‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 56 sur 183 · M. DUPETIT-THOUARS DEVANT LE DAUPUIN · texte numérisé non relu

M. DUPETIT-THOUARS DEVANT LE DAUPUIN

plus longue que celle de Sidi-Ferruch ; qu'enfin cette route oblige à traverser un défilé dangereux qui a été une des causes de la perte du comte d'O'Reilly, lorsque avant de se rembarquer il voulut tenter un coup de main. On pourrait encore ajouter que. la plaine que Ton aurait à traverser étant coupée par différents ruisseaux qui se jettent dans la rivière de l'Aratch, les difficultés du transport du matériel en seraient de beaucoup augmentees • w

Ce mémoire lumineux, où l'intuition aidée par l'expérience du rivage et de la mer indique avec une si remarquable précision le plan à suivre pour l'expédition, le mode de transport, les précautions à prendre, les avantages du point choisi, le mode et le lieu de débarquement, le temps qu'il durera, les mesures à appliquer aussitôt qu'il sera opéré, fit une impression profonde sur la commission. Une seule objection fut présentée : « Est-il possible, demanda un des membres, de débarquer 12,000 hommes en un seul jour? » Le capitaine Dupetit-Thouars répondit : « J'ai vu lord Cochrarte, qui n'avait pas l'honneur de commander à la marine française, faire, avec la marine brésilienne, un débarquement de 18,0(10 hommes en cinq heures, n L'objection tomba devant cette réponse, et personne ne dit plus mol.

M. le baron d'Haussez dont l'esprit vif et décidé courait aux solutions, appela M. l'amiral Jacob dans l'embrasure d'une croisée. « Que pensez vous du plan de N. Dupetit-Thouars? demanda le ministre de la marine à l'amiral. — Qu'il est bon. » La même question renouvelée par le ministre à chaque membre de la commission amena la même réponse. Alors M. d'Haussez dit en levant la séance : « Messieurs, à l'unanimité le plan de M. Dupetit-Thouars est adopté. »

A quelques jours de là, M. Dupetit-Thouars eut l'honneur d'être reçu par M. le Dauphin en audience particulière. « Le roi, lui dit le prince, a été fort content des vues que vous avez

1 Nous transcrivons ces deux passages d'après une copie du rapport de M. Dupetit-Thouars, certifiée conforme a l'original, et qui nous a été communiquée par M. l'amiral Dupetit-Thouars.

présentées, et il m'a chargé de vous exprimer sa satisfaction. — Si le roi est content, je suis content aussi, répondit M. Dupelit- Thouars en s'inclinant. — Ce n'est pas tout, reprit le prince en le regardant fixement; si vous étiez ministre de la marine, à qui donneriez- vous le commandement de l'expédition? »

A cette brusque question, le capitaine de frégate Dupetil- Thouars demeura un moment interdit. « Monseigneur, répondit-il enfin, je suis bien jeune d'années et de grade pour décider une pareille question. Je prie Votre Altesse Royale de permettre que je me borne à lui répondre ce qui est ma conviction profonde : c'est que tous les officiers généraux sont trèscapables de mener à bonne fin cette entreprise, qui n'a rien de bien difficile.

« — Ce n'est pas ce que je vous demande, reprit M. le Dauphin avec cette espèce de trépignement nerveux qui lui était ordinaire. Je vous ai fait une question précise, je veux une réponse précise. Si vous étiez ministre de la marine, qui nommeriezvous commandant en chef de la flotte? Je vous ordonne de répondre. »

Le capitaine Dupetit-Thouars se recueillit un instant, puis il répondit d'une voix assurée : « Je nommerais l'amiral Duperré. »

Une ombre de contrariété passa sur le front du prince. M. Duperré était regardé comme hostile au gouvernement; toutes ses liaisons étaient avec des hommes appartenant à l'opposition. Cependant M. le Dauphin se remit bientôt. « Quelles seraient vos raisons pour le nommer? demanda-t-il.

« — La première, répondit M. Dupetit-Thouars, c'est qu'il a en les plus beaux combats de mer dans les dernières grandes guerres; la seconde, c'est que, parmi tous les amiraux, c'est lui qui inspirera le plus de confiance à la marine. »

L'audience se termina sur ces paroles. C'est certainement dans cette conversation que germa l'idée de la nomination de l'amiral Duperré. Sans doute le Dauphin le croyait peu favorable au gouvernement royal ; mais, lorsque ce prince put penser qu'il était l'homme de l'entreprise, l'intérêt du service et celui du pays

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