‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 7 sur 183 · DOMINATION ARABE · texte numérisé non relu

DOMINATION ARABE

ce temps-là les émirs arabes de l'Espagne, fatigués du joug des Africains et oubliant les maux déjà anciens de l'anarchie, en présence des maux plus récents de ce despotisme d outre-mer qui pesait lourdement sur eux, se soulevaient contre les farouches musulmans d'Afrique, en prêtant ainsi le flanc aux chrétiens, qui, souvent divisés, il est vrai, avaient cependant, avec une religion qui contenait les germes d'une civilisation supérieure, un principe de cohésion qui devait finir par leur donner la victoire.

Ces diverses causes agissant, non pas continuellement, non pas toujours avec la même intensité, mais agissant incessamment, devaient finir un jour ou l'autre par renverser l'empire des Àlmohades en Afrique et en Espagne. Leur domination fut détruite définitivement, dans ce dernier pays, par la bataille de las Navas de Tolosa, livrée en 1212 au pied des montagnes de la Sierra Morena, par les chrétiens d'Espagne, auxquels la croisade prêchée par le pape Innocent III avait donné pour auxiliaires des Français, des Allemands, des Italiens, accourus pour soutenir la cause de la croix contre celle du croissant. Elle se prolongea encore pendant un certain nombre d'années en Afrique, au milieu de luttes continuelles, de désordres sans fin, et d'alternatives de succès et de revers, pour être définitivement renversée en 1270, après avoir duré cent quarante-huit ans.

L'époque des gouvernements puissants et forts est alors passée pour le Mograb. Il y a des avènements de tribus suivis de promptes chutes, des fortunes élevées et détruites par des coups de main, et toujours une action et une réaction de l'Afrique sur l'Espagne et de l'Espagne sur l'Afrique, mais dans des proportions réduites. C'est au début de cette période que la seconde croisade de saiut Louis prend place dans l'histoire, et que le saint roi vient mourir malheureusement de la peste sur la côte de Tunis.

On arrive ainsi au dénoûment de la lutte de huit siècles, pendant lesquels les chrétiens espagnols avaient été aux prises avec les Maures. Quarante ans avant l'époque où Grenade tombait (1492) et où la domination musulmane expirait en Espa-

gne, un fait grave s'était produit sur la côte d'Afrique. C'est alors qu'une course de guerre et de piraterie commença à y être organisée sur une grande échelle* On comprend tout ce que l'humiliation et la colère qu'éprouvèrent les musulmans à la nouvelle des défaites de leurs coreligionnaires, et de la disparition prévue ou réalisée du mahométisme, proscrit par les rois espagnols, put ajouter d'ardeur et de violence au fanatisme musulman et à l'attrait de la cupidité. La nouvelle destinée de cette côte d'Afrique commençait à se dessiner, et la piraterie, qui devait y établir pour plusieurs siècles le centre de ses entreprises, s'y essayait.

Bientôt les côtes de l'Espagne et de l'Italie fiirent désolées par des incursions subites, inattendues, qui, menaçant une vaste étendue de littoral, ne pouvaient être prévenues nulle part. Des expéditions, parties de Velez-de-Gomera, de Djigelly, de Cherchel, d'Oran, de Bougie, de Tunis, sur la Méditerranée; de Salé, Rabat, Azamor, Saffi, Mahmore sur l'Océan, allaient porter partout le ravage.

Les Portugais essayèrent les premiers de mettre un terme à ces entreprises. Don Manuel de Portugal échoua, en 1501, dans ses efforts. Les Espagnols, qui avaient vaincu les Maures en Espagne, et qui en avaient repoussé les Berbères, ne pouvaient souffrir patiemment cette nouvelle forme de guerre.

Pleins de confiance dans leur supériorité, il était indiqué qu'ils viendraient chercher en Afrique ces adversaires qu'ils avaient domptés chez eux. Les rôles étaient intervertis : l'Espagne chrétienne, jadis conquise, entreprenait de faire des conquêtes sur le sol de l'Afrique, d'où étaient partis ses anciens conquérants.

Don Diego de Cordoue ouvrit la voie par un succès suivi d'un grand revers provoqué par l'imprudence des Espagnols. Ce qu'il avait commencé fut achevé par un homme plus fort que lui; le cardinal Ximenès, qui joua un si grand rôle en Espagne, entreprit de mettre un terme aux déprédations des Maures et des Berbères, en faisant assiéger l'une après l'autre les villes du littoral africain d'où partaient les expéditions des pirates, ou en bâtissant

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