‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 38 sur 183 · MISSION DU CAPITAINE COLLET · texte numérisé non relu

MISSION DU CAPITAINE COLLET

Les satisfactions demandées pouvaient être partages en deux catégories distinctes. Les premières avaient pour objet la réparation due à la France pour l'injure récente faite à son consul ; les autres n'étaient que la reproduction des réclamations incessantes présentées, depuis plusieurs années, pour la sauvegarde des intérêts français, et qui devaient être discutées ultérieurement.

On avait laissé à la prudence du commandant Collet le soin de choisir entre trois projets de satisfaction. Celui-ci, une fois en mer, les communiqua au capitaine de frégate Dupetit-Thouars, bien posé pour lui donner un bon avis, car il connaissait parfaitement les mœurs et les usages de l'Algérie, où il avait fait déjà jusqu'à dix-sept voyages.

Le premier projet consistait à obliger le dey à venir en personne présenter des excuses au consul, sur le vaisseau la Provence, pendant que toutes les batteries salueraient de 100 coups de canon le pavillon français arboré sur tous les forts.

Le second ne demandait pas la présence du dey. Il devait être remplacé par les principaux personnages de la Régence, qui viendraient, à sa place, présenter des excuses au consul. On maintenait la condition relative au pavillon et au salut exigé.

Dans le troisième projet, les excuses ne devaient être portées que par un interprèle, maislcsdcux autres conditions subsistaient.

Le capitaine Dupetit-Thouars, après avoir pris communication des instructions du commandant Collet, lui conseilla de s'en tenir au troisième projet. — « Non-seulement il est impossible de faire accepter les conditions contenues dans les deux premiers, lui dit-il, mais il n'est pas possible de les proposer. Si le dey se soumettait à une pareille humiliation, il y aurait, le jour même, une révolution à Alger. Le troisième projet ne sera pas accepté, mais il est moins inacceptable que les deux autres. Ici il faut commencer par où Ton veut finir. Avec les Turcs, on doit, sous peine de ne rien obtenir, ne se relâcher jamais d'une exigence exprimée1. »

1 Détails communiqués par M. l'amiral Dupetit-Thouars.

Le commandant Collet suivit l'avis du capitaine Dupelit- Thouars. La satisfaction demandée ne fut pas donnée dans les vingt-qualre heures. Dès lors la négociation fut considérée comme rompue.

Le refus du dey d'obtempérer aux réclamations de la France fut suivi de deux actes qui devinrent le signal de la guerre. Le commandant Collet commença le blocus le 15 juin 1827, et à peine le consul Dcval avait-il eu le temps de faire embarquer les Français établis à la Calle, que le bey de Constantine, agissant par les ordres du dey, descendit à la tête des tribus vers cet établissement et le détruisit de fond en comble. Le gouvernement français avait dès lors à choisir entre deux partis, ou déclarer la guerre à la Régence et frapper un coup décisif, par mer ou par terre, ou se contenter d'entraver les opérations de ses croiseurs, en continuant le blocus d'Alger.

Cette question fut agitée dans les conseils du gouvernement royal, alors présidés par M. de Villèle. M. le duc de Germon t- Tonnerre, ministre de la guerre à cette époque, avait mis à l'étude ce problème difficile; après l'avoir envisagé sous tontes ses faces et s'être entouré de tous les renseignements écrits, il avait voulu avoir l'avis des hommes les plus compétents.

Le capitaine Collet, commandant la station navale devant Alger, était certainement l'homme qui pouvait le mieux donner au ministre une opinion motivée. 11 avait passé, on peut le dire, sa vie à la mer, usant sous lui les navires, et quittant celui qui succombait à la peine pour en monter un nouveau, comme ces cavaliers infatigables qui tuent sous eux leurs chevaux. D'une intrépidité si prodigieuse qu'elle Unissait par conjurer le péril à force de le braver, il avait un jour, dans la rade de Rochefort, demandé à l'amiral commandant de la Hotte française la liberté de manœuvrer; et, l'ayant obtenue, il était allé avec sa frégate droit au vaisseau amiral anglais; celui-ci l'avait laissé venir, ne soupçonnant pas qu'il pût avoir l'idée de se heurter, avec son bâtiment si inférieur, contre un colosse. Le capitaine Collet s'était donc approché à portée de pistolet, et, bord à bord, avait

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