DANS LA PRESSE
La dernière tentative faite par le gouvernement français pour sortir pacifiquement d'une situation difficile, l'avait aggravée. Il fallait évidemment prendre un parti. Le blocus, qui coûtait sept millions par an, n'avait pas amené la solution, et l'on pouvait calculer qu'à la fin de la troisième année on allait avoir dépensé vingt et un millions sans résultats décisifs. L'insulte faite, contre toutes les lois du droit des gens, au pavillon parlementaire, avait envenimé la querelle ouverte entre la France et la Régence d'Alger. Ou le gouvernement français devait se résigner à une situation que ni les États-Unis ni l'Angleterre n'avaient voulu tolérer, il devait renoncer à des droits commerciaux fondés sur une possession si ancienne qu'elle se perdait dans la nuit des temps, et que de nombreux traités avaient confirmée *, accepter l'outrage que lui avait fait le dey dans la personne du consul représentant de la France, et l'insulte faite au pavillon parlementaire dans la personne d'un second ambassadeur de la France, le capitaine de la Bretonnière, et donner à ces barbares, qui n'estiment que la force, l'opinion que la France supportait tout : les coups
1 On lit dans le Moniteur du 13 mai 1830 : * Dans l'audience où le dey insulta notre consul, il lui déclara publiquement qu'il ne voulait plus permettre qu'il j eût un seul canon français sur le territoire d'Alger, et qu'il ne nous y reconnaissait plus que les droits généraux dont jouissaient les autres négociants % européens qui viennent y trafiquer. — Ce sont les propres expressions qu'il employa, et il fit aussitôt après raser les forts appartenant à la France, et détruire les établissements de commerce fondés sous leur protection. »
d'éventail sur la joue de ses consuls, les coups de canon dans les flancs de ses vaisseaux; ou bien le moment était venu d'aviser.
11 ne restait qu'un moyen de rétablir les intérêts commerciaux de la France et de sauvegarder son honneur, c'était de revenir à l'idée mise en avant, dès le mois d'octobre 1827, dans les conseils de la couronne, par M. de Clermont-Tonncrre, alors ministre de la guerre. Une expédition continentale dirigée contre Alger, invulnérable du côté de la mer, pouvait seule mettre tin à une situation intolérable, en mettant fin à l'existence de cel établissement de pirates, dont la durée était un outrage pour la civilisation, un fléau pour le commerce, et désormais une tache pour l'honneur français.
C'était là chose si évidente, qu'on s'étonnerait qu'il pût y avoir un doute sur une question aussi simple, si l'on ne connaissait, par expérience, le mirage que produisent les passions politiques et les préventions de l'esprit de parti. La question d'Alger était tombée de bonne heure dans le domaine de la publicité, et l'on s'en était naturellement occupé dans les conseils du roi, à la tribune et dans la presse. Le moment est venu d'expliquer les diverses phases qu'elle traversa.
On a vu, à l'origine de l'incident qui amena la rupture de nos rapports avec Alger, un seul membre du ministère présidé par M. de Villèle proposer une grande expédition, et le reste du cabinet préférer l'idée d'un blocus. Deux faits expliquent cette attitude du ministère de M. de Villèle : il tirait à sa lin, et il avait sur les bras, dans ce moment, la question helléno-lurquc, qui, s' aggravant de jour en jour, allait amener la bataille de Navarin. Les dates ici ont leurs enseignements. La rupture d'Alger avec la France est du 14 juin 1827 ; la bataille de Navarin, du 20 octobre de la même année. En outre, le ministère, résolu à tenter des élections générales à la fin de l'année, ne voulait point commencer les préparatifs d'une grande expédition avant de savoir s'il resterait aux affaires.
Le cabinet présidé par M. de Villèle eut donc peu de part dans