Provincia
CjNCLUSION 135
snnt vme fille unique appelée Béatrix, sous la tutelle 1216
de quelques-uns de ses parents. Les tuteurs, se voyant '^^^ maîtres de la jeune fille et du comté, offrirent au roi de France de lui céder l'une et l'autre pour Charles d'Anjou, son frère ; et le roi, ayant souscrit aux conditions proposées, fît d'abord avancer vers la Provence des troupes qui y entrèrent comme amies. Charles d'Anjou s'y rendit peu après, et on lui fît épouser Béatrix, sans trop la consulter sur ce choix. Quant aux gens du pays, leur aversion pour un comte étranger, et surtout de race française, n'était pas douteuse '.lis avaient sous leurs yeux l'exemple de ce que leurs voisins de l'autre côté du Rhône souffraient sous le gouvernement des Français : « Au lieu d'un « brave seigneur, dit un poëte contemporain, les Pro- « vençaux vont donc avoir un sire ; on ne leur laissera {( plus bâtir ni tours ni châteaux ; ils n'oseront plus (; porter la lance ni l'écu devant les Français. Puis- « sent-ils mourir tous plutôt que de tomber en un « pareil état ^ ! »
Ces craintes ne tardèrent pas à se réaliser. Toute la Provence fut remplie d'officiers étrangers, qui, traitant les indigènes comme des sujets par conquête, levaient des impôts énormes, confisquaient, emprisonnaient , mettaient à mort, sans procédure et sans jugement. Il n'y eut pas d'abord une résistance bien \ ive contre ces excès de pouvoir, parce que le clergé, se faisant, selon l'expression d'un vieux poëte, pierre
1. Provinciales Francos liabcnt odio inexorabili. (Matth. Paris. t. II, p. 654.)