‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 48 sur 183 · MISSION DU CAPITAINE DE LA BRETONNIÈRE · texte numérisé non relu

MISSION DU CAPITAINE DE LA BRETONNIÈRE

marchaient devant de lui , n'eussent ouvert un passage en distribuant à droite et à gauche des coups de bâton. Ce jour-là, le commandant ne fut reçu que par le ministre de la marine, que l'on savait être contraire aux intérêts de la France, mais qui n'en fit rien paraître. 11 fut convenu que, le lendemain 31 juillet 4829, à une heure, le dey admettrait le commandant dans son palais de la Casaubah, pour entendre les propositions qu'il était chargé de lui communiquer. Après celte visile préalable, M. de la Bretonnière retourna à son bord.

Le lendemain, 31 juillet, il était arrivé avec les mômes personnes sur le quai d'Alger. Dans le trajet du littoral à la demeure du ministre de la marine, où le consul général de Sardaigne devait venir le prendre, un spectacle affligeant pour des regards français avait été ménagé à l'envoyé de France et à sa suite. « Les trois chaloupes des frégates françaises Vlphigénie et la Duchessede-Berri, dit un témoin occulairc, triste débris de la malheureuse entreprise du 18 juin 1829, avaient été rangés sur notre passage, de manière à ne pas échapper à nos regards. De jeunes Algériens frappaient dessus et s' efforçaient par leurs gestes d'attirer notre attention sur ces objets, qu'ils considéraient, ainsi que toute la population d'Alger, comme les trophées d'une victoire signalée1.

M. de la Bretonnière et sa suite mirent à peu près trois quarts d'heure à faire le trajet du port à la Casaubah. On les fit attendre quelques instants, dans ia première cour du palais, le retour d'un ofiieier qui était allé avertir le dey de leur arrivée. Au fond de cette cour, destinée aux audiences publiques, on apercevait, sous une galerie, le trône sur lequel s'asseyait le dey : c'était un sofa dressé sur une petite estrade en bois et couvert de drap rouge. Derrière le sofa paraissait un grand miroir de Venise, encadré dans une large bordure qui conservait à peine quelques traces de son ancienne dorure. Averti que le dey l'attendait, le com-

1 Udation de ï arrivée dans la rade d'Alger du vaisseau la Provence; par M. Bianchi, page 18.

mandant la Bretonnière et sa suite montèrent un escalier assez large et parvinrent à une galerie longue et étroite, à l'extrémité de laquelle ils trouvèrent le dey assis sur un fauteuil, entouré de ses grands officiers et des principaux chefs de sa milice.

Le drogman du dey, ayant fait observer au commandant la Bretonnière que, d'après l'usage établi, les consuls ne doivent pas se présenter devant le dey avec leur épée, M. de la Bretonnière repoussa vivement cette insinuation et garda son épée. ainsi que toutes les personnes de sa suite. Le visage du dey, empreint d'une vive agitation, était sévère et sombre. Cette première conférence, qui dura deux heures, fut employée aux compliments d'usage, à des explications préalables, à la vérification des pleins pouvoirs, et à l'exposition des conditions proposées par la France, conditions modérées, on l'a vu, présentées avec une grande modération de langage. Après une discussion animée, le dey ajourna au surlendemain 2 août 1829 sa réponse à l'ultimatum. Il s'exprimait en turc, et ses paroles, ainsi que celles du commandant la Bretonnière, étaient interprétées par M.Bianchi, contrôlées par le drogman du dey; mais, intimidé par la nature même des discussions, ce drogman prit rarement la parole.

En sortant de l'audience du dey, M. de la Bretonnière alla visiter les membres les plus influents du divan qui lui furent indiqués par le consul de Sardaigne. C'étaient le khaznadji ou premier ministre; le mufti, chef de la religion; lebeïtulmali ou intendant général du fisc; le vckililhardj ou ministre de la marine et des affaires étrangères, et enfin l'agha ou commandant de la milice. Sauf l'agha, gendre du dey, qui témoigna des dispositions favorables à la France, tous ces personnages parurent contraires au succès de la mission dont M. de la Bretonnière était chargé.

Le dey avait autorisé M. de la Bretonnière et les personnes de sa suite à visiter Alger et les environs, en attendant l'audience décisive qu'il lui avait promise pour le surlendemain. La journée du 1er août fut employée par M. de la Bretonnière à visiter la maison de campagne du consul général de Sardaigne, qui avait

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