‹ Histoire de la conquête de l'Algérie écrite sur des documents inédits et authentiquesChapitre 39 sur 58 · CHAPITRE SIXliaiE · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXliaiE

Les Insurrectiona.

INSURBECTXdKS KABYLES.

La soumission d'Abd-el-Kader consacra et assura la conquête de l'Algérie, deux mois avant la chute du gouvernement de Louis-Philippe, comme la prise d'Alger avait déterminé la chute du dey et Tintroduction de la domination française en Afrique, trois semaines seulement avant le renversement de la royauté de Charles X. Chose digne de remarque! si en 1830, la prise de la ville avait été retardée de quelques semaines, Alger ne nous aurait jamais appartenu, et si, en 1847, la reddition d'Abd-el-Kader avait été différée de deux mois, Témir aurait trouvé dans la chute du gouvernement de juillet, un moyen d'échapper à son sort. Il semble que la branche aînée et la branche cadette de la maison de Bourbon aient eu juste le temps d'accomplir leur œuvre sur la côte septentrionale de

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TAfrique avant d'être emportées par la révolution.

^ A partir du jour où Abd-el-Kader, le plus habile et le plus glorieux représentant de la race arabe, vint foire sa soumission sous la tente du duc d'Aumale, la guerre de la conquête put être regardée comme terminée. Il devait y avoir, il y eut encore des insurrections et des expéditions ; il n'y eut plus de ces luttes dont Tissue est douteuse. Nous combattîmes de temps à autre pour consolider, pour défendre ou étendre notre domination, nous ne combattîmes plus pour rétablir.

La paix régna donc en Algérie, paix souvent troublée par des soulèvements dans les tribus, quelquefois aussi, par ce goût des expéditions militaires que le maréchal Bugeaud avait légué à ses successeurs. Il faut ajouter que la faute qu'avait commise le conquérant de l'Algérie en ne sachant pas distinguer l'élément kabyle de Tolément arabe et en imposant dos conditions dures et humiliantes aux populations du Jurjura, devait contribuer à amener des soulèvements dans les montagnes. L'impôt que les Kabyles Bravaient jamais payé sous les gouvernements précédents leur était odieux, mais ils regardaient comme bien plus intolérable encore Tobligation d'obéir à un klialifa étranj^er à leur race. Us étaient donc plus disposés à écouter les prédica-

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tions des imposteurs qui, se disant inspirés de

Dieu, veuaienl leur prêcher contre nous la guerre sainte.

Ce fut ainsi qu'à la fin de 1850, un Arabe, originaire du Maroc, qui, condamné pour vol^ avait passé plusieurs années au bagne de Toulon, s'étant avisé de se donner pour un marabout, commença à répandre l'agitation parmi les Kabyles de la subdivision d'Aumale , puis , quand il se vit suivi de trop près par Tautorité irançaise dans cette province, il se réfugia parmi les Kabyles de Constantine. Il avait un assez remarquable talent de prestidigitation qu'il avait perfectionné à Toulon, et il s'en servait pour éblouir les populations ignorantes et superstitieuses. Il allait de tribu en tribu, faisant le commerce des amulettes, se vantant d'avoir le pouvoir de chasser les djinns (les mauvais génies), et donnant ses tours d'escamotage pour des miracles. Dans la subdivision d' Aumale, il à'était présenté sous le nom de Mohammed-el-Ghasbi (Mohammed de TOuest). -

• , Dans la province de Constantine, il prit le nom

* de Bou-Baghla (Père de la Mule), et il trouva les Beni-Abbes assujettis, on s'en souvient, par le maréchal Bugeaud, au pouvoir du khalifa arabe, Mo-Kroui, qui traitait leur pays en pays m - '-^ ' conquis!^ disposés à accueillir une influence hosr-

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tile à la nôtre. Mais ce fut surtout en 1851, qu'en continuant à prêcher la guerre sainte, il réussit à soulever les Beni-Melikeacli , que le gouverneur général avait entrepris de soumettre, parce qu'ils commandaient le seul passage qui conduit chez les Zouaouas restés indépendants , et que nous avions affamés en établissant chez les Beni-Mansour un poste qui empêchait toute communication entre les Kabyles soumis et les Kabyles insoumis. Cette tribu, soulevée par les prédications de Bou-Baghla, sè rua contre le marabout Sidi-Ben-Ali-^herif, ami des Français, et mit tout à feu et à sang dans la Zaouia. Ën* hardi par ce succès, Bou-Ba^hla se jeta avec sa troupe, recrutée de tous les bandits des environs, sur les Kabyles soumis qui, surpris à Timproviste, payèrent Timpôt qu'il exigea, et se laissèrent, en certain nombre, entraîner à sa suite.

Les fâcheux résultats du système suivi par le

maréchal Bugeaud venaient ici s'écrire dans les faits. Il avait détruit Tancienne organisation de la Kabylie sans y substituer une organisation nouvelle. En outre, par ses exigences impolitiques et ses exécutions militaires, il avait laissé de profonds ressentiments dans les âmes ulcérées. Un misérable jongleur réussissait ainsi chez les Kabyles près desquels Âbd-el-Kader

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lui-même, avec son prestige et son génie, avait échoué.

Cependant , ceux qui commandaient alors en Algérie crurent quUls n'y avaif pas autre chose à faire que d'appliquer le système de répression impitoyable et de dévastation déjà suivi A quelque temps de là, le Moniteur Algérien annonçait que le général Camou, qui commandait en chef Texpédition, et que le général Bosquet avait rejoint, était entré en campagne le

juin 4851, et que le 18 du même mois tous les villages de Ourzellaguen étaient « pillés ou brûlés, » que le 3 juillet les marabouts des Beni*- Aïdel, qui avaient donné asile à Bou-Baghla pendant qu'il insurgeait la rive dé TOued-Sahel, s'enfuyaient à rapproche des colonnes qui détruisaient leur village, et que « ce village, par les ordres du général Camou, avait été rasé, «

Ce qu'il y eut de pis, c'est qu'on traita en ennemies toutes les populations qui, par une crainte assez naturelle plutôt que par hostilité, s'enfuirent à notre approche, et qu'on ne fut pas moins sévère pour celles qui ne réunirent pas assez promptement la contribution de guerre exigée d'elles. On pilla et on brûla leurs maisons; il n'y eut pas moins de trois cents villages incendiés. On vit aussi des méprises déplorables. 11 y eut des Kabyles, appartenant à

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des tribus soumises, égorgés, comme s'ils étaient ennemis. Le kaïd de leur village attesta leur fidélité à la vue de leurs cadavres, qu'il reconnut. 11 y eut un Tillage entier dont les habitants furent décapités, sur un soupçon, quoiqu'ils fussent demeurés tranquillement assis dans leurs maisons quand nos chasseurs pénétrèrent chez eux. La différence de langues, le pelc-uiùle des populations soumises et insoumises expliquent, dans une certaine mesure, ces méprises déplorahles; mais il faut faire aussi la part de Tespèce d'ivresse de destruction et de meurtre qui s'empare des hommes quon accoutume à cette guerre d'extermination. Une fois précipités dans cette voie, on ne les arrête plus quand on veut. Chacun cherche à se distinguer par des sévices. On iinit par compter comme des trophées les tètes coupées, les maisons dévastées, les villages brûlés, (rost à conx qui commandent de se souvenir qu'on ne peut jouer impunément ni avec le sang ni avec le feu. Comme dans les campagnes précédentes du maréchal Bugeaud, on ajouta à toutes ces destructions celle des arbres fruitiers. Les oliviers du bassin de rOued-Sahel , qui produisent chacun par an de 80 à 30 francs d'olives, lurent coupés par milliers, dommage presque irréparable pour toute une génération, car il faut plus de trente ans de

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croissance à de nouveaux plants pour produire une récolte aussi fructueuse. Qui oserait affirmer que ces dévastations périodiques, ces incendies, ces abattis d'arbres, ces destructions, n'aient pas contribué à produire dans TAlgérie ces famines qui ont épouvanté la France dans ces derniers temps ?

Malgré toutes ces rigueurs, on n'avait pas atteint le but de la campagne; Bou-Baghla avait échappé à la poursuite de nos colonnes, et il recommençait à agiter leversant septentrional du Jurjura, occupé par les Zouaouas et les Guetlifoula, au-delà desquels étaient les Màatka, puis les 1* lissa, fixés sur les bords de Tisser, et, après eux, un grand nombre d'autres petites confédé* rations cantonnées dans la vallée de TOued-Sébaou. Le général Pélissier, alors gouverneur par intérim de TAlgérie, eutra le 1®' novembre 1851 en Kabylie, à la tête d'une colonne expéditionnaire, après avoir averti, dans une proclamation hérissée de^ textes du Coran, les populations kabyles du châtiment dont il allait les frapper.

Cette nouvelle campagne ressembla à toutes celles qui avaient précédé. Ce fut une suite d'exécutions militaires et de dévastations dont soullrirent les Kabyles, sans que le général Pélissier, plu^s que le général Gamou, pussent

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LES mSUEBEGTIOKS.

atteindre TagitUteur , dont les prédications étaient Torigine du mal.

Quelques fragments du Moniteur Algérien donnent une idée suffisante du caractère de cette campagne:

« Le bach-aglia, Ben-Kassem-ou-Kassi, ditil, crut reconnaître Bou-Baghla au milieu dHme , cinquantaine de cavaliers, qui essayèrent quelque résistance, le lieutenant-colonel Bourbaki les fit pousser jusqu'au pied du Jurjura par Tescadron dont il disposait. Pendant cette fuite honieiisCj le colonel alhimait x)arioiit Vincendie et achevait sa mission brillante par une habile retraite surPizitt-Mahmmoud. Vïitgr^tié?^/' villages^ dont plvsieurs très-considérables^ ont été brûlés dans cette journée. Ces rigueurs nécessaires diminueront, il faut l'espérer, la résistance.... De son côté, le général Cuny portait la dévastation autour du camp, chez les Màatka terrifiés. On comprend qu'il fallait achever la ruine morale de Bou-Baghla et briser tout espoir de résistance chez les Màatka. Ce but fut atteint, grâce à l'élan des troupes, au saccagement et à Vin^

cendie de trente villages^ dans un rayon de qttatre lieues^ malgré la présence de nombreux contingents.

«r Lorsque le gouverneur général vint asseoir ses tentes au pied des Beni-Koussi, la majeure

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