Quis dolet aut doluit de régis morte Joliannis
(Script, rer. angtic.) Anglia sicut adhuc sordet fœtore Joliannis, Sordida fœdatur, fœdante Johanne, gehenna.
(Matth. Paris, Hisl. Ânglix major. ^ p. 288.)
Louis, fils de Philippe-Auguste, avait, d'après le vœu des barons, pris le titre de roi d'Angleterre; mais les Français qui étaient venus avec lui ne tardèrent pas à se conduire comme en pays conquis. A mesure qu'il y eut, de la part des Anglais, plus de résistance à leurs vexations, ils devinrent plus durs et plus avides ; et l'accusation si fatale au roi Jean se renouvela contre Louis de France; on disait qu'il avait formé le projet, d'accord avec son père, d'exterminer ou de bannir tous les riches d'Angleterre, et de les remplacer par des étrangers. Soulevés par l'intérêt national, tous les partis se réunirent alors en faveur du prince Henri, fils de Jean; et les Français, demeurés seuls, ou presque seuls, acceptèrent une capitulation qui leur accordait la vie sauve, à condition de s'embarquer sans délai.
La royauté d'Angleterre étant ainsi revenue aux mains d'un Anglo-Normand, la charte de Jean fut confirmée ; et une autre, dite des forêts, qui rendait le droit de chasse aux possesseurs de fiefs, fut accordée par Henri III aux hommes de naissance nor* mande. Mais le nouveau roi, fils d'une femme poitevine qui s'était remariée dans son pays, fit venir ou accueillit, après quelques années, ses frères utérins, et beaucoup d'autres qui vinrent, comme au temps du roi Jean> chercher fortune en Angleterre *. Les affections de parenté, et l'humeur agréable et
1. Temporibus quoque Sub eisdem, dominus rex diatim et non jam paulatim dilectionem hominum suomm amisit naturalium. Patrissans eiiim manifeste, omnes quos potuit attraxit alienigenas, et ditavit, et spretis ac spoliatis Anglicis, aliènes introduxit. (Matth. Paris, Hist. Angliœ major., p. 816.)
facile des nouveaux émigrés du Poitou, agirent sur 1217 Henri III comme sur son prédécesseur ; on vit encore «253 les grands offices de la cour et les dignités civiles, militaires et ecclésiastiques, prodigués à des hommes nés sur le continent. A la suite des Poitevins affluèrent les Provençaux , parce que le roi Henri avait épousé une fille du comte de Provence; et, après eux, des Savoyards et des Piémontais, parents éloignés, ou protégés de la reine, vinrent, attirés par l'espérance d'être enrichis et avancés. La plupart le furent, et l'alarme d'une nouvelle invasion d'étrangers se répandit d'une manière aussi vive, et souleva autant de passions que sous le règne précédent ^ On répétait les plaintes patriotiques des Saxons après la conquête ; on disait que, pour obtenir des honneurs et des revenus en Angleterre, il suffisait de n'être pas Anglais ^.
Un Poitevin, nommé Pierre Desroches, était le ministre favori et le confident du roi; et lorsqu'on s'adressait à lui pour réclamer l'observation de la charte de Jean et des lois d'Angleterre : « Je ne suis
1. Eo tempore, régis fatuitate et desidia in miiltis opprimebatur Anglia dominatione Pictavensium et Romanorum. Et prsecipue Eimeri Wintoniensis electi, Willielmi de Valentia, fratris régis uterini, et Pétri de Sabaiidia , avunculi reginae , qiii inciviliter tam religiosos regni tractabant quam alios sseculares. (Matth Paris., Hist. Angl. continuât. , p. 989.)
2. Pictavenses, provinciales et jain Hispani et Romani quotidie succrescentibus ditantur redditibus et repulsis Anglicis honoribus sublimantur, (Ibid., p. 911.) — Heu ! heu ! modo contemptis regni naturalibus, viris sanctis, litteratis et religiosis, intruduntur alieni, lionore quolibet indigni, litterarura et idioraatis anglicani peuitus ignari, confessionibus et prsedicationibus omnino inutiles, nec cornpositif nec moribus informati, pecuniœ extortores, animarum contemptores. (Matth. Paris. ^ Hist. Anglice major., p. 802.)
«•2»7 c( pas Anglais, répondait-il, pour connaître ces char- 1Q58 (( tes et ces lois ^ » La confédération des barons et des bourgeois se renouvela dans une assemblée tenue à Londres : les principaux habitants de la ville y jSrent serment de vouloir tout ce que voudraient les barons, et d'adhérer fermement à leurs statuts *. En même temps, la plupart des évêques, comtes, barons et chevaliers d'Angleterre, ayant tenu conseil à Oxford, se liguèrent ensemble pour l'exécution des chartes et l'expulsion des étrangers, par un traité solennel qui était rédigé en français et contenait les passages suivants : « Faisons savoir à toutes gens « que nous avons juré sur saints évangiles, et sommes a tenus ensemble par ce serment, et promettons en « bonne foi que chacun de nous et tous ensemble « nous entr'aiderons contre toutes gens, droit faisant « et rien prenant. Et, si aucun va encontre ce, nous « le tiendrons à ennemi mortel ^.. »
«258 Une chose bizarre, c'est que cette fois l'armée 1204 réunie pour détruire l'influence étrangère fut com-
1. Voyez les Essais de M. Guizot sur l histoire de France^ p. 422, et VHistoire d'Angleterre.
2. Solemnes nuncii ex parte universitatis regni Angliœ Londinum destinati, convocaverunt totius civitatis cives... et in aula quae Gildehall appellatur, sciscitabantiir si statutis baronum vellent fideliter obtemperave, et immutabiliter adhœrere, viriliter adversantibus resistendo, efficaciterque sibi subsidium inipendendo. Quod cum gratuiter omnes concessissent... (Mattli. Paris., Hist. Anglise major. p. 974.)
3. Amiales monast. burtoniensis, apud Rer, anglic. Script., p. 413, éd. Gale. — Ubi iterum renovato redivivo fœdere et juramento, conceptum propositum suum firmaverunt, iit nec pro morte, vita, vel tenementis, odio vel amore, quomodolibet flecterentur aut enervareiitnr, quiw regnum , in que sunt nati homines géniales et eorum progénitures^ ab ingenerosis et alienigenis emundarent et leges laudabiles reportarent. (Matth. Paris, Hist. Anglise major., ]). 971.)
CONCLUSION â77
mandée par un étranger, Simon de Montfort, Français de naissance et beau-frére du roi. Son père avait acquis une grande réputation militaire et d'immenses richesses à la croisade contre les Albigeois, et luimême ne manquait ni de talent ni d'habileté politique. Comme il arrive presque toujours aux hommes qui se jettent dans un parti d'où leur intérêt et leur situation semblaient naturellement les exclure, il déploya une activité fougueuse et une obstination invincible dans sa lutte contre les favoris de Henri III. Étranger à l'aristocratie an glo- normande, il paraît avoir eu beaucoup moins de répugnance qu'elle à fraterniser avec les hommes de descendance anglaise ; et ce fut lui qui , pour la première fois depuis la conquête, appela les bourgeois à délibérer sur les affaires publiques avec les évêques, les barons et les chevaliers d'Angleterre ^
La guerre commença donc encore une fois entre les hommes nés sur le sol anglais et les étrangers qui y occupaient des emplois et des seigneuries : les Poitevins et les Provençaux furent ceux dont on poursuivit l'expulsion avec le plus d'acharnement. C'était surtout contre les parents du roi et de la reine, comme Guillaume de Valence et Pierre de Savoie, que se dirigeait la haine de toutes les classes de la population^; car les Anglais de race, bourgeois
1. Voyez V Histoire des origines du gouvernement représentatif en Europe, par M. Guizot, t. II, p. 174.
2. In multis opprimebatuv Anglia dominatione Pictavensium et Romanorum et pmecipue Eimeri wintoniensis electi, Willielmi de Valentia fratris régis nterini, et Pétri de Sabaudia, avimculi reginœ, (Matth. Paris^ Hist. Angl. continuât., p. 989.)