‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 74 sur 183 · PERSISTANCE DE CHARLES X · texte numérisé non relu

PERSISTANCE DE CHARLES X

en Afrique presque autant que celui des Barbaresques ; elle ne peut cependant nous refuser l'abri de ses ports dans une entreprise aussi éminemment utile à toute la chrétienté; elle serait aussi fort tentée d'y prendre part d'une manière active, mais la dépense serait au-dessus de ses moyens, et force lui sera de se borner à nous fournir un lieu de dépôt pour nos malades et un port de ralliement au besoin.

« Sur le reste, elle fera ce que nous voudrons.

« Quanta l'Angleterre, sa jalousie naturelle ne lui permet pas de voir sans inquiétude notre marine s'engager dans une entreprise dont le succès sera si glorieux, si profitable; clic nous suscite des obstacles, elle prétend avoir le droit d'exiger des explications sur le but de l'entreprise et les résultats que nous espérons en obtenir.

« A toutes ces demandes les réponses de notre président ont été nobles et fermes, le roi les a complètement approuvées. Sa Majesté a trouvé les prétentions de la Sardaigne et de l'Espagne inadmissibles et a terminé par ces paroles : « La France insul- « tée n'a besoin de l'aide de personne pour se venger... Quant « aux Anglais, nous ne nous melons pas de leurs affaires; qu'ils « ne se mêlent pas des nôtres. »

Ces renseignements intimes, corroborant les dépêches, achèvent d'établir que l'Angleterre ne s'était point trompée sur le sens de la circulaire diplomatique envoyée par le cabinet des Tuileries, et que le cabinet des Tuileries, à son tour, avait habilement manœuvré, en répondant à la chrétienté tout entière toutes les fois que l'Angleterre lui adressait une interpellation, puisque, dans les conseils de la chrétienté,. l'Angleterre se trouvait en minorité sur cette question d'Alger, la France en majorité.

A la date du 14 avril 4830, le gouvernement, fidèle au plan de conduite qu'il avait adopté, adressait aux cours d'Europe une nouvelle note pour les avertir que, bien que Méhemet-Ali eût renoncé à conquérir Tunis et Tripoli, le gouvernement du roi ne changeait rien à ses projets relativement aux régences orientales, et que la promesse qu'il avait faite de détruire la pira-

m HISTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER.

teric sur toute la côte d'Afrique n'en serait pas moins remplie.

La mauvaise humeur de l'Angleterre augmentait de jour en jour. Son ambassadeur à Paris, lord Stuart, ne se contentait plus de remettre notes sur notes au ministre des affaires étrangères; il poursuivait tous les membres du cabinet, dans ses conversations particulières, d'observations auxquelles son caractère violent et allier donnait quelquefois le ton de la menace. Le baron d' Haussez, qui, en sa qualité de ministre de la marine, était plus exposé qu'aucun autre de ses collègues à ces obsessions, raconte ainsi Une conversation qu'il eut avec lord Stuart : «Plusieurs fois, dit-il, l'ambassadeur d'Angleterre chercha à entamer la question avec moi, quoique je lui disse que, le côté diplomatique de cette affaire n'étant pas dans mes attributions, je ne pouvais ni ne voulais m'en occuper. Un jour qu'il m'avait pressé fortement, et sans plus de succès que de coutume, il ajouta que ses questions n'avaient pour objet que la confirmation de ce qu'il savait; qu'il avait découvert que nous ne sonx gions pas sérieusement à l'expédition, et que nos préparatifs ne tendaient qu'à faire peur au dey et à l'amener à composition. — Ce serait peine perdue, lui répond is-je; dans son insouciance turque, le dey ignore peut-être que nous nous proposons de l'attaquer, et, s'il le sait, il s'en remet à Dieu du soin de le défendre. Au reste, je puis vous déclarer, parce que nous n'en faisons pas mystère, que c'est très-sérieusement que nous faisons des préparatifs. Le roi veut que l'expédition se fasse, et elle se fera. — Vous croyez donc que l'on ne s'y opposera pas? — Sans doute. Qui l'oserait? — Qui? nous les premiers! — Milord, lui disje avec une émotion qui approchait fort de la colère, je n'ai jamais souffert que, même vis-à-vis de moi, simple individu, on prît un ton de menace; je ne souffrirai pas davantage qu'on se le permette à l'égard du gouvernement dont je suis membre. Je vous ai déjà dit que je ne voulais pas traiter celte question diplomatiquement; vous en trouverez la preuve dans les termes que je vais employer.... La France se moque de l'Angleterre... La France fera, dans cette circonstance, ce qu'elle voudra, sans souffrir de

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