‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 25 sur 183 · ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS EN AFRIQUE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS EN AFRIQUE

fluence sur la côte septentrionale de l'Afrique, sur les ravages toujours croissants de la piraterie, et sur la passion comme sur les moyens avec lesquels les Barbaresques l'exercèrent. Depuis la prise de Grenade, en 1402, jusqu'aux premières années du dix-septième siècle, la position des Maures d'Espagne n'avait cessé d'empirer. Suspects à leurs nouveaux maîtres par leur religion, leur origine, leurs mœurs, leurs intelligences naturelles avec les Barbaresques de la côte septentrionale de 1 Afrique, ils avaient été violemment gouvernés, gênés dans leurs croyances, rançonnés; et, plusieurs révoltes ouvertes ayant détruit leurs capitulations, ils avaient subi la religion du vainqueur. Os révoltes, durement réprimées, avaient été suivies d'émigrations partielles qui avaient déjà fortifié sur la côte d'Afrique les foyers de piraterie. Les émigrés revenaient avec les corsaires sur la côte d'Espagne, dont ils connaissaient parfaitement les abords, et les Barbaresques trouvaient à l'intérieur des indications, un appui et des dépôts secrets d'armes et de munitions. Les mesures de rigueur n'ayant fait qu'envenimer les rapports entre les deux races, et l'antipathie des origines, des mœurs et des religions dominant la politique, le gouvernement espagnol prit, sous le règne de Philippe III, une mesure radicale : il décréta, en 1000, l'expulsion en masse des Maurisques1. Cette loi de proscription, en privant l'Espagne d'au moins 000,000 habitants, augmenta la population d'Alger, de Tunis, de Tripoli, et fit paraître à Salé un nouveau foyer de piraterie. Les sauvages tribus qui erraient sur le rivage reçurent, il est vrai, comme une proie, cette épave de l'islamisme que la mer leur apportait. Elles reprochaient aux Maurisques leur longue soumission aux rites chrétiens, et, au dire des historiens, un grand nombre de ces réfugiés périrent massacrés par leurs coreligionnaires. Mais ceux qui échappèrent vinrent grossir la population des villes barbaresques; ils ajoutè-

1 Voir le livre intéressant et plein de recherches publié par M. le comte Albert de Circourt, sous ce titre : Histoire des Arabes d'Espagne sous la domination des chrétiens.

rent à sa Force, et, perdant l'espoir de reconquérir l'Espagne, ils n'aspirèrent plus qu'à la désoler.

Cet événement donna une nouvelle et vive impulsion aux courses des corsaires. La barbarie algérienne, fondée sur le despotisme d'une soldatesque qui gouvernait par le sabre les populations subjuguées, ne laissait point de place à la civilisation. Alger lui emprunta seulement certains perfectionnements pour les instruments de ses brigandages l. C'est de cette époque que date l'agrandissement de la marine algérienne, qui jusque-là ne se .servait que de galères ; elle commença à employer des vaisseaux pontés et à voiles et étendit le cercle de ses entreprises. En 1650 les Barbaresques possédaient jusqu'à cent vingt-deux bâtiments de toute grandeur; Alger seul en comptait soixantedix.

La France, qui, rétablie par Henri IV, continuait sa progression ascendante sous le ministère du cardinal de Richelieu, essaya de nouveau, eu 1025, de conclure un traité avec Alger. La situation de notre commerce et celle de notre littoral méditerranéen devenaient intolérables. On voit dans le rapport rédigé par M. deSéguiran, chargé par Richelieu de parcourir les ports français de la Méditerranée , que « les attaques des pirates étaient alors si fréquentes en Provence, (pie les bâtiments marchands n'allaient en mer qu'armés en guerre, et que les habitants des côtes, fortifiés dans leurs maisons, avaient été obligés d'établir des signaux de nuit et de jour pour prévenir au loin de l'arrivée des corsaires. »

Richelieu, pour rendre quelque sécurité aux populations du Midi, établit des croisières sur les côtes de France et ordonna quelques atlaques conlre les Barbaresques. Les soins qu'il donna à la marine royale lui permirent d'appuyer les négociations en-

1 On retrouve la trace des Mores d'Espagne a Alger dans le nom de mur des Tagarins, que portail la partie occidentale de l'enceinte de la ville. Les Morisques d'Aragon se désignaient par cette dénomination, qui venait de l'ancienne division de l'Espagne sous les califes ommiades El-Thagr, la frontière. C'était le pays conquis depuis par les rois d'Aragon sur les émirs de Saragossc.

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