‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 37 sur 183 · INSULTE FAITE AU CONSUL DE FRAISE · texte numérisé non relu

INSULTE FAITE AU CONSUL DE FRAISE

somme séquestrée à la caisse des dépôts et consignations, en renvoyant les sujets français se pourvoir devant la Régence, n'avait pu accédera aucune de ses prétentions.

Il résultait de là qu'on ne pouvait s'entendre, et ce défaut d'entente s'aggravait par les nombreux griefs que le dey donnait à la France pour lui témoigner son mécontentement. Enfin, en 1826, le dey écrivait dans les termes les plus vifs au gouvernement français, et, selon une version, au roi lui-même. 11 exigeait ce qu'il avait jusqu'alors demandé. Le roi de France ne pouvait entrer en correspondance avec un chef de pirates. Le ministre des affaires étrangères de cette époque, M. le baron de Damas, crut qu'il ne pouvait répondre lui-inème par écrit à une lettre aussi arrogante; il se contenta donc de charger le consul dédire au dey que ses demandes n'étaient point admissibles, parce qu'elles étaient directement contraires à la convention qu'il avait approuvée.

Les choses en étaient là, et le dey attendait toujours la réponse à la lettre qu'il avait adressée au gouvernement français, lorsque le consul général, M. Deval, pour lequel il avait une véritable antipathie, se présenta, dans le printemps de 1826, à la Casaubah pour saluer le dey, comme c'était l'usage, la veille des fêtes musulmanes. Il voulut protiter de cette visite pour faire valoir quelques réclamations au sujet d'un navire des États du Saint-Siège, qui, bien que couvert par le pavillon français, avait été récemment capturé. Le dey accueillit fort mal cette réclamation. Il dit au consul qu'au lieu de lui adresser des observations au sujet d'une affaire qui ne le regardait pas il ferait mieux de lui remettre la réponse à la lettre que le dey avait écrite au roi. et lui demanda, avec colère, si cette réponse était arrivée, et s'il recevrait enfin son argent, en menaçant le consul, dans le cas contraire, de l'envoyer en prison. M. Deval, qui parlait avec une égale facilité le turc et l'arabe, s'exprimait sans l'intermédiaire d'un interprète dans le second de ces idiomes, plus familier au dev; ce fut dans celte occasion un inconvénient. La conversation était directe, la réplique suivait de près la ques-

lion, et la traduction de l'interprète n'adoucissait point l'amertume des paroles et ne donnait point le temps à la réflexion. Le dialogue devint des deux côtés très-vif. Menacé par le dey, le consul le menaça à son tour de l'indignation de son gouvernement. Alors Hussein-Pacha, transporté de colère, frappa le consul français au visage avec le chasse mouches formé de plumes de paon, qu'il portait à la main selon l'usage du pays. Le consul s'écria aussitôt : « Ce n'est pas à moi, c'est au roi de France que l'injure a été faite. » D'après les relations officielles, le dey répondit « qu'il ne craignait pas plus le roi de France que son représentant, et ordonna à M. Dcval de sortir à l'instant. »

Cette scène se passait le 30 avril 1827.

Le gouvernement français prescrivit à son consul de demander au dey une satisfaction immédiate, et, s'il ne l'obtenait pas, de quitter sans délai Alger. Un des meilleurs officiers de la marine française, le capitaine Collet, sortit deToulon dans les premiers jours du mois de juin 1827, à la tête d'une division navale, et alla porter les instructions du gouvernement au consul. M. Deval, dès qu'il eut reçu cette dépèche par la goélette la Torche, qui parut dans la rade le 11 juin 1827 au matin, se rendit à bord et fit parvenir dans la ville une ordonnance pour enjoindre, de par le roi, à tous les Français résidant à Alger de quitter cette ville et de s'embarquer sur les vaisseaux français prêts à les recevoir. Cette précaution était justifiée, quoi qu'en aient dit les écrivains de l'opposition de cette époque1, parles précédents de violence du gouvernement algérien, si peu soucieux du droit des gens. N'avait-il pas, en effet, fait jeter les consuls étrangers au bagne, ainsi que les sujets des gouvernements dont il croyait avoir à se plaindre? Bien heureux encore quand la milice ou la populace algérienne ne leur faisaient pas un plus mauvais parti, comme il était arrivé dans les derniers démêlés de l'Angleterre et de la Régence.

1 Voir l'ouvrage de M. de Labonlc, intitulé : Au roi et à la Chambre sur les véritables causes de la rupture avec Alger.

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