LUTTE CONTRE LBS D^BEIS OK LA DOMINATION TURQUE
de ces esprits aventureux f un de ces caractères iiuMés d'adresse et d'audace, de rcspèce des mameluks, et qui sans savoir clairement d'où ils viennent, aspirent à tout. Yousouf s'était persuadé à lui-même et avait persuadé au maréchal Clausel quMl avait de nombreuses intelligences à Constantine, et qu'une démonjstratiua militaire suffirait pour déterminer un mouvement en sa faveur.
Pour ne rien cacher, il faut ajouter que le maréchal Clausel se trouvait dans une situation à avoir besoin de croire aux promesses de Yousouf. Il avait présenté en France, en 1886, un plan d'occupation générale de l'Algérie, il était parti avec Tespoir plutôt qu'avec la certitude de voir ce plan adopté* Peu de temps après son départ, le ministère de M. Thiers, avec lequel il s^était concerté, avait fait place à un ministère nouveau» Le maréchal Clausel atait espéré im*
poser ce plan à ce ministère , dont les opinions ][)olitiques s'éloignaient des siennes, et son aide de camp était parti pour Paris avec un ultimatum dans ce sens ; mais le plan avait été ret)oussé ët, dans la prévision d'une démission possible, probable môme du maréchal Clausel, le général Damrémont avait été désigné pour le remplacer. Le maréchal Clausel, qui voulait rester en Algérie, quoi qu'il arritât^ déclara
PBBMIÈBR EXP^DITIOR DH GONSTANTIHÎE.
qu'il se passerait des reoforts demandés, et
qu'il agirait avec ses propres forces. 11 est vraisemblable qu'il liàta les préparatifs de Texpédition de Constantîne pour eflfacer la mauvaise impression que devait produire en France, où ses amis avaient annoncé d*ane manière posi* tive sa retraite, la nouvelle de sa persistance à garder son commandement, malgré les refùs qu'il venait d'éprouver. Cet homme de guerre éminent se réfugiait sur le champ de bataille coinme sur son terrain naturel , espérant couvrir par des succès militaires les fautes commises sur le terrain de la politic^ue où il réussissait moins.
Par suite de ces circonstances, l'armée expéditionnaire de Constantine ne se composait que de 7,000 hommes, formant deux fortes brigades, commandées par les généraux de Rigny et Trézel, et subdivisées en petites brigades appuyées par une faible réserve. On emmenait peu d'artillerie, à cause des ditlScultés de la route; quatre obusiers de montagne, quatre pièces de campagne, six pièces de montagne, en tout quatorze pièces de canon. Cette artilierie avait en tout 1,400 coups à tirer. L'armée n'emportait que quinze jours de vivres, dont sept dans le sac des soldais. C'était assez pour une promenade mili* taire et un coup de main heureux , favorisé par
i 10 LUITE CONTRE LES DÉBRIS DB LA DOMINATION TURQUE.
des intelligences intérieures ; trop peu pour une expédition sérieuse contre un ennemi résolu à se défendre. M. le maréchal Clausel, comme tant d^autres hommes, prenait ses espérances pour des réalités, et croyait à tout ce qui autorisait une expédition nécessaire au raffermissement de sa position ébranlée.
Le 10 novembre 1836, on partit de Bône, où ron avait concentré les troupes. M. le duc de Nemours, MM. de Mortemart, Baude, faisaient partie de Texpédition comme volontaires. Dès les premiers rnonients, le temps devint affreux, et rendit plus pénible la marche des troupes, déjà contrariée par la difflculté naturelle des lieux* Dans cette mtarche de onze jours, Tarmée souffrit tout ce quMl est possible de souffrir de Tabsence des routes, de la pluie qui ne cessa de tomber, des torrents débordés, des cours d'eau qu'il fallut traverser à gué; puis, après avoir franchi la Seybouse et dépassé les ruines romaines d'Anouna, d'un froid glacial, qui augmenta à mesure qu'elle gravissait ces plateaux élevés où elle ne trouva aucun moyen de faire cuire ses aliments, à cause du manque absolu de bois. Les cadavres de nos soldats, morts de froid pendant la nuit, marquèrent la place de nos derniers bivouacs. Le âl novembre 1836, le maréchal Clausel, après avoir dépassé avec beau-
PRBMIÈRB EXPÉDmOK DE CONSTANTINE. 111
coup dç peine rOaed-el-Ackmimiii; à deux lieues
de Constantine, pressa son cheval et arriva, avec son état-msgor et une faible escorte, sur le plateau de Mansourah, séparé de la ville par rOued-Rummel, rivière torrentueuse, grossie par les pluies. Il croyait fermement, d'après les promesses de Yousouf, qu'on allait lui apporter les clefe de la ville et, par un ordre du jour, daté de la veille, il avait annoncé la prise de possession de Constantine. Il fut accueilli à coups de canon.
Alors rhomme de guerre reparut II voulut
essayer contre Gonstantine un coup de main hardi* Cette ville est assise sur un plateau entouré de trois côtés par im ravin profond, à berges escarpées, au fond duquel coule le Kummel. Ce plateau est incliné dans la direction de celui de Mansourah, de sorte, dit un homme qui a observé les lieux avec le coup d*œil du métier, que « la ville est située, pour Tobservateur placé à Mansourah , comme le serait un tableau sur le chevalet. Elle communique avec Mansourah par un pont en pierre dont il faut aller chercher le tablier beaucoup au-dessous du sol du plateau. Au delà du Rummel, par rapport à Mansourah, ( si le plateau de Coudiat-Ati , qu'aucun obstacle natarel ne sépare de la ville; mais il y a là un mur d'enceinte en bon état Sur les autres fronts,
Digitizod
i LUTTB CORTRB LBS DEBRIS DB L4 DOmNATION TUBQUB.
renceinte est formée par des murs sans terrassement, contre lesquels les maisons sont souvent adossées; mais là les escarpements du terrain forment une défense naturelle. Constantine a
quatre portes : celle du pont, ou Bab-el-Gantara, est du côté de Mansourah; les trois autres, Bab-
el-Djedid, Bab-el-Oucd et Bab-el-Djabia, font face à Coudiat-A^. Il y avait là un faubourg, audessous sont les écuries du bey, appelées le Bardo *. »
Le maréchal envoya la brigade de Rîgny sur le plateau de Coudiat-Ati, qui est le véritable point d'attaque ; le reste de l'armée campa sur le plateau de Mansoi^ah. Le léger, sous les ordres du commandant Changarnier, regut Tor-* dre de traverser le Rummel à erué, opcratiou hardie et périlleuse, et d'occuper les vastes bà^ limênts du Bardo. Le maréchal dit au commandant Changarnier, qu'on commençait déjà à regarder comme un homme à la hauteur des tâches difficiles, d'aller s'établir dans ce bâtiment et d'y faire flotter le drapeau tricolore. « Cela, ajouta-t-il, produira un grand effet sur la population. » C'était un dernier sacrifice fait par le maréchal aux illusions qui l'avaient amené devant Constantine. Le bâtiment fut occupé sans coup férir, à la tombée du jour; le drapeau ar«
* AtuutUt algériennet, par le capitaine PéUssier.
PRBMIÈBB BXPJÎDmON DS CONSTAnTlKB. 113
l)oré fut salué, le lendemain, dès que Taube parut, par une vive canonnade qui ne fit point de mal
au '2° léger retranché par son commandant dans les profondeurs du bâtiment Sa présence dans le Bardo devenait inutile , puisque la démonstration sur laquelle comptait le maréchal avait manqué son effet; le commandant Gbangamier saisit le moment où les troupes du bey exécutaient une sortie, se jeta rapidement sur leur flanc, contrit bua à les obliger à la retraite et se réunit à la division de Rigny.
Le lendemain 22 novembre, l'armée était donc ainsi disposée ; la division de Kigny au delà du Rummel sur le plateau de Coudiat*Ati; la divi-^^ sion Trézel avec le maréchal Clausel, sur le Mansourah. Uarmée avait, les jours précédents, enduré des souffrances si rudes, qu'elle commençait à se démoraliser; des tonneaux d'eau-de-vie avaient été pillés et défoncés.
Âhmed-Bey avait laissé le commandement de ConstantineàBen-Âïssa, et tenait la campagne avec sa cavalerie. Le temps s'était mis au beau, mais le Rummel, grossi par la pluie des jours précédents, n'offrait plus de gué. Ahmed-Bey tenta une attaque sur les derrières de la division de Rigny ; il fut vigoureusement repoussé par le 17* léger et par le bataillon du 2^ Cette affaire fit tant d'honneur à ce bataillon, que le général
114 LCTTB CÛ^TRE LBS DÉBRIS D£ LA DOMUNATION TURQUE.
de Rigny , ayant reçu par un soldât qui traversa le Rummel à la nage, un billet du commaudant en chef, ainsi conçu : « Attaquez à minuit la porte qui est devant vous, » choisit pour diriger cette attaque le commandant Changamier) en
adjoignant à son bataillon trois compagnies d'élite du 17® léger. Un ordre plus détaillé arriva dans la soirée, vers les huit heures, grftce à la baisse des eaux, que le beau temps avait diminuées; le maréchal désignait pour commander l'attaque le colonel Duvivier; ce vaillant homme de guerre revendiqua son droit, qui dut être respecté. •
Le maréchal, presque à hout de munitions et de vivres, ne pouvait songer à un siège régulier; sa seule ressource était de brusquer un assaut, sauf à se retirer s^il échouait. (Tétait le parti qu'il adoptait. A minuit, tandis que le colonel Duvivier tentait de- faire sauter avec des sacs à poudre la porte Bad-el-Oued, le colonel Lemercier, de la division Trézel, essayait de faire sauter celle qui fait face au pont de Constantino. Toutes les circonstances se trouvèrent réunies contre cette double tentative. La pluie cessa, le temps se rasséréna; le clair de lune, qui dénonçait l'opération, favorisa les assiégés, ils dirigèrent sur les assaillants un feu meurtrier; il y eut de l'encombrement et de la confusion sur
PBBMIÈBS BXPj&DlTION DE CON&XANTmB. 115
les deux points, et la double attaque, qui ne pouvait guère réussir que par une surprise, échoua complètement.
Déjà on avait éprouvé des pertes cruelles* A l'attaque du pont, le général Trézel, gravement blessé, avait dû laisser le commandement au colonel Héquet. A Tattaque de la porte Bab-el- Oued, le commandant Richepanse, digne âls du général républicain de ce nom, avait été tué, et le capitaine Grand, de l'arme du génie, mortellement blessé. Il fallut faire retirer immédiatement les colonnes, labourées par les boulets ennemis, qui, dans ces masses vivantes, frappaient à coups sûrs. On envoya avertir le commandant en ' chef de Tinsuccès de la double tentative. Il était trois heures du matin. Tout à coup, au milieu du silence profond qui avait succédé au bruit du canon, les nôtres' entendirent des voix mâles et vibrantes qui, sur tous les points des remparts, entonnaieht des chants d'un caractère grave et religieux. C'étaient les défenseurs de la ville qui, après avoir victorieusement repoussé nos colonnes, faisaient la prière. Dans Taccent de ces voix où frémissaient encore Témotion du combat et la joie de la victoire, contenues par le recueillement d'une pensée qui se met en la présence de Dieu, il y avait quelque chose d'inexprimable que n^oublieront jamais ceux qui les ont entendues.
116 LUTTE GONTBB LB8 DÉBHI8 DELA DOMIllATIOIf TmQVE.
. A quatre heures du matin, le maréchal Clau*
sel donna Vordre de la retraite. L'exx)édition avait échoué* Il n'y avait point à hésiter. Les vivres manquaient complètement, et les munitions allaient manquer. D'après les ordres reçus, la brigade de Rigny dut revenir prendre posi* tion sur le Mansourah. Ce mouvement était difficile à faire avec des troupes sous rinâuence d'un échec, dans Teau depuis plusieurs jours, mal nourries, et qui n'avaient pu se procurer un fétu de bois. Le général de Rigny confia au commandant Changarnier Thonorabie mission de former Textrème arrîère-garde de son corps et de protéger sa retraite. Le commandant Changarnier exposa en quelques brèves paroles au bataillon du 2® léger l'importance du devoir qu'il avait à remplir et Thonneur attaché à la mission qu'on lui cou liait. Ce frémissement d'approbation qui rappelle l'applaudissement, armé de bos pères, lui prouva qu'il était compris. Peu à peu, le bataillon vit s'écouler la division du général de Rigny. Le jour commençait à poindre quand il opéra lui-même son mouvement. Les factionnaires ennemis avaient averti la population de la retraite de notre armée. Les soldats du 2® léger entendirent un grand tumulte s'élever de la ville, et bientôt une colonne profonde s'élança de la porte infructueusement attaquée et mar-
, PllIiMiiiKE JSXPÉDITION DE COKSTANTIME. 117
cha sur eux, L'étonnement des nôtres fut extrême quand ils reconnurent trente ou quarante hommes en capotes grises, courant mêlés aux éclaireurs de la colonne ennemie : c'étaient les soldats du poste d'une grand'garde oubliés par le 2* bataillon d'Afrique. Quoique les moments fussent précieux, le commandant Changarnier, ne pouvant se résoudre à sacrifier ces braves gens, fit faire face à son bataillon, le ramena au pas de charge au-devant de leurs camarades, et en recueillit les deux tiers, « C'est ainsi, dit le capitaine Pélissier, qu'il commença une journée qui devait être si glorieuse pour lui, » Pendant ce temps-là, le colonel Du vivier, en véritable homme de guerre, couronnait av.ec un bataillon la crête du ravin où coule le Rummel et, placé sur la rive droite, protégeait le passage du commandant Changarnier, qui était encore sur la rive gaucho. Son bataillon, après ce retour offensif peu profond mais énergique, put ainsi passer le Rummel, sinon sans difficultés , du moins sans éprouver des pertes aussi consi-^ dérables qu'on aurait pu Tappréhender
Les deux divisions firent leur jonction sur le Mansourah ; cependant, lorsque la queue de la division de Rigny arriva au lieu du rendez-vous, rarmée était dégà en pleine retraite. D'après les
< Documcals inédils.
1 18 ivm caiiTBB lbs débris db la nowirATioR itmots.
ordres du maréchal, le GS*' et le S9*^ de ligne devaient couvrir cette retraite, mais le désordre était partout. Quand le commandant Changarnier, qui formait Textrème arrière-garde , arriva sur le plateau du Mansourali, il fit faire halte à son bataillon, pour le laisser respirer un instant et , poussant son cheval vers un mouvement de terrain, il apprécia d'un rapide coup d'œil Tensemble de la situation. Le spectacle n'avait rien de rassurant. La division Trézel achevait de s^écouler, marchant peu en ordre. Le 6â« et le 59* de ligne s'étaient ébranlés et se retiraient précipitamment, ayant sur leurs derrières et sur leurs flancs des nuées d'Arabes qui les suivaient en poussant des cris aôreux. Quelques caissons d'artillerie, le matériel du génie, deux obusiers de nos auxiliaires indigènes et, chose douloureuse à dire ! quatorze prolonges chargées de blessés étaient abandonnées, et aucun corps ne faisait mine de faire face ^ Tennemi.
«Dans ce moment difficile, où l'arméo se trouvait pressée par un ennemi implacable, supérieur en nombre et enflé de sa victoire, dit le capitaine Pélissier, la bravoure et l'habileté d'un simple officier empêchèrent peut-être le mal de devenir plus grand encore. Le commandant Changarnier, arrivé à Mansourah au moment où le SO*" et le GS"" effectuaient leur retraite , se
mmtaB BXFtfMnoM rat consTAHtna. 119 trouva former l^extrème arrière-garde, avec son
bataillon réduit à un peu moins de trois cents hommes. Il arrête sa petite troupe , la forme eu carré : — Allons j mes amis^ dit-il, voyons ce8 genS'là en face ; ils sont sûm mille et votes êtes trois cents j vous voyez bien que la partie est égale. — Les soldats auxquels il s'adressait, tous dignes d*un chef digne d^eur, attendent Tennemi à portée de pistolet et le repoussent par un feu de deux rangs nourri, bien dirigé, et dont Teifet fut des plus meurtriers. L'ennemi, renonçant alors aux charges , reprit son système de tirail* lement, et fut pendant tout le reste du jour contenu à distance. »
Cette vigoureuse résistance, arrêtant court les Vainqueurs au moment opportun, sauva, on peut le dire, Tarmée. « Dans un moment si grave et si difficile, dit le maréchal commandant en chef dans son rapport, M. le commandant Cbangarnier s'est couvert de gloire, et s'est attiré les regards et Testime de toute l'armée » Pendant qu'un petit nombre de braves contenaient ainsi Tennemi, le maréchal Clausel, qui retrouvait ses grandes qualités militaires dans les circonstances périlleuses, remit de Tordre dans sa
* Yuir au Momleur tlu IG tit-cénibre 1836 le rapport du niartclial Clausel, dalé de Bdne le 1" décembre 1830. Horace Vernet à rcIracO dans un labieau ce fait d armes du commandant Ciiaugaruicr.
biyiiized
120 LUTT8 COHTIIB LES dA)B18 DE LA DOHIIIATIOll TOROIIE*
colonne de retraite, et pourvut à tout avec autant de présence d*egprit que d*énergie. D'un autre côté, les Arabes, les Kabyles et lesKouiouglis, qui étaient sortis de Gonstantinef après les fatigues d'une nuit.de combat, sans vivres et avec peu de munitions, ne pouvaient fournir une longue poursuite. Du n^pment que Tai mée française avait soutenu et repoussé leur premier choc, ils étaient obligés parla fatigue et la faim de retourner en arrière; ce fut ce qui arriva. On peut dire que le 34 novembre , à midi , Tarméo était sauvée*. Elle pouvait encore être inquiétée, mais non détruite par la cavalerie d*Abmed-Bey, qui continua à la suivre, en escarmouchant et en coupant la tète aux traînards. Le l"^*^ décembre 1836, Tarmée était de retour à Bône, après une marche de sept jours de retraite , et une campagne de vingt jours, dans laquelle elle n'avait guère perdu que cinq cents hommes tués ou blessés; mais, en comptant les malades qui allé* rent mourir dans les hôpitaux après cette funeste campagne , on peut porter sans exagération nos pertes à deux mille hommes : c'était presque le tiers des troupes engagées*
* Documeots inédits.
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SBGÔKDB EXPÉDITION GONSTÀNTÏNE.
L'insuccès do Vexpédition de Constâutiae amena le rappel du maréchal Clausel, la nomination du général Damrémont et, bientôt après, les préparatifs d'une nouvelle expédition, car là France ne pouvait rester sous le coup d'un premier revers. La situation de nos affaires prenait, en effet, une fâcheuse tournure dans toute l'Algérie. Dans la province d'Uran, les garnisons de Tlemsen et de Tafna étaient étroitement bloquées, et Abd-el-Kader , à peu près maître absolu de la campagne, prenait ses dispositions pour soulever contre nous les tribus mêmes de la Mitidja. Dès que le général Damrémont eut pourYù au ravitaillement de ces postes et à la sécurité de la province d'Alger, il se hâta dé faire ses pi^éparatifs pour l'expédition de Constantine, après une négociation inutile pour obtenir la soumission volontaire d*Ahmed-6ey à des conditions honorables. Le duc de Nemours, comprenant ce qu'il devait au sang des Bourbons qui coulait dans ses veines, avait voulu avoir sa part dans la revanche de nos armes , après avoir assisté à l'échec de 1836; il commandait une brigade dans ia nouvelle expédition* . ^
1^ LUTTB COmB ÏM tHism M £A llOIiniATIORTVEQUE.
Pendant que ces préparatifs s'achevaient, le général Rulhières que le général Damrémont avait laissé en avant de Bône, à Medjez-Hammar, sur la rive gauche de la Seybeuse, qui devait être la base d'opération de Tarmée expéditionnaire , fut attaqué pendant trois jours consécu** tifs, les ^-2 et 23 septembre 1887, par sept ou huit mille hommes , infanterie et cavalerie, commandés par Ahmed-Bey en personne. Le principal effort de Tennemi fut dirigé contre un mamelon située à droite et en avant du camp. Le général Rulhières, comprenant l'importance de cette position, en avait confié la défense au lieutenant-colonel Lamoricière, qui s'y maintint avec la plus grande énergie. Ces trois jours de combat firent le plus grand honneur au générai Hulhières ainsi qu'aux troupes qu'il commandait*
Les préparatifs de la seconde expédition de Constantine avaient été faits, non plus dans la prévision d'un coup de main heureux, aidé par les intelligences du dedans, mais d^une campagne laborieuse et d'une résistance opiniâtre. Le général Damrémont , commandant en chef, était un des hommes qui connaissaient le mieux l'Algérie, oii il n'avait guère cessé de combattre après la campagne de 1830 , à laquelle il avait pris une glorieuse part. Le lieutenant général
SBCOHDK mÉùmon bb cobstautiiib* 133
Valée commandait ^artillerie; quoique rancien
de grade du général Damréinont, il avait consenti sans hésiter à servir sous ses ordres, en faisant passer avant tout le bien du service. C'était le représentant le plus illustre de Tarme de rartillerîe contemporaine, l'inventeur du nouveau système dont la supériorité avait été constatée dans la campagne de 1830, le Legris- Beauval de notre siècle, homme rare, dont le jugement égalait les eonnaissances spéciales. Le génie était commandé par l'homme qui avait la plus haute réputation dans cette arme, le général Rohaut de Fleury. Le corps expéditionnaire se composait de dix mille hommes divisés en quatre brigades , dont la première était commandée par M. le duc de Nemours, la seconde par le général Trézel, la troisième par le général RuUiièies, la quatrième par le colonel Combes* L'artillerie de campagne et de montagne se com-* posait de seize bouches à feu; le matériel de siège de dix-sept bouches à feu, avec un appro^ visionnement de deux cents coups par bouche à feUé L'artillerie présentait un .effectif de douze cents hommes; le génie, un personnel de dix compagnies
On avait eu raison de veiller avec sollicitude à la composition de Tarmée. L'entreprise était
124 LI;TT£ GOKXEE L£S PÉBBIS DB LU BOHIRATION TURQUE.
difficile. On avait affaire à un ennemi résolu, dont un premier succès augmentait Tardeur et enflait la confiance; la position de la place était forte , ses défenses naturelles redoutables. Partie le 1" octobre 1837 de Medjez-Hammar, l'armée arriva devant Constantine le 6, après une marche laborieuse, mais moins contrariée par les éléments qu'eu 183G. « Constautiue, dit Fauteur des Annales algériennes, se présentait, comme Tannée précédente, hostile et décidée à une résistance énergique; d'immenses pavillons rouges s'agitaient orgueilleusement dans les airs; les femmes, placées sur le haut des maisons, poussaient des cris aigus auxquels répondaient par de mâles acclamations les défenseur^ de la place. Cest ainsi que furent salués le général Damrémont et le jeune prince qui marchait à ses côtés. Bientôt le son grave du canon, répété par des milliers d'échos, vint se mêler aux cris de ces créatures humaines, et de nombreux projectiles, habilement dirigés, tombèrent au milieu dos groupes qui se présentaient sur la crête dn ravin par lequel Constantine est séparée de Man$ourah\ »
Sans entrer dans le récit circonstancié des opérations du siège, il suffira de dire que la ville fut vigoureusement défendue , que là batterie de
^ Ànnaks algifrienna.
BBCONDB BXPÉOmOH DB GOHSTjmTIlIB. 135
l)rèche fut établiei avec beaucoup de peines^ à
Coudiat-Ati , point d'avance indiqué; que l'armée eut à repousser plusieurs sorties impétueuses (lent Pune donna à la légion étrangère, habilement et vigoureusement dirigée par le chef de bataillon Bcfdeau, Toccasion de faire ses preuves , flu'on eut les plus grandes difficultés à surmonter pour concentrer les efforts de Tartillerie sur le plateau de Coudiat-Ati, et que ce ne fut que le il octobre que les feux de la batterie de brèche déterminèrent un éboulement, à dater duquel la possibilité de donner l'assaut fut cer-^ taine.
Le 12 octobre 1837, avant de lancer les colonnes d'attaques, le général Damrémont, dont les talents militaires étaient rehaussés par les qualités morales les plus élevées, fit sommer les assièges de se rendre, en leur envoyant un , parlementaire^ chargé de les éclairer sur leur position* Ce parlementaire, gui était un jeune soldat du bataillon turc, revint le lendemain avec la réponse suivante : « Il y a à Constantine beaucoup de munitions de guerre et de bouche,
* On lit dans le rapport du générât Valée : « Pendant la matinée da 7 (octobre)» enviaon 800 bommes de pied sortirent de h place et attaquèrent le centre de h position de Coodiatr-Ati. Les Arabes ayant planté un drapeau en lace de la position 'occupée par la légiçn étrangère, le çbef de bataillon Bedean dirigea une sortie contre ce groupe. Le drapeau fut reUTersé et les Arabes dispersés^ •