Xormanuia rege Ricliarlo
Intumet^ altevius quod vix sit sub pede régis.
(Nicolai de Braïa Gesta Ludovici Vlll, apud Scripl rer. galUc. et francic, t. XVII^ p. 322.)
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même langage que les NormandS; et portait tous les 1221 signes d'une commune origine : caril n'existait plus i'24o depuis longtemps en Normandie aucun vestige de la race danoise.
Toutes ces causes firent que, moins d'un siècle après la conquête de Philippe-Auguste, on vit les Normands épouser sans scrupule et avec ardeur l'inimitié des rois de France contre l'Angleterre. Dès l'année 1240, quelques-uns d'entre eux s'unirent aux Bretons pour faire des courses sur mer contre vih) les vaisseaux anglais. A chaque guerre qui s'éleva ensuite entre les deux pays, une foule de corsaires, partis de Normandie, essayaient des descentes sur la côte méridionale d'Angleterre, pour ravager et faire du butin. La ville de Dieppe était surtout fameuse pour ces sortes d'armements. Enfin, lorsque la grande querelle de succession, qui occupa tout le quatorzième siècle, eut éclaté entre les rois Philippe V et Edouard III, les Normands conçurent un projet qui ne tendait à rien moins qu'à une nouvelle conquête de l'Angleterre, conquête aussi absolue et plus méthodique peut-être que celle de Guillaume le Bâtard. La royauté et toutes les propriétés publiques étaient adjugées d'avance au chef de l'expédition. Tous les domaines des barons et des nobles d'Angleterre devaient appartenir aux gens titrés, les biens des non-nobles aux villes, et ceux des églises au clergé de Normandie ' .
Ce projet, qui devait rabaisser, après trois siècles
1. Robert, de Avesbuiy Hist. de mtrab. gestis Edtoardi III, p. 130 et seq., éd. Hearue.
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'338 (le possession, les conquérants de l'Angleterre à l'état où eux-mêmes avaient placé les Anglais de race, fut rédigé dans le plus grand détail, et présenté au roi Philippe de Valois, à son château de Vincennes, par les députés de la nation normande. Ils lui demandèrent de mettre son fils, qui était leur duc, à la tête de l'entreprise, et offrirent de tout exécuter à leurs propres dépens, n'exigeant du roi que la simple assistance d'un allié en cas de revers. Cet accord ayant été conclu, l'acte en fut gardé à Caen ; mais des circonstances, que l'histoire du temps ne détaille pas, retardèrent l'exécution. Rien n'était encore commencé, lorsqu'en l'année 1346 le roi d'Angleterre débarqua
*^*6 au cap de la Hogue, pour s'emparer du pays qu'il appelait son domaine héréditaire ^ Les Normands, attaqués à l'improviste, ne résistèrent pas plus à l'armée anglaise que les Anglo-Normands n'eussent peutêtre fait si l'invasion projetée avait eu lieu. On ferma les villes, on coupa les ponts, on détruisit les routes ; mais rien ne put arrêter la marche de cette armée dont tous les chefs supérieurs, jusqu'au roi inclusivement, ne parlaient d'autre langue que le français avec l'accent de Normandie.
Malgré cette conformité de langage, aucune sympathie nationale ne se réveilla en leur faveur, et les villes qui ouvrirent leurs portes ne le firent que par nécessité. Ils prirent en peu de temps Barfleur, Carentan et Saint-Lô. Dans les rapports officiels, rédigés en langue française, qu'ils envoyaient en Angleterre,
1. Terram hœreditatis suœ in Normanniam. (Robert, de Avesbury Hist. de vurab. gestis Edicardi III, p. 123.)
ils comparaient ces villes, pour la grandeur et la <346 richesse, à celles de Sandwich, de Leicester et de Lincoln, dont ils travestissaient encore le nom en celui de Nicole ^ A Caen, où ils visitèrent, en grande cérémonie, le tombeau de Guillaume le Conquérant, auteur de la fortune de leurs aïeux, ils trouvèrent, parmi les chartes de la ville, l'original du traité conclu entre les Normands et le roi de France pour une nouvelle conquête, et en furent tellement irrités, qu'ils ordonnèrent le pillage et le massacre des habitants. Ensuite, pillant toujours, ils se dirigèrent vers l'ancienne frontière de France , du côté de Poissj , où ils entrèrent ; puis ils allèrent en Picardie, où se livra entre eux et les Français la fameuse bataille de Crécy.
Le plan d'invasion trouvé à Caen fut envoyé aussitôt en Angleterre, et lu publiquement dans toutes les villes, afin d'exaspérer l'esprit du peuple contre le roi de France et contre les Français, dont les Normands n'étaient déjà plus distingués. A Londres, l'archevêque de Canterburj fit lecture de cette pièce au sortir de l'office, devant la croix du cimetière de Saint-Paul. Comme elle était rédigée en langue française, tous les nobles présents purent la comprendre ; mais ensuite on la traduisit en anglais pour les gens de basse condition 2. Cette lecture et d'autres moyens qu'on employa pour exciter les Anglais à soutenir la
1. Et est la ville plus grosse que n'est Nichole. {Rapport textuel, Robert, de Avesbury Hist. de mirab. gestis Edwardi HT, p. 125, éd. Hearne.) — Voyez plus haut, liv. IV.