‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 2)Chapitre 169 sur 214 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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de principes : anglicans, calvinistes et papistes se 1793 réunirent dans cette opinion; et l'archevêque catho- '"^^ lique titulaire de Dublin, dans une de ses lettres pastorales, essaya de prouver, par l'exemple des républiques italiennes du moyen âge, que les catholiques étaient les créateurs de la démocratie moderne *.

Le mauvais succès de la révolution française porta un grand coup à la puissance des Irlandais-unis, en diminuant leur propre confiance dans l'infaillibilité de leurs principes, et en prêtant une sorte d'autorité aux accusations de leurs ennemis. Le ministère anglais saisit l'instant où se manifestait cet ébranlement de l'opinion, pour faire aux catholiques une concession qu'il avait refusée jusqu'alors. Il leur rendit la faculté d'élever leurs enfants , et l'exercice d'une partie de leurs droits politiques ; ce qui devait fournir le moyen de présenter aux papistes l'union irlandaise comme désormais inutile pour eux, et s'ils continuaient à s'agiter, de les rendre odieux aux autres sectes, en leur imputant le dessein secret d'exterminer les protestants. Les bandes de Défenseurs qui parcouraient encore quelques provinces accréditèrent ces imputations; et les anglicans du Connaught, que leur petit nombre au milieu des Irlandais de race rendait plus faciles à effrayer, s'armèrent spontanément vers l'anné 1795, et s'organi- 1795 seront en . associations sous le nom d'Orange-men, Orangistes. Leur dogme politique était le maintien

1. Sir Richard Musgrave, Memoirs of the différent relellions of Ireland, vol. I, p. 146.

1795 rigoureux de l'ordre de choses établi par Guillaume III , et de toutes les lois oppressives portées, depuis son règne , contre les catholiques et les hommes de race irlandaise. Ils déployèrent, dès le commencement de leur organisation, un fanatisme qui les rendit redoutables à ceux d'entre leurs voisins qui différaient avec eux de croyance ou d'origine : près de quatorze cents familles catholiques émigrèrent, vers le sud et vers l'est, pour échapper à cette nouvelle persécution.

i"9^ Quelques actes de cruauté commis par les Oran-

1796 gistes envers les catholiques excitèrent contre eux une grande haine, et Ton mit sur leur compte toutes les violences exercées par les agents militaires et civils du gouvernement, comme la torture infligée aux suspects et la destruction des imprimeries. Un homme accusé d'orangisme devenait, par cela seul, l'objet de la vengeance populaire; et comme cette accusation était vague, il était facile aux malintentionnés de s'en servir pour sacrifier qui ils voulaient; tout protestant pouvait craindre de l'encourir. Le lien de l'union irlandaise se trouvait singulièrement affaibli par cette haine et cette défiance mutuelles des deux partis religieux; pour y remédier par une organisation plus compacte, on substitua à l'association patente une affiliation secrète, fondée sur le serment et sur l'obéissance passive à des chefs dont les noms n'étaient connus que d'un petit nombre des associés. La société était partagée en petites réunions communiquant entre elles par le moyen de comités supérieurs, formés de députés pris dans leur sein. Il y en avait de cantonaux et de provinciaux;

CONCLUSION 2fî I

et au-dessus de ces comités se trouvait un directoire 1795

de cinq membres, qui régissait toute l'union , com- «796 posée de près de cent mille hommes. Les chefs supérieurs et inférieurs formaient une hiérarchie militaire avec les grades de lieutenant, capitaine, chef de bataillon, colonel, général et généralissime ; tout affilié ayant quelque fortune devait se munir , à ses frais, d'armes à feu, de poudre et de balles. On distribuait par souscription , à ceux qui étaient pauvres, des piques, dont les membres de l'union, ouvriers en fer et en bois, fabriquèrent promptement un grand nombre. Ce nouveau plan d'organisation s'exécuta en 1796 dans les provinces de Munster, de Leinster 1795 et d'Ulster; mais celle de Connaught demeura en retard , à cause de la vigilance des Orangistes et de l'appui qu'ils prêtaient aux agents de l'autorité ^

Parmi les hommes que l'union irlandaise reconnaissait comme ses chefs supérieurs, il s'en trouvait d'origine et de religion différentes : Arthur O'Connor, qui passait dans l'opinion populaire pour descendre du dernier roi de toute l'Irlande ; lord Edouard Fitz Gérald , que son nom rattachait encore à la vieille famille normande des fils de Gérauld ; le Père Quiglej, Irlandais de naissance et papiste zélé ; enfin, Théobald Wolf-Tone, avocat, d'origine anglaise, professant les opinions philosophiques du dix-huitième siècle. Des prêtres de toutes les communions étaient membres de la société : en général, ils y

1, Sir Richai-d ]\lusgrave, Memoirs of.the différent rebellions in Treland, vol. I, p. 158.

25ii CONCLUSION

1796 occupaient des grades élevés, mais ils ne montraient point de jalousie entre eux, ni même de méfiance contre les doctrines peu religieuses de quelques-uns, des affiliés. Ils invitaient leurs paroissiens à beaucoup lire, et toute espèce de livres, à former des réunions de lecture chez les maîtres d'école ou dans les granges. Quelquefois envoyait les ministres d'un culte aller prêcher dans les églises de l'autre; un auditoire composé par moitié de catholiques et de calvinistes écoutait Avec recueillement le même sermon, et" recevait ensuite à la porte de l'église une distribution de brochures philosophiques, telles que l'Age de la raison, de Thomas Pajne, imprimé àBelfast à un très-grand nombre d'exemplaires *.

Cette tendance à subordonner ses habitudes ou sa croyance particulière au but ou aux ordres de l'union, se faisait remarquer dans le bas peuple par une abstinence totale de liqueurs fortes, difficile à supporter sous un climat humide et froid. Le directoire la recojjimanda, en 1796, à tous ses subordonnés, afin qu.e chacun cessât de payer au gouvernement anglai.s les taxes mises sur les boissons^; et vers la fin da cette même année, il annonça, par des circulaires imprimées, l'arrivée prochaine d'une flotte françai^se. En efi'et, quinze mille hommes, partis de France sous la conduite du général Hoche, arrivèrent dans la baie de Bantry; mais une tempête qui dispersa, leurs vaisseaux empêcha le débarquement.

1. Sir Rj'chard MriSgrave, Mémo irs of tite différent rebellions in Ire land, vol. J, p. 189.

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