ne guette l'opportunité d'avoir un consul a part soi, et par ce moyen à se séparer de la protection qui leur a été toujours si utile sous le nom et la bannière de France. »

M. de Vailles fut chargé, auprès de la Porte, d'une négociation délicate, dont la réussite pouvait neutraliser la puissance des Espagnols établis à Oran, et avoir de grands effets sur le développement de la marine et du commerce de la France. C'était la cession du royaume même d'Alger en faveur de Henri, duc d'Anjou, depuis roi de Pologne et ensuite roi de France sous le nom de Henri III. Les ouvertures de l'ambassadeur surprirent le divan de Constantinople, et mirent quelque froideur dans les rapports du gouvernement turc avec la France ; mais Gilles de Noailles, prudent diplomate, qui succéda à François de Noailles, rassura la Porte, un moment mise en émoi, fit oublier une demande trouvée indiscrète, et rétablit une entière harmonie entre les deux cours.

M. de Germigny, qui succéda à Gilles de Noailles, ménagea à l'Angleterre les premières capitulations qu'elle a obtenues de la Porte en 4579. Hume rapporte à cette occasion que les Turcs avaient cru jusque-là que la Grande-Bretagne dépendait de la France. M. de Germigny, étant ambassadeur à Constantinople, renouvela, le G juillet 1581 , nos capitulations, ou articles de paix et de commerce avec le sultan Amurat, souverain d'Alger, de Tunis et de Tripoli, par un traité dont les premières dispositions établissent la préséance des ambassadeurs de France et garantissent toute sécurité aux marchands de Venise, d'Angleterre, de * Portugal, de Sicile, de Catalogne, d'Ancône et de Raguset et de

tous les autres p.-ns qui naviguaient alors sous la bannière de France.

Notre situation générale étant devenue moins Forte pendant les troubles de la Ligue, nos établissements en Afrique furent encore une fois ruinés.

Les grandes capitulations du 20 mai 1G04, données par le sultan Àchmet, (ils de Mabomet III, et signées lors de l'ambassade de François Savary, sieur de Brives, rétablirent et confirmèrent nos privilèges. La régence de Tunis accepta ces capitulations, mais la régence d'Alger, qui tendait de plus en plus à se rendre indépendante de la Porte, les repoussa.

Cet incident, qui révèle le progrès d'une situation qui exerça une grande influence sur les établissements français en Afrique, mérite une attention particulière, et il est utile d'entrer ici dans quelques détails.

A mesure que les liens d'Alger avec la Porte se relâchèrent, la France, d'abord respectée par les corsaires algériens à cause de ses anciennes alliances avec l'empire ottoman, se vit en butte à leurs attaques comme les autres peuples. En 1000, rétablissement de la Callc, connu sous le nom de Bastion de France, fut détruit de fond en comble. En 1004, Henri IV, ayant enfin mis un terme aux troubles de la Liuue. voulut essayer de rendre la sécurité au commerce français, en renouant les anciennes alliances de la France avec les Algériens. Il obtint facilement des ordres de Mahomet III, avec lequel il renouvela les capitulations qui unissaient autrefois les deux gouvernements. Mais ces ordres demeurèrent inobéis. Quand l'ambassadeur de France de Brives les produisit devant le divan d'Alger, la colère de la milice fut si vive, qu'il fut obligé de quitter en toute hâte la ville, où sa vie n'était pas en sûreté. Les janissaires repoussaient, comme attentatoire à leurs intérêts, tout traité dont l'objet était de limiter leurs droits à la piraterie, source de leurs richesses. Tout ce que de Brives avait pu obtenir, à force de présents, c'était la restitution des esclaves chrétiens.

Il faut rappeler ici un événement qui exerça une grande in-

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