‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 47 sur 183 · MISSION DU CAPITAINE DE LA BRETONNIÈRE · texte numérisé non relu

MISSION DU CAPITAINE DE LA BRETONNIÈRE

amené a en parler ici, parce qu elle fat l'occasion d'un incident grave qui prend place parmi les faits militaires les plus importants du blocus.

Au mois de juin 1829, M. de la Bretonnière reçut de M. Hyde de Neuville, ministre de la marine, des instructions qui le chargeaient de faire de nouvelles tentatives pour amener le dey à demander la paix l. 11 devait donner à M. le capitaine de vaisseau Andréa de Nerciat, commandant le brick Y Alerte, la mission de se rendre en parlementaire à Alger, afin de se concerter avec M. d'Attili, consul sarde, sur les moyens d'obtenir du dey la remise des prisonniers français qui étaient encore en sa puissance. Le but réel, mais secret, de la mission de M. de Nerciat à Alger devait être d'amener les choses au point que la présence de M. de la Bretonnière parût indispensable pour le succès de la mission apparente qu'il y aurait commencée.

« Arrivé près du dey, M. de la Bretonnière lui ferait entendre qu'indépendamment du sort de nos prisonniers, un intérêt non moins puissant le portait à répondre à son désir d'avoir une entrevue avec lui; que le roi était disposé à croire qu'il avait pu s'élever quelque méprise sur le fait grave qui avait occasionné la guerre entre la France et la Régence. Dès lors la conférence devait rouler sur les trois points suivants : 1° la mise en liberté des prisonniers français, si elle n'avait déjà été accordée; 2* l'envoi à Paris d'un officier de marque, chargé d'exprimer au roi que, dans ce qui s'était passé, le 30 avril 1827, entre lui et le consul général de France, le dey n'avait eu aucunement l'intention de l'insulter, encore moins de manquer de respect à Sa Majesté; 3° la conclusion d'un armistice*. »

Dans ces propositions, qui allaient jusqu'à l'extrême limite de la modération, le gouvernement royal, accusé par l'opposition des chambres et celle de la presse d'élever des prétentions inadmissibles, diminuait beaucoup ses premières exigences. Il ne de-

1 Renseignements et documents communiqués par M. le baron Hyde de NeuTille.

s Documents communiqués par M. le baron Hyde de NeuTÎUe.

mandait plus ni le salul pour son pavillon arboré sur les forts d'Alger, ni la réparation personnelle envers le consul français, mort déjà depuis quelque temps, ni l'envoi de tous les grands personnages de la Régence sur un vaisseau en vue d'Alger, mais l'envoi d'un simple ambassadeur, chargé de porter au roi plutôt des explications que des excuses. Ce n'était plus une réparation faite sur les lieux et de nature à frapper l'esprit des populations, c'était une réparation faite à distance.

Parti, le 3i» juillet 1829 au malin, de sa ligne de croisière, et précédé du brick l'Alerte, portant pavillon parlementaire, le vaisseau français la Provence arriva vers les deux heures du même jour dans la rade d'Alger1. A trois heures, les deux bâtiments jetèrent l'ancre et mouillèrent par vingt-deux brasses, à environ un quart de lieue de la ville. M. de la Bretonnière avait à son bord M. Signoret, capitaine d'artillerie de marine, officier distingué, qui écrivit au retour un mémoire intitulé: Coup d'œil sur les moyens de défense de la ville d'Alger par mer. Le môme jour, M. de la Rrctonnière s'embarqua dans son canot, accompagné de MM. Bianchi, secrétaire-interprète du roi; de Nerciat, capitaine de frégate, et Gabrié, secrétaire du commandant. Quand le canot, couvert de ses voiles et poussé par une légère brise d'est, eut atteint la première ligne des batteries de la marine, on put apercevoir ces batteries, ainsi que les rochers qui les bordent, couverts d'une populace immense dont on entendit bientôt les cris tumultueux. Parvenu à l'entrée delà darse, le commandant la Bretonnière trouva une embarcation algérienne, dans laquelle étaient leliman-reisou capitaine du port, et M. Benjamon, premier droginan de la Régence. Le comte d'Attili, consul général de Sardaigne, et chargé des affaires de France depuis la rupture, attendait le canot au lieu de débarquement. Si grande était la foule sur les quais et les avenues du port, que jamais M. de la Bretonnière et sa suite n'auraient pu avancer, si les janissaires, qui

4 Relation de V arrivée dans la rade d'Alger du vaisseau de Sa Majesté, Ui Provence, sous les ordres du comte de la Bretonnière, commandant les forces navales du roi dans ces parages; par M. Bianchi, secrétaire.

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