‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 2)Chapitre 174 sur 214 · SÛ · texte numérisé non relu

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beaucoup d'hommes refusaient encore d'y croire, et disaient avec impatience : « Serait-il possible que les ^^à c( Français fussent devenusorangistes* ?» Le ministère anglais profita du découragement général pour resserrer le lien politique entre l'Irlande et l'Angleterre par l'abolition de l'ancien parlement irlandais. Quoique ce parlement n'eût jamais fait beaucoup de bien au pays, les hommes de tous les partis y tenaient comme à un dernier signe d'existence nationale, et le projet d'unir l'Angleterre et l'Irlande sous une seule législature déplut à ceux-là mêmes qui avaient aidé le gouvernement contre les insurgés de 1798. Ils joignirent leur mécontentement à celui du peuple, et s'assemblèrent pour faire des remontrances ; mais leur opposition n'alla pas plus loin.

Il n'y a plus qu'un seul parlement pour les trois royaumes unis, et c'est de cette assemblée , en immense majorité composée d'Anglais, que l'Irlande attend des mesures et des lois qui aient le pouvoir de la pacifier. Après bien des années de vaines sollicitations, après bien des menaces de soulèvement, une de sesnombreuses plaies vient d'être fermée par l'émancipation des catholiques. Ils ont obtenu la faculté d'exercer des fonctions publiques et de siéger dans les deux Chambres du parlement ; mais cette grave question une fois résolue, combien d'autres, non moins graves, restent à débattre ! Les privilèges exorbitants de l'Église anglicane, les changements opérés violemment dans la propriété par les

1. Sir Richard Musgrave, Memoirs of the différent rebellions in Ireland, vol. TT,, p. 526.

20 i CONCLUSION

'802 confiscations et les spoliations en masse ; enfin, derrière toutes les querelles de race, de secte et de parti, la question suprême, celle de l'indépendance nationale et de la rupture du pacte d'union entre l'Irlande et l'Angleterre : telles sont les causes qui, dans un avenir plus ou moins éloigné de nous, peuvent ramener les tristes scènes de 1798. En attendant de nouvelles et inévitables convulsions, la misère du bas peuple , les haines héréditaires dans les familles, et une hostilité permanente contre les agents de l'administration, multiplient lescrimes et les brigandages, et font d'un pays fertile, dont la population est naturellement sociable et spirituelle, le lieu le plus inhabitable de l'Europe.

Les Anglo-Normands et les Anglais de race.

1C03 Après la conquête de l'Anjou et du Poitou par le 1215 roi Philippe-Auguste, beaucoup d'hommes de ces deux pays, et même ceux qui avaient conspiré contre la domination anglo-normande, conspirèrent contre les Français en s'alliant avec le roi Jean. Ce roi ne leur fournit aucun secours efficace; tout ce qu'il put faire pour ceux qui s'étaient exposés aux persécutions du roi de France en intriguant ou en prenant les armes, ce fut de leur donner asile et de les bien accueillir en Angleterre. Il s'y rendit, par nécessité ou par choix, un grand nombre de ces

émigrés , hommes spirituels , adroits , insinuants, 1203 selon le caractère des Gaulois méridionaux, et 1215 mieux faits pour plaire à un roi que les Normands d'origine, qui étaient, en général, plus lents d'esprit et d'un naturel moins flexible*. Aussi les Poitevins ne tardèrent-ils pas à obtenir la plus grande faveur à la cour d'Angleterre, et même à supplanter l'ancienne aristocratie dans les bonnes grâces du roi Jean. Il leur distribua les offices et les fiefs qui étaient à sa disposition , et dépouilla même, sous différents prétextes, plusieurs riches Normands de leurs emplois et de leurs tenures, au profit de ces nouveaux venus. Il leur faisait épouser les héritières dont il avait la garde, suivant la loi féodale, et leur adjugeait, à titre de tutelle, les biens des orphelins en bas âge ^.

Cette préférence du roi pour des étrangers, dont l'avidité toujours croissante l'obligeait à commettre plus d'exactions que tous ses prédécesseurs, et à s'arroger sur les biens et sur les personnes un pouvoir inusité, indisposa contre lui les barons anglo-normands. Les nouveaux courtisans , sentant que leur position et leur fortune étaient précaires, se hâtaient d'amasser beaucoup et faisaient demande sur demande. Dans l'exercice de leurs emplois publics, ils montraient plus d'âpreté au gain que les anciens fonctionnaires, et, parleurs vexations journalières,

1. Pictaviensiuni innatas versutias. (Matth. Paris, Hist. Angh'x irojor., p, 386.)

2. Fidèles siios quos sanguis iiativus flecti non permitteret, pro aliis ventilatis postponit. (Ibid., p. 389.)

se rendaient aussi odieux aux bourgeois et aux serfs saxons, qu'ils l'étaient déjà aux nobles de naissance normande. Ils levaient sur les domaines dont le roi les avait investis, plus de subsides qu'aucun seigneur n'en avait jamais exigé, et ils exerçaient plus durement les droits de péage sur les ponts et les grandes routes, saisissant les chevaux et le bagage des marchands et joignant à ces spoliations l'insulte et la moquerie ^ Ainsi ils troublaient à la fois et presque également les deux races d'hommes qui habitaient l'Angleterre, et qui, depuis leur réunion violente, n'avaient encore éprouvé aucune souffrance, aucune sympathie, aucune aversion communes.

L'aversion contre les Poitevins et les autres favoris du roi établit donc un premier point de contact entre ces deux classes d'hommes, jusque-là étrangères l'une à l'autre, du moins en général, et abstraction faite de certains rapprochements individuels. C'est de là qu'on doit faire dater la naissance d'un nouvel esprit national commun à tous les hommes nés sur le sol anglais. Tous, en effet, sans distinction d'origine, sont qualifiés du titre d'indigènes par les auteurs contemporains, qui, répétant les bruits populaires, imputent au roi Jean, et à son successeur

1. Sul) eorumdem dieriim curriculis, Satanae versutia multiforniis conimuniter populum Anglia?, barones, milites, cives, mercatores et colonos... liac afflixit pestilentia, quod qui inter alienigenas videLautur oxcelleutiores, iuferioves tôt exagitaveruut angariis^ rapinis et iiijuriis vexaverunt, quod inter omnes populi Anglici ultimaî vlderentur coiiditioiiis. Hiiic niercatorum equi, hinc bigae, hinc eorum substantiolœ violenter rapiebautur, nec aliud pretiura quam tallise vel subsannationes pro ipsis relinquebant. (Matth. Paris, Hist. Angîix major., p. 816.}

Henri III, le dessein d'exproprier les habitants de 1205 l'Angleterre pour donner leurs héritages à des gens l'^'is venus de tout pays'. Ces alarmes exagérées étaient peut-être encore plus vivement senties par les bourgeois et les fermiers anglais que par les seigneurs et les barons de race normande, les seuls vraiment intéressés à détruire l'influence étrangère, et à forcer l'héritier de Guillaume le Conquérant de revenir à ses anciens amis et aux hommes de sa nation.

Après quelques années de règne, le roi Jean se trouva dans une situation à peu près semblable à celle du roi saxon Edward à son retour de Normandie ^. Il menaçait les grands et les riches d'Angleterre, ou du moins leur donnait lieu de se croire menacés d'une sorte de conquête opérée, sans violence apparente, au profit d'étrangers dont la présence blessait leur orgueil national en même temps que leurs intérêts ^ Dans ces circonstances, les barons anglo-normands prirent contre les courtisans venus du Poitou et de la Guyenne , et contre le roi qui les préférait à ses anciens hommes-liges, le même parti que les Anglo-Saxons avaient pris autrefois contre Edward et ses favoris normands, celui de la révolte. D'abord ils exhumèrent des archives publiques et firent signifier à Jean une charte de Henri I", qui

1, Venit ergo ad hoc omne homlnum genus in Angliam cnm mulieribus et parvulis, ut, expulsis indigenis a regno et penitus exterminatis, ipsi jure perpétue terram possiderent. (Matth. Paris., Hist. Anglix major., p. 269.)

2, Voyez plus haut, livre III.

3, Quod saepius gravati videbant alienigenas suis bonis saginari. (-Mattli. Paris., Hist, AngUce mr^yor., p. 445.)

^"^^^ déterminait les anciennes limites de la prérogative 1215 j.Qjale ' ; puis, sur son refus de reconnaître la validité de cette charte et de s'v conformer à l'avenir, ils renoncèrent solennellement à leur féauté envers le roi, et lui déclarèrent la guerre à outrance. Les barons ainsi confédérés élurent pour chet Robert, fils de Gauthier , qui prit le titre de maréchal de l'armée de Dieu et de la sainte Église, et joua dans cette insurrection le même rèle que le Saxon Godwin dans celle de 1052 ^

La crainte de voir s'opérer graduellement au profit de clercs poitevins les destitutions ecclésiastiques dont la conquête normande avait frappé d'un seul coup le clergé de race anglaise, et en même temps la contagion du sentiment patriotique, rallièrent les évêques et les abbés anglo-normands au parti des barons contre le roi Jean, quoique ce roi eût gagné à sa cause la faveur et l'appui du pape. Il avait renouvelé envers le saint-siége la profession publique de vasselage faite par Henri II après le meurtre de Thomas Beket. Mais cet acte d'humiliation politique, loin d'être aussi utile aux intérêts de Jean qu'il l'avait été autrefois à ceux de son père, ne servit qu'à lui attirer le mépris universel et les reproches du clergé lui-même l Abandonné par tous les hommes

1. Inventa est quoque nunc charta qu^edam Henvici pvimi régis Anglias per quam, si volueritis, libertates diu amissas poteritis ad statum pristinum revocare.(^]\Iatth. Paris., Hist.Anglix major., p. 240.)

2. Constituerunt Robertum filium Walteri principem niihtiœ sua;, appellantes eum maresclialluni exercitus Dei et Ecclesia; sanctœ. (Ibid,, p. 254.) — Voyez plus liaut, livre III.

3. Idem rex, juxta quod Romœ fiierat sententiatum, resigna vit coronam suam, ciiiTi regnis Anglias et Hihernia', in manu domini

d'origine normande, le roi Jean n'eut point, comme Henri P% l'art de gagner et de soulever en sa faveur les Anglais d'origine, qui, d'ailleurs, ne formaient plus alors un corps de nation capable de servir en masse d'auxiliaire à l'un ou à l'autre parti. Les bourgeois et les serfs relevant immédiatement des barons étaient en bien plus grand nombre que ceux du roi ; et, quant aux habitants des grandes villes, bien que jouissant d'immunités et de franchises accordées par le pouvoir royal , une sympathie naturelle devait les attirer du côté où se trouvait la majeure partie de leurs compatriotes. La ville de Londres se déclara pour ceux qui levaient bannière contre les favoris étrangers ; et le roi fut réduit presque en un moment à n'avoir pour soutien, dans sa cause, que des hommes nés hors de l'Angleterre, des Poitevins, des Angevins, des Gascons et des Flamands K

Effrayé de voir dans le parti de ses adversaires tous les hommes zélés pour l'indépendance du pays, soit comme fils des conquérants, soit comme Anglais indigènes, le roi Jean souscrivit aux conditions exigées par les barons en révolte. La conférence eut lieu dans une grande plaine, entre Staines et Wind-

papje... Facta autem resignatione, dédit papœ et ejus successoi'ibus régna prsedicta, quœ et charta subscripta confirmavit. (Mattb. Paris^ Hist. Anglise major., p. 236.)

1. Venerunt itaque ad eos ibidem nuncii ab urbe^Londoniarum, secretius eis indicantes quod si vellent urbis ingressum habere^. cum festinatione illuc venirent. At barones desiderato exbilarati nuntio, castra protinus moventes... (Mattb. Paris, Hi^it. Anglise major., p. 254.) — Cianculo confectis litteris, misit ad Philippum Marc, constabularium castri de Notiiigliani, natione Pictavensem, similiter et ad omnes suos alienigenas, in quibus maxirne contidebat anima sua. (Ibid., p. 265.)

«215 sor, où campèrent les deux armées ; les demandes des révoltés furent débattues, et Jean y fit droit par une charte scellée de son sceau ^ L'objet spécial de cette charte était de dessaisir le roi de la partie de son pouvoir au moyen de laquelle il avait élevé et enrichi les hommes de naissance étrangère , aux dépens des Anglo-Normands ; mais la population de race anglaise ne fut pas oubliée dans le traité de paix que firent ces alliés de l'autre race. Plus d'une fois, durant la guerre civile, on avait vu la vieille demande populaire, celle des bonnes lois du roi Edward, figurer dans les manifestes qui réclamaient, au nom du baronnage d'Angleterre, le maintien des libertés féodales^. Ce ne furent point cependant, comme sous Henri P', les lois saxonnes que la charte du roi normand vint garantir aux descendants des Saxons. Il semble au contraire que les rédacteurs de cet acte célèbre aient voulu mettre fin légalement à la distinction des deux races, et ne voir sur le sol anglais que des classes diverses, devant toutes, jusqu'à la dernière, trouver justice et protection sous la loi commune du pays.

1. Convenerunt itaque die etloco prsetixo ad colloquium condictum rex et magnâtes : at partibus seorsum considentibus, cœnerunt de pace diutiiis et libertatibus tractare sœpedictis. (Matth. Paris., Hist. Anrjlix major., p. 255.)

2. Orta est discordia inter regem Angliœ et barones, Lis exigentibus ab eo leges Edwardi et aliorum subsequentiura regura libertates et libéras consuetudines. {AiDial. Waverleienses, apnd Hist. anglic. Script., t. II, p. 180, éd. Gale.) — Venientesque ad regem ibi supra dieti magnâtes, in lascivo satis appax-atu militari, petierunt quasdam libertates et leges régis Eadwardi, cum aliis libertatibus, sibi et regno Angliœ et ecclesiîE anglicanae concessis, coniirmari. (Mattb. Paris, Hist. AiigUie major., p. 240 et 253.)

La charte du roi Jean, depuis nommée la grande 1215 charte, sanctionna les droits de liberté et de propriété des classes d'origine normande, et, en même temps, elle établit le droit des classes d'origine saxonne à la jouissance des anciennes coutumes qui leur étaient favorables. Elle garantit à la ville de Londres et à toutes les villes du royaume leurs franchises municipales; elle modéra les corvées royales et seigneuriales pour la réparation des châteaux, des routes et des ponts ; elle couvrit les marchands d'une protection spéciale, et interdit, en cas de poursuites judiciaires contre un paysan, la saisie des récoltes et des instruments de labour*. L'article principal, sinon quant à ses résultats ultérieurs, au moins quant à l'intérêt du moment, fut celui par lequel le roi s'engageait à renvoyer hors du royaume tous les étrangers qu'il avait accueillis et ses soldats venus d'outremer-. Cet article paraît avoir été reçu avec une joie extrême par tous les habitants de l'Angleterre, sans distinction d'origine ; et peut-être les Anglais de race, qu'il n'intéressait que d'une manière indirecte, y attachèrent-ils un plus grand prix qu'à tous les autres.

Après avoir accordé, malgré lui, et signé de mau-

1. Et civitas Loudoniensis habeat omnes antiqiias libertates et omnes libéras consuetudines suas... Prseterea volumus quod omnes alie civitates et burgi et ville... (Articidi magne charte libertatum, apud Mattb. Paris, IJist. Angl., p. 255 et seq.) — Liber bomo non amercietur pro parvo delicto, nisi secundum modum ipsius delicti, et pro niagno delicto, secundum magnitudinem delicti, salvo contenemento suo; et mercator eodem modo salva marcbandisa sua, et villanus eodem modo amercietur salvo wainagio suo. (Ibid.)

2. Et nos amovebimus omnes alienigenas a terra,, . et Flandi-enses omnes et ruptarios qui sunt ad nocumentum regni. (Ibid., p. 261.)

»''^ vaise foi sa charte, le roi Jean se retira dans l'île de Wight, pour y attendre en sûreté le moment de recommencer la guerre. Il demanda au pape, et obtint de lui une dispense du serment qu'il avait prêté aux barons, et l'excommunication de ceux qui resteraient armés pour le contraindre à tenir sa parole. Mais aucun évèque, en Angleterre, ne consentit à promulguer cette sentence, qui demeura sans effet*. Le roi, avec ce qui restait d'argent dans son trésor, se procura une nouvelle recrue de soldats poitevins, gascons et flamands^. Conduites par des chefs expérimentés, ces troupes débarquèrent sur la côte du sud, et, grâce à leur tactique et à leur discipline militaire, elles eurent tout d'aljord l'avantage sur l'armée irrégulière des barons et des bourgeois confédérés. Les barons, craignant de perdre tout le fruit de leur précédente victoire, résolurent de se faire appuyer, comme faisait le roi Jean, par des secours venus de l'étranger : ils s'adressèrent au roi de France Philippe-Auguste, et offrirent de donner à son fils Louis la couronne d'Angleterre, pourvu qu'il vînt les trouver à la tête d'une bonne armée. Ce traité iii6 fut conclu; et le jeune Louis arriva en Angleterre

1, Cum tandem, rege Anglorum procurante, magnâtes Anglife h as litteras tam commonitorias quam coraminatorias accepissent, noluerunt desistere ab incœptis ; sed adhuc insurgentes, eum acriter infestabant, dicendo de papa illud propbeticum : Vge q\ii justificatis impium, etc. (Matth. Paris, Hist. Anglite major., p, 268.)

2. Venerunt enim ex partibus Pictaviœ et Vasconiœ viri nobiles et bellatores : Savaricus de INIaloleone, Gaufridus et Oliverins de Butevilla fratres, cum maximis militum et armatorum copiis... Venerunt igitur ex regionibus LovaniiB et Brabantiorum viri strenuissimi, Walterus Buck, Gerardus Sottini et Godeschallus, cum tribus armatorum et balistariorum legionibus. (Ibid.)

avec des forces suffisantes pour contre - balancer 1216 celles du roi Jean.

L'entière conformité de langage qui existait alors entre les Français et les barons anglo-normands devait diminuer pour ces derniers la défiance et Téloignement qu'inspire toujours un chef étranger; mais il n'en était pas de même pour la masse du peuple, qui, sous le rapport de l'idiome, n'avait pas plus d'affinité avec les Français qu'avec les Poitevins ou les Gascons. Cette dissonance, i ointe à l'esprit de jalousie qui ne tarda pas à éclater entre les Anglo- ■ Normands et leurs auxiliaires, rendit l'appui du roi de France plus préjudiciable qu'utile au parti des barons. Des germes de dissolution commençaient à se développer dans ce parti, lorsque le roi Jean mourut, chargé de la haine publique et d'un mépris que ressentaient à la fois tous les hommes nés dans le pays , sans distinction de race ni d'état. Aussi les historiens de l'époque, moines ou clercs séculiers, ne tiennent-ils aucun compte à Jean de son vasselage volontaire à l'égard du chef de l'Église; ils ne lui épargnent, dans le récit de sa vie, aucune épithète injurieuse; et, après avoir raconté sa mort, ils composent ou transcrivent des épitaphes du genre de celles-ci : « Qui est-ce qui pleure ou a pleuré la mort « du roi Jean ? — L'enfer, avec sa saleté, est sali par « l'âme de Jean * . »

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