LIVRE XI
« le passage. Mais les clercs et les chevaliers pource ront jouer jusqu'à perdre vingt sous en un jour et « une nuit; et les rois joueront selon leur bon plaisir*.
(( En la compagnie ou sur le vaisseau des rois, et « avec leur permission, les sergents d'armes royaux « pourront jouer jusqu à vingt sous et pareillement a en la compagnie des archevêques, évêques, comtes « et barons , et avec leur permission, leurs sergents « pourront jouer la même somme ^.
« Mais, si l'on prend à jouer, de leur autorité pri- (( vée, des sergents d'armes, des travailleurs ou des « matelots, les premiers passeront aux verges, duce rant trois jours, une fois par jour, et les derniers (( seront plongés trois fois en mer du haut du grand ce mât ^ »
Dieu bénit, disent les historiens du temps, le saint pèlerinage de ces pieux et sages rois. Philippe arriva le premier devant la ville de Ptolémaïs ou Saint- Jean-d'Acre, alors assiégée par les chrétiens que Salah-Eddin avait chassés de Jérusalem et de la Palestine ; Richard l'y joignit après un assez long retard, durant lequel il avait conquis l'ile de Chypre sur un prince de la race des Comnènes. Dès que les deux rois furent réunis, le siège d'Acre avança rapidement; leurs pierriers, leurs mangonneaux et
1. Exceptis militibus et clericis qui... reges autem pro beneplacito si;o ludent. (Roger, de Hoved. Annal., pars posterior, apud Rer. anglic. Script., p. 675, éd. Savile.)
2. Et in liospitio duorutn regum possunt... usqi;e ad xx solidos ludere. Et coram archiepiscopis et comitibus et baronibus. (Ibid.)
3. Si autera servientes aut marinarii aut alii niinistri per se inventi fuerint ludentes... (Ibid.)
1191 leurs trébiichets battirent si bien les murs, que la brèche fut ouverte en peu de jours, et la garnison obligée de capitulera Cette victoire, qui produisit chez les chrétiens d'Orient le plus vif enthousiasme, n'assura point cependant la concorde parmi les princes croisés. Malgré le serment prêté par les deux rois sur l'Évangile, eux et leurs soldats se haïssaient, s'injuriaient et se calomniaient mutuellement^.
La plupart des chefs de l'armée, quels que fussent leur rang et leur pays, étaient divisés par des rivalités d'ambition, d'avarice ou d'orgueil. Le jour de la prise d'Acre, le roi d'Angleterre, trouvant la bannière du duc d'Autriche arborée sur les murs à côté de la sienne, la fit aussitôt enlever, déchirer et jeter dans une fosse d'ordures ^. Peu de temps après, le marquis de Montferrat, qui disputait à Gui de Lusignan le vain titre de roi de Jérusalem, fut assassiné à Tjr par deux Arabes fanatiques , et ce fut le roi d'Angleterre qu'on accusa de les avoir soudoyés. Enfin, au bout de quelques mois, le roi de France, tombé malade, crut ou feignit de croire qu'il venait d'être empoisonné par quelque agent secret du roi d'Angleterre *. Scus ce prétexte , il abandonna l'en-
1. Petrariae, maugonelli. (Radulpb. Coggeshalïe abbat. Chron., apud Script, rer. gallic. et fraude.^ t. XVIII^ p. 64.)
2. Rex Francia; et gens sua parvi pendebant regem Angliae et gentera suam, et e con verso... (Roger, de Hoved. Annal., pars posterior, apud Rer. anglic. Script.^ p. 694, éd. Savile.)
3. In cloacam profundam... dejecit. (Rigordus, apud Script, rer. gallic. et francic, t. XVII, p. 36.)
4. Chron. Joban. Bromton,apud ///sf . anglic. Script., 1. 1, col. 1243, el. Selden.