‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 75 sur 183 · LE BARON CHAUSSEZ ET LORD STUART · texte numérisé non relu

LE BARON CHAUSSEZ ET LORD STUART

contrôle ni d'opposition. Nous ne sommes plus au temps où vous dictiez des lois à l'Europe. Votre influence était appuyée sur vos trésors, vos vaisseaux et une habitude de domination. Tout cela est usé. Vous ne compromettrez pas ce qui vous reste de cette influence en allant au delà de la menace. Si vous voulez le faire, je vais vous en donner les moyens. Noire flotte, déjà réunie à Toulon, sera prête à mettre à la voile dans les derniers jours de mai. Elle s'arrêtera pour se rallier aux îles Baléares; elle opérera son débarquement à l'ouest d'Alger. Vous voilà informé de sa marche : vous pourrez la rencontrer si la fantaisie vous en prend; mais vous ne le ferez pas; vous n'accepterez pas le défi que je vous porte, parce que vous n'êtes pas en état de le faire. Ce langage, je n'ai pas besoin de vous le répéter, n'a rien de diplomatique. C'est une conversation entre lord Stuart et le baron d'Haussez, et non une conférence entre l'ambassadeur d'Angleterre et le ministre de la marine de France. Je vous prie cependant de réfléchir sur le fond que le ministre dés affaires étrangères pourrait vous traduire en d'autres termes, mais sans rien changer au fond1. »

Le baron d'Haussez ajoute, en terminant le récit de cette conversation, dont il fixe la date à la fin d'avril 1830 : « Lord Stuart ne me parla plus de cette affaire. »

Les réponses officielles du ministre des affaires étrangères furent, comme M. le baron d'Haussez l'avait annoncé, conformes, sinon pour les termes, au moins pour la substance, aux réponses officieuses du ministre de la marine. Plus on avançait, plus l'irritation du cabinet de Saint-James grandissait. Au commencement du mois de mai 1850, le cabinet des Tuileries eut à répondre à la menace que fit le duc de Wellington de porter la question d'Alger devant le parlement, et de jeter l'alarme dans toute l'Europe sur les vues de la France. Voici la réponse du prince dePolignac, empruntée textuellement à la dépêche ministérielle, datée du 5 mai 1830 : o II est évident qu'après la publicité et

1 Papiers politiques du baron dllaussex.

l'effet qu'aurait une manifestation de cette nature, la France, loin de céder à ces exigences qu'elle n'aurait pas cru fondées dès le principe, serait forcée au contraire de revendiquer le libre exercice de tous les droits qui découlent de l'état de guerre, el de se renfermer, quant aux chances de l'avenir, dans une réserve qu'elle n'a quittée que par un sentiment de bienveillance pour ses alliés'. »

A quelques jours delà, lord Aberdeen ordonnait à lord Stuarl de lire au prince de Polignac une dépêche dans laquelle se trouvait la phrase suivante : « La persistance de la France à refuser les explications qu'on lui demandait fera retomber sur elle toutes les conséquences de son refus. » Le ministre français, en entendant lire cette dépêche, dit froidement à l'ambassadeur d'Angleterre : « Toutes les cours de l'Europe ont été satisfaites de nos communications; si notre refus d'en donner d'autres devait entraîner des conséquences, la responsabilité appartiendrait tout entière à ceux qui les auraient provoquées par leurs exigences1.»

Quand la flotte française fut au moment de son départ , le gouvernement du roi Charles X crut devoir renouveler ses communications aux puissances chrétiennes. La note suivante fut envoyée à tous les ambassadeurs français, pour être communiquée aux cabinets. Nous la transcrivons d'après le Recueil des traités deMartens, telle qu'elle fut expédiée à M. le duc de Laval, anibassadeur.de France en Angleterre :

Paris, le 12 mai 1830.

« Monsieur le duc,

« Au moment où la flotte qui porte en Afrique notre année s'éloigne de France, le roi éprouve le besoin de faire savoir à ses alliés combien il a été sensible aux témoignages d'intérêt et d'amitié qu'il en a reçus, dans les graves circonstances qui ont pré-

1 Dépêche ministérielle du 5 mai.

* Dépêche minUtcriclle du 8 mai 1850.

Page 1