M. DUPETIT-TUOUARS CONSULTÉ EN
cusé : on le laissa debout. 11 répondit à toutes les questions, déclara que, dans sa conviction, on ne pouvait rien l'aire du côté de la mer1, mais qu'un débarquement était possible, et que, par terre, on arriverait à réduire Alger. L'interrogatoire fini, on lui dit qu'il pouvait se retirer, et faire entrer M. de Taradel; mais qu'il devait attendre dans le salon des aides de camp, car le conseil pouvait avoir besoin de l'entendre encore. C'est ce qui arriva. M. Dupelit-Tbouars, introduit de nouveau, maintint ses affirmations, et compléta les témoignages de son camarade, qui, ayant seulement parcouru la côte, sans jamais descendre à Alger, n'avait pu donner aucune notion sur les fortifications de la ville. Les deux jeunes capitaines de frégate se retirèrent alors tristement. La froideur et la bauleur avec lesquelles venait de les traiter le conseil de l'amirauté les avaient affligés et bumiiiés. Ils ne savaient pas que, parleur fermeté à rendre témoignage à la vérité et à soutenir, contre les traditions de la routine, leur conviction fondée sur une observation intelligente, attentive, ils venaient d'attacher leur nom à une expédition glorieuse dont il ne sera jamais séparé.
M. Dupelit-Tbouars dit à son compagnon en le quittant : « Si on me rappelle encore, j'aurai ma revanche. » On le rappela en effet, et l'on voulut recommencer l'interrogatoire, sans suite, qu'il avait déjà subi. « .Monsieur le ministre, dit le capitaine Dupetit-Thouars à M. de Chabrol, qui présidait le conseil de l'amirauté, je crois que des questions se succédant sans ordre ne peuvent mener à aucun résultat. M. le contre-amiral de Mackau m'a engagé en votre nom à rédiger un mémoire sur les moyens de diriger une expédition contre Alger. J'ai mis dans ce mémoire tout ce que je savais. Quand vous l'aurez entendu, vous saurez tout ce que je sais et je n'aurai rien de plus à vous apprendre. Voulez-vous l'entendre? — Donnez-le, dit le ministre, je me charge de le lire. » Le capitaine Dupelit-Tbouars répoii-
1 Cette impossibilité tic rien faire du côté de h nier avait été démontrée jusqu'à l'évidence par le mémoire du 1" juillet 1827, dont le commandant Collet parle dans s i lettre.
dit que son manuscrit était tellement chargé de ratures, qu'il pourrait seul le déchiffrer. Il était arrivé à ses fins. Le ministre ordonna qu'on lui apportât un fauteuil, et le fit approcher de la table du conseil. 11 avait conquis son droit de séance. 11 lut son mémoire, qui concluait à une expédition contre Alger du côté de la terre, en indiquant quelle devait être la part de la marine dans une semblable expédition V
Ce mémoire, complétait la lettre du commandant Collet, et le mémoire du chef de bataillon Boulin, qui, sur les indications données par le consul général Deval, dans la note du 1er juillet \ 827, fut retrouvé dans les archives du ministère de la guerre. Les communications verbales du capitaine Dupetit-Thouars, que M. le duc de Clermont-Tonnerre voulut entendre, après avoir lu ces documents, achevèrent, pour son esprit, la démonstration de ces trois questions importantes : une entreprise par mer contre Alger était impossible; un débarquement, praticable; le siège n'offrirait pas de grandes difficultés.
M. le duc de Clermont-Tonnerre rédigea dans ce sens un rapport très-remarquable, qui fut lu au conseil à la date du 14 octobre 1827. Dans ce rapport, le ministre, examinant la question à tous ses points de vue, établissait qu'une satisfaction devait être obtenue du dey d'Alger, qu'elle pouvait l'être, mais seulement par l'influence de la terreur; qu'il fallait faire une expédition contre Alger, et attaquer par terre cette ville, inattaquable du côté de la mer depuis la construction des nouvelles fortifications ; que l'expédition accomplie dans la saison favorable, avec les forces nécessaires, réussirait; qu'elle ne serait pas moins utile à cause de l'influence qu'elle exercerait sur l'opinion à l'intérieur, qu'à cause de ses avantages intrinsèques, et que le roi, après le succès, aurait à considérer s'il devait conserver sa conquête dans l'intérêt de la France, ce qu'il pouvait faire sans qu'aucun gouvernement européen eût une objection légitime à
1 Nous donnons aux jiièces juslificatiYes, sous le n* 4, le Mémoire de M. Dupetit-Thouaiy, à l'obligeance duquel nous devons ces renseignements.