En voici le refrain
Richard, tliali thou be e^er trichard, Trichen shalt thon never more.)
(Warton's Hislory of english potery, t. I, p. 47,
2. Jam totius regni prœstantiores viribus et nobilitaté pi'îepollentes fera omnes ad eos contluxerant. Ac deprjedationibiis et rapinis, suis quique provinciis, snper alienigenas misère debacchati sunt. (Matthei Westmouast.,, Flores historiar., p. 364.)
CONCLUSIOiN 279
suspect était convaincu de ne parler ni anglais ni nés anglo-normand, ou de prononcer ces deux langues avec l'accent du midi de la Gaule, on le maltraitait, on le dépouillait et on l'emprisonnait sans scrupule, qu'il fût chevalier, moine ou prêtre K Après avoir remporté plusieurs victoires sur le parti royal et fait le roi lui-même prisonnier, Simon de Montfort fut tué dans une bataille ; l'ancienne superstition patriotique du peuple anglais se réveilla en sa faveur. Comme ennemi des étrangers et, selon les paroles d'un contemporain, défenseur de la justice et soutien des pauvres, il fut honoré du même titre que la voix populaire avait décerné à Waltheof, le dernier des chefs saxons, victime de la haine des Normands ^. On proclamait Simon martyr comme autrefois Waltheof, et, chose plus bizarre, on comparait sa mort à celle de Thomas Beket ^ Le chef de l'armée des barons insurgés contre Henri III fut le dernier homme en faveur duquel se manifesta cette disposition à confondre ensemble les deux enthousiasmes de la
1. Nam quicumque Auglicum idioma loqui nesciret, vilipenderetur a vulgo^ et despectui haberetur, Unde contigit quod et niulti, tam religiosi quaui alii, uationis extraneae^ exeuntes per clandestinas fugae praesidium, mortis supplicium seu dispendiosum captivatiunis periculnm metuentes, fugerent e regno. (Mattliei Westmonast. Flores hiatoriar., p. 383.)
2. Sicque labores finivit suos vir ille magniticns Simon comes, qui non solum sua, sed se impendit pro oppressione pauperum,. assertione justitite et regni jure. (Matth. Paris., Hist. ÂngL conlinuat., p. 998.) — Voyez plus haut, livre V.
3. Quod non minus occiibuit Simon pro justa ratione legitimarum possessionum Anglias, quam Thomas pro légitima ratione ecclesiarum Angliœ olim occubuerat. {Chron. abbat. de Mailros, apud Btf, anylic. Scrt))t., t I, p. 238, éd. Gale.)
1265 religion et de la patrie, disposition particulière à la race anglaise, et que ne partageaient point les Anglo- Normands. Car, bien que Simon de Montfort eût fait beaucoup plus pour eux que pour les bourgeois et les serfs d'Angleterre, ils ne défendirent pas le renom de sainteté que ces derniers lui attribuaient, et laissèrent les pauvres gens et les femmes de village visiter seuls le tombeau du nouveau martyr pour en obtenir des miracles*. Ces miracles ne manquèrent pas, et il y en a plusieurs légendes; mais le peu d'encouragement donné par l'aristocratie à la superstition populaire les fit bientôt tomber dans l'oublia «265 Malgré l'estime que, durant sa vie, Simon de Mont- »38i fort avait témoignée aux hommes d'origine saxonne, une distance énorme continua d'exister entre eux et les fils des Normands. Un homme qui fut, pour ainsi dire, le chapelain en chef de l'armée des barons, Robert Grosse-Téte, évêque de Lincoln, l'un des plus ardents promoteurs de la guerre civile, ne comptait en Angleterre que deux langages, le latin pour les gens lettrés, et le français pour les ignorants ^ ; c'est
1. Propter justissimam causam iiidi2:enavum Angliœ quam manu snsceperat defendendam, adiré tuniulum ejus... (Chron. abbat. de Mail, roo, apud Rer. ai\glic. Script., t. I, p. 238.)
2. Sed nuniquid.., Deus dereliquit Simonem sine miraeulis? Non; et idcirco deducamus... miracula divinitus per Ipsum facta. (Ibid., p. 232, éd. Gale.) — Fama fert quod Simon post movtem multis claruit miraeulis quœ propter metum regum in publicum non prodierunt. (Matth. Paris. ^ IJist. Angl. cotitinuat., p. 998.)
3. Beato Roberto dietum Grossum Caput, Lincolniensi episcopo, adhœrere satagebat (Simon de Monte Forti)... Qui quidem episcopxis dicitur injunxisse sibi in reniissionem peccatorum, ut hanc causam, pro qua certavit usque ad mortem, sumeret. (Ibid.)
dans cette langue qu'il écrivit sur ses vieux jours 1205 des livres de piété à l'usage des laïques, négligeant '38i la langue anglaise et ceux qui la parlaient ^ Les poètes de la même époque , même Anglais de naissance, composaient leurs vers en français, lorsqu'ils désiraient en tirer honneur et profit. Il n'y avait que les chanteurs de ballades et de romances pour les bourgeois et les paysans qui fissent usage de l'anglais pur ou du langage mêlé de français et d'anglais, qui était le moyen habituel de communication entre les hautes et les basses classes.
Cet idiome intermédiaire, dont la formation graduelle fut un résultat nécessaire de la conquête, eut d'abord cours dans les villes où la population des deux races était plus mêlée et où l'inégalité des conditions était moins grande que dans les campagnes. Il y remplaça insensiblement la langue saxonne, qui, n'étant plus parlée que par la partie de la nation la plus pauvre et la plus grossière, tomba autant audessous du nouvel idiome anglo-normand que celui-ci était au-dessous du français, langage de la cour, du baronnage et de quiconque prétendait au bon ton et aux belles manières ^. Les riches bourgeois des grandes villes, et surtout ceux de Londres, cherchaient, en francisant leur langage d'une manière plus ou moins adroite, à imiter les nobles ou à se rapprocher d'eux par intérêt ou par vanité ; ils prirent ainsi de bonne heure l'habitude de se saluer entre eux par le
1. Mémoires de la Société des Antiquaires de Londres, t. XIII, p. 248.
2. L'Oraison dominicale, sous le règne de Henri III, ne contenait pas encore un seul mot normand.
1265 nom de sire et même de s'intituler barons comme les
1381 châtelains du plat pays. Les citoyens de Douvres, Romney, Sandwich, Hithe et Hastings, villes de grand commerce, et qu'on appelait alors par excellence les cinq ports d'Angleterre S s'arrogèrent, à l'imitation de ceux de Londres, le titre de la noblesse normande, le prenant en commun dans leurs actes municipaux, et individuellement dans leurs relations privées. Mais les vrais barons normands trouvaient cette prétention outrecuidente : « C'est à faire vomir, disaient-ils, que d'entendre un vilain se qualifier de baron-. » Lorsque les jeunes gens de Londres s'avisaient de faire entre eux une joute à cheval dans quelque prairie voisine du palais de Westminster, les pages du roi et des seigneurs de sa suite venaient les assaillir en leur criant que les expertises d'armes n'étaient pas faites pour des vilains, des savonniers et des fariniers comme eux '.
Malgré cette indignation des fils des conquérants contre le mouvement irrésistible qui tendait à rapprocher d'eux la partie la plus riche de la population vaincue, ce mouvement se manifesta d'une manière
1. On dit encore aujourd'hui, eu anglais, tlie cinqite poi ts.
2 Illi rustici loudinenses qui se barones appellant usque ad nauseam. (Matth. Paris, Hist. Angliœ major., p. 749.) — Talliautur cives londinenses, quos barones consuevimus appellare, quasi servi ultimaî couditionis. (Matth. Westmonast., apud Ducange, verbo Barones.)
3. Juvenes londinenses... ad stadium quod Quinteua vnlgariter dicitur, vires proprias et equorum cursus sunt experti. Quidam autem aditui et tyrones de familia régis... super hoc indignantes, conviciabantur eisdem, vocantesque rusticos furfnreos ipsos et saponarios. se eis opposuerunt in certamiue. (Matth. Paris, Hist. Anglix major. p. 863.)
sensible, durant le quatorzième siècle, dans les villes i^es auxquelles les chartes royales avaient accordé le *38i droit de remplacer par des magistrats électifs les vicomtes et les baillis seigneuriaux. Dans ces villes, qu'on appelait cités incorporées, les membres de la bourgeoisie , forts de leur organisation municipale, parvinrent à se faire respecter beaucoup plus que les habitants des petites villes et des hameaux, qui demeuraient immédiatement soumis à l'autorité royale ; mais il s'écoula encore un long temps avant que cette autorité eût, pour les bourgeois pris individuellement, la même considération et les mêmes égards que pour le corps dont ils étaient membres. Les magistrats de la cité de Londres, sous le règne d'Edouard III, admis à prendre place dans les festins royaux, avaient déjà part à ce respect pour les autorités établies par lequel se distinguait la race anglonormande ; mais le même roi qui^ avait fait manger à la troisième table , après la sienne, le maire et les aldermen, traitait presque en serf de la conquête tout citoyen de Londres qui , n'étant ni chevalier ni écuyer, exerçait un métier ou un art quelconque.
Si, par exemple , il prenait envie à ce roi d'embellir son palais ou de se signaler par la décoration d'une église, au lieu de faire engager les meilleurs peintres de la ville à venir travailler pour un salaire convenu, il adressait à son maître architecte une commission dans les termes suivants : « Sachez que « nous avons chargé notre amé Guillaume de Wal- « singham de prendre dans notre ville de Londres « autant de peintres qu'il en sera besoin, et de les « mettre à l'ouvrage à nos gages, et de les y faire
1265 « rester tant que besoin sera ; s'il en trouve quel- 1381 « qu'un de rebelle, il les arrêtera et tiendra dans « nos prisons pour y demeurer jusqu'à ce qu'il en « soit ordonné autrement K » Quand le menie roi voulait se procurer le plaisir d'entendre jouer des instruments et chanter des ballades après son repas, il chargeait semblablement les huissiers de son hôtel de prendre, tant dans la banlieue de Londres qu'au dehors, tel nombre de jeunes gens de figure agréable, chantant bien et bons ménétriers'-. Enfin, au moment de partir pour les guerres de France, lorsqu'il s'agissait de réparer les machines de guerre ou d'en construire de nouvelles, le roi Edouard taxait son maître ingénieur à douze cents boulets de pierre pour ses engins, l'autorisant à prendre, partout où il en trouverait, des tailleurs de pierre et d'autres ouvriers, pour les mettre à l'ouvrage dans les carrières, sous peine d'emprisonnement '.
Telle était encore, à la fin du quatorzième siècle, la condition de ceux que plusieurs écrivains du temps appellent les villains de Londres '' ; et quant aux vilains de la campagne, que les Normands, francisant
1, Sciatis quod assignavimus... ad tôt pictoves in civitate nostra LondoniîP... capiendum... et ad omnes illos, quos iu liac parte coiitranos invenerit vel rebelles, arestandum... (Rynier, Fœdera, conventiones, Utterse, t. III, pars II, p. 79, éd. de La Haye.) — Ibid., pars \, p. 52, et pars III, p. 196.
2. Ad quosdam pueros beue cantantes et membris élégantes et in arte ministrali instructos ubicumque invenire poterit capiendum. (Ibid.)
3, Et ad latomos, ad quarrerarios et omnes alios operarios capiendum et in qnarreriis prîçdictis ponendum. (Ibid, pars II, p. 156.)