DOMINATION ARABE
Puis il donne à son peuple, éleclrisé par le double enthousiasme de la foi et de la victoire, le nom d'hommes de Dieu, Al-Morabeth1 , dont nous avons fait, par corruption, Àlmoravides, et leur promet la domination du Mograb, occupé par des musulmans dégénérés. Ce fanatisme récent devait, en effet, triompher d'un fanatisme vieilli, et Abd-Allah les aidait à accomplir sa prophétie par la confiance même qu'elle leur donnait. Deux Berbères, qui héritèrent de son génie comme de son rôle, Abou-Beker et Ioussef, mais le dernier surtout, la réalisèrent complètement. Les Arabes, vaincus, furent obligés, dans tout le pays du Mograb, de se soumettre à sa domination, qui s'étendit depuis l'Atlas et le désert jusqu'à la Méditerranée et l'Océan. Le puissant Berbère reçut alors une ambassade des émirs de l'Espagne, morcelée en un grand nombre de petits États indépendants qui, par leurs discordes incessantes, offraient une proie facile aux chrétiens, surtout dans un temps où la Castillc. lafialice et le Léon obéissaient au même roi, Alphonse VI, dit le Brave.
Entré comme auxiliaire en Espagne, Ioussef s'y conduisit bientôt en maître; il vainquit les chrétiens et déposséda ses alliés. L'Espagne et l'Afrique musulmane le reconnurent également pour dominateur.
La domination des Almoravides dura peu. Ce que le fanatisme avait élevé, le fanatisme le renversa. Un nouveau prophète, un nouvel ambitieux s'éleva parmi les tribus berbères, et, les hérésies du mahométisme venant en aide à ses prédications, il parvint à soulever un grand nombre des tribus, au nom de la doctrine des Schiytes, contre les Almoravides, qui professaient celle des Sunnites. La victoire lui resta en Afrique, après une longue lutte pendant laquelle les Arabes d'Espagne, coalisés contre le gouvernement des Berbères, réussirent à le renverser. La domination des Almoravides avait duré un peu plus d'un demi-siècle, depuis l'an 1086, époque du passage d'Ioussef en Espagne, jusqu'à l'an 4147. époque du triomphe définitif de leurs adversaires. Elle
1 A Worabeth «ijrnific \o fort , 1c ron<» anl , le confirmé (en Dieu) .
U ALGÉBIE : ORIGINES HISTORIQUES,
fut remplacée d'abord ea Afrique, bientôt en Espagne, par celle des Almohades, qui tiraient leur dénomination de leur devise : « Allah est notre Dieu, Mohamed est notre prophète, El-Modhi est notre iman; » c'était le nom de celui qui les avait soulevés contre la domination des Almoravides.Les Arabes d'Espagne, qui s'étaient unis pour renverser leurs maîtres africains, étaient revenus à leurs anciennes discordes aussitôt après le succès de leur entreprise. L'esprit de localité combattait chez eux l'esprit de nationalité, et leurs divisions irrémédiables les contraignaient d'appeler du dehors une force qui leur donnât l'unité, ne pouvant la faire eux-mêmes au dedans.
On aperçoit ici à découvert la loi qui domine, à cette époque, l'histoire du Mograb et celle de l'Espagne, si étroitement liées. 11 y a, dans les tribus sauvages des Berbères, un fonds de fanatisme et d'ardeur belliqueuse aiguisée par la soif du pillage, qui permet aux ambitieux et aux sectaires capables de manier à la fois la parole et l'opée de fonder en Afrique, à l'aide du concours de ces populations, de puissantes dominations sur les ruines de celles qui, antérieurement fondées, ont vu peu à peu s'alanguir l'esprit d'enthousiasme et l'ardeur guerrière, mobiles de leur domination. Quand l'unité est fondée en Afrique, l'Espagne mahométanc vient la lui demander comme un remède contre l'anarchie qui la dévore; et les Almohades prévalent ainsi, en Espagne, précisément par la même raison qui avait fait prévaloir les Almoravides. Mais, dans cette situation d'un empire à cheval sur les deux rives de la Méditerranée et mal affermi sur l'un et l'autre littoral, il y avait d'incessantes causes de ruine qui devaient produire leur effet. A chaque changement de règne, il éclatait des soulèvements en Afrique et en Espagne, surtout dans celui des deux pays où ne se trouvait point le chef des Almohades. Les petites principautés tributaires du Mograb aspiraient à ressaisir leur indépendance; les Arabes, anciens conquérants du pays, essayaient de rétablir leur domination; les tribus berbères, avec leur mobilité et leur ardeur habituelles, se ralliaient derrière quelque chef fanatique: pendant