CHAPITRE
Première phase : lutte contre les débris de la domination turque.
I^'CERT^TUDES. —RAPIDE SUCCESSION DES GOUVER- NEURS.— IGNORÂNGB DES CHOSES ET DES HOMMES.
— ORAN ET TiïERY.
Sans entrer dans le récit circonstancié des événements qui remplirent ces quatre périodes, il importe d'en indiquer du moins la portée et la direction, et de mettre eu relief les faits principaux*
En dirigeant contre les débris du gouvernement turc le plus grand effort des armes françaises, le maréchal Clausel et ses successeurs suivirent l'impulsion qui nous avait amenés sur le littoral de l'Algérie et, pour être instinctive, cette conduite n'aurait rien eu d'impolitique , si Ton avait su remplacer après avoir détruit. Quand le terrain sur lequel on veut construire est occupé, il faut préalablement démolir les anciennes constructions; la démolition de la domination turque à Constantine, à Titery,
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94 LUTTB COIfTBË LËS D^BBIS BB LA DOVtNAtlON tCBOUfi;
comme à Oran, devait donc précéder rétablissement de la puissance française dans rancienne
Régence.
Par malheur dans ces premiers temps, Tincer-
titude des volontés est extrême; le gouvernement, en proie aux embarras d'un établissement nouveau, n'abdique pas le glorieux legs de la Restauration, mais, comme on Ta dit, il en est embarrassé. On ne sait ni ce que Ton peut, ni ce que Ton doit, ni ce que Ton veut faire. Ce vague des idées, ce tiraillement des volontés, se re^ flètent dnns Textrême et rapide mobilité dont est marqué le choix des hommes qu'on envoie gou^ veruer l'Algérie. Naturellement chacun de ces acteurs nouveaux arrive sur cette scène, nouvelle pour lui, avec des idées particulières qu'il veut faire prévaloin Le âl de la tradition est sans cesse rompu par ces nouveaux arrivants; au lieu de continuer, on recommence, et Ton piétine au Heu de marchen
Quelques dates et quelques noms suffiront pour donner une idée de ces changements;
Le 2 septembre 1830^ le général Clausel vint prendre le commandemènt de Tarmée à la place d u niaréchal de Bourmont. U n'y demeura, cette foiSj que quatre mois, jusqu'au mois de janvier 18^1^ époque où il fut remplacé par le général Berthezène , qui conduisit les affaires de l'Algérie pen-
ORAN £T TIT£RV. 9$
(laiit un au, jusqu'au mois de janvier 18^i. Le général duc de Rovigo lui succéda à cette époque, et quitta l'Algérie au mois de mars 1838, pour cause de santé, après un peu plus d'un an de résidence. Il y eut , pendant la fin de mars et le mois d'avril, un intérim rempli par le général d'Avîzard. Le général Voirol arriva au mois d'avril 1838, et quitta Alger le "li^ septembre 18â4, en laissant au bout de quinze mois le gou* vernement au général comte d'Erlon, qui le conserva jusqu'au 8 août 18â5. Le 10 août de la môme année, le maréchal Clausel reparut pour la seconde fois en Afrique, en qualité de gou* verueur général, revint en France en avril 1886 pour défendre ses idées , y demeura quatre mois, retuiu ua en Afrique le ^28 août 183(5 , et conserva ses fonctions jusqu'après le premier siège de Constantine , dont la mauvaise issue motiva son rappel à la fin de la même année. A l'époque de son retour en France, en janvier 1887, le générai Rapatel exerça par intérim les fonctions de gouverneur. Le 3 avril de la même année, le gé« uéral Damrémont débarqua en Algérie comme successeur du maréchal Clausel. Tué au second siège de Constantine, le 13 octobre 1837, il fut remplacé par le général Valée.
Ainsi, pendant la première phase de notre domination en Afrique, le gouvernement de
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9G LUTTE COMHE LES DfclUUS DE LA DOMINATION TURQUE.
rÂlgérie changea dix fois de mains en sept ans. Le maréchal deBourmont, le général Clausel, le général Berthezène, le duc de Rovigo, le général d'Avizard, le général Voirol, le général d'Ërlon, le maréchal Clausel pour la seconde lois, le général Uapatel, le général Damrémont, le général Valée, se succédèrent avec des idées presque toujours différentes, souvent contraires, dans ce court espace de temps.
Il faut ajouter à cette cause d'incertitude, de mobilité et de tâtonnements continuels, la rivalité des intendants civils et des gouverneurs militaires, comme celle de M. Genty de Bussy et du général Voirol, et celle de M. Lepasquier et du m^arécluil Clausel, les allures indépendantes des généraux détachés au gouvernement d'Oran, le général Munck*d'Uzer, qui y laissa de bons souvenirs, le général Boyer, le général Desmichels, le général Trézel, qui s'opposa avec une intelligente fermeté aux conces:sions imprudentes qui créaient la puissance d*Abd-el-Kader; le général Brossard, et enfin le général Bugeaud.
Le maréchal Clausel avait de grandes idées sur rÂlgérie; mais des idées hors de proportion avec les moyens réduits qu'on pouvait mettre à sa disposition, et ce fut principalement par là qu'il échoua* Âu début, après quelques expédU
lions heureuses et brillantes, qui montrèrezit au loin le drapeau de la France, il avait voulu établir notre suzeraineté sur Oran et Constantine » qui auraient été gouvernés par des princes de la famille du bey de Tunis, disposés à devenir nos tributaires. Il espérait ainsi avoir la dispo* nibilité de toutes ses forces et de toutes ses ressources pour organi^ser notre gouvernement central dans la province d'Alger et dans celle de Titery* Cette combinaison et le traité qui la consacrait ayant été désapprouvés par le ministère des affaires étrangères, dirigé alors par M* de Sébastian!, sa première retraite s'ensuivit A son retour, il adopta Tidée de réduire par la forcô les résistances qu'il avait voulu d'abord conjurer en s'associant de grands feudataires indigènes et musulsans. Puis, après Tinsuccès de la première expédition de Constantine , il revint à ridée de contracter une alliance indigène et mu<^ suliuane, et songea à traiter avec Abd-cl-Kader;
Le général Berthezène në soutint pas, pendant la courte durée de son administration, toute la réputation que lui avait acquise la manière dont il avait conduit sa division jienclant la campagne de 18^0; C'était Un esprit honnête, mais plein d^une circonspection qui, lorsqu'on lui eut im* jiosé une tâche politique étrangère aux habî* tudes de sa vie, écoulée en grande partie sur les
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champs de bataille, dégénéra en incertitude, et ses actes administratifs comme ses actes militaires se ressentirent souvent de cette disposition d'esprit. Il opérait, d'ailleurs, dans un pays inconnu. Il eut la bonne intention de se concilier les sympathies des indigènes; mais Tignorance où l'on était sur Tétat des populations ne permit pas à cette bonne intention de s'exercer d'une » manière toujours judicieuse. Enfin, il laissa nos armes sous le coup de la lâcheuse expédition du ravitaillement de Médéah qui, se terminant par un échec, ôta tout prestige à nos drapeaux.
Le général duc de Rovigo, venant après cette administration qui avait compromis nos affaires par l'incertitude et la mollesse, essaya de les relever par une fermeté qui dégénéra trop souvent en rigueur, et gâta la bonne pensée qu'il avait eue d'établir d*abord solidement notre puissance dans ia province d'Alger, et de la faire rayonner progressivement dans le reste du pays. On voulut gouverner d'après le système turc, en imprimant la terreur aux populations rebelles à^notre influence; mais les Turcs, qui connaissaient le pays où ils opéraient, savaient diriger et mesurer leurs coups. Cette mesure et cette expérience des hommes et des choses manquant à notre administration, îïous excitâmes plus de liaioe que de terreur. Le pays se souvint long-
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temps de rexécution des kaïds des Beni-Khalil et du Sebt
Pour apaiser ces haines, le général Yoirol essaya d'un système de conciliation et de douceur envers les indigènes. Ce système produisit quelques bons fruits. Hos rapports avec les indigènes devinrent plus fréquents, plus intimes; nous apprîmes à les mieux connaître. Mais la fermeté manqua à cette administration, la fer*
* meté, sans laquelle la bonté ressemble à la faiblesse et encourage les résistances. L'administration fiançaise, frappée d'impuissance et se résignant à laisser impunies toutes les offenses et toutes les agressions, cessa d'être crainte sans être respectée.
Le comte d'Erlon était un vieillard qui , après avoir montré en arrivant Tintention de corriger,
. par un mélange de fermeté intelligente, ce qu'il y avait de défectueux dans le système de son prédécesseur, se laissa bientôt aller à la dérive, au milieu des iiitrigues indigènes dont il ne put saisir les âls. Ù retomba dans le système des concessions. Le colonel Duvivier, commandant de Bougie, et homme de guerre remarquable, qui avait imposé aux Kabyles, par une marche à la fois habile et hardie dans la vallée de rOued-bou-Messaoud , fut sacrifié à l'espoir d'une paix chimérique. Le générai Trézel, après l'échec