‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 2)Chapitre 3 sur 214 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

écujer d'outre-mer, cantonné dans l'enceinte du pal, un avait pris grand soin de bien fortifier son domaine : lA: tous avaient des châteaux, grands ou petits, selon leur grade et leur richesse. La dernière classe de l'armée conquérante, et en particulier les Anglais, soit soldats, soit travailleurs, soit marchands, Jiabitaient en masse dans des camps retranchés autour des châteaux de leurs chefs, ou dans les villes que les indigènes avaient en partie abandonnées. La langue anglaise était parlée dans les rues et les marchés de ces villes, et le français dans les donjons nouvellement bâtis par les seigneurs de la conquête. Tous les noms de ces chefs que l'histoire a conservés sont français, comme Raymond de Caen, Guillaume Ferrand, Guillaume Maquerel, Robert Digarre, Henri Bluet, Jean de Courcj, Hugues le Petit, et la nombreuse famille des fils de Gérauld, qu'on appelait aussi Gérauldins ^ Ainsi, les Anglais de race venus en Irlande à la suite des Anglo-Normands se trouvaient placés dans une condition moyenne entre ces derniers et les indigènes, et leur langue, la plus méprisée dans leur propre pays, tenait dans l'île d'Érin un rang intermédiaire entre celle du nouveau gouvernement et l'idiome gallique des vaincus.

Ce qui restait de la population irlandaise dans l'enceinte du pal, ou du territoire anglo-normand , fut bientôt confondu sous la même servitude, et il n'y eut plus de distinction entre l'ami des étrangers et l'homme qui leur avait résisté; tout devint égal aux

1. Hanmer's Chron. of Ireland, p. 136 et passim. — Campion's History of Ireland^ p. 65. — Harris's Hibermca, part. II, p. 212. Dublin, 1770.

1173 yeux des conquérants dès qu'ils n'eurent plus besoin in7 de personne. Dans le royaume de Linster, aussi bien qu'ailleurs, on ne laissa aux habitants , en terres et en propriétés, que ce qui ne valait pas la peine d'être pris. Ceux qui avaient appelé les Normands et combattu avec eux se repentirent et s'insurgèrent * ; mais manquant d'organisation, ils ne soutinrent pas leur révolte, et les étrangers les accusèrent d'inconstance et de perfidie. Ces reproches intéressés ont passé dans l'histoire contemporaine , qui en charge avec profusion tous les hommes de race irlandaise ^.

1177 Vers l'année 1177, les gens de Connaught et d'Ulster , non contents de défendre l'entrée de leur propre pays, résolurent de tenter l'affranchissement de tout le territoire envahi. Ils s'avancèrent jusqu'à Dublin; mais, comme ils étaient peu habiles dans l'art des sièges , ils ne réussirent point à s'emparer de cette ville, nouvellement fortifiée, et furent ainsi arrêtés dans leur marche'. Alors les Normands, pour les obliger à la retraite par une division puissante, entrèrent en Ulster, sous la conduite de Jean de Courcy. Cette manœuvre contraignit le roi de Connaught à quitter la contrée du sud-est et à se porter

1. Interfectis quibusdam Auglicis qui inter eos habitationem elegerant, et quorum magna pars in eorum exercitu fuerat. (Chron. Walter Hemingford., apud Rer. anglic. Script., t. II, p. 502, éd. Gale.)

2. Est etenim gens hase gens inconstans, gens varia, gens versipeUis et versuta : gens soLa in instabilitate stabilis, sola in intidelitate fidelis. (Girald. Cambrens. Topographia Hiberniae, apud Camden, Anglica, Hibernica, etc., p. 742.)

3. Ibid., p. 792 et seq. — Haumer's Chron. of Ireland, p. 140.

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