IV
1381 comtes et les barons, le parlaient, et c'était le langage 1450 que les enfants des noiDles apprenaient au sortir du berceau*. Conservé depuis trois siècles et demi au milieu d'un peuple qui parlait une autre langue, ce langage de l'aristocratie anglaise était resté en arrière- des progrès faits, à la même époque, par le français du continent. Il avait quelque chose d'antique et d'incorrect; on y employait certaines locutions propres au dialecte provincial de Normandie, et la manière de l'articuler, autant qu'on peut en juger par l'orthographe des anciens actes, était fort ressemblante à ce qu'est aujourd'hui l'accent basnormand. De plus, cet accent, porté en Angleterre, s'y était empreint à la longue d'une certaine couleur de prononciation saxonne. Le parler des Anglo- Normands différait de celui de Normandie par une articulation plus forte de certaines syllabes, et surtout des consonnes finales.
Une cause de déclin rapide pour la langue et surtout pour la poésie française en Angleterre , fut la séparation totale de ce pays et de la Normandie par la conquête de Philippe-Auguste. L'émigration des littérateurs et des poëtes de la langue d'oui à la cour des rois anglo-normands devint, depuis cet événement, moins facile et moins fréquente. N'étant plus
\, Filii nobijium ab ipsis cunabulorum crepundiis ad gallicum idioina informantur. (Radulph, Hygden., Pohjchron, apud Rer. anglic. Script., p. 210, éd. Gale.)