LIVRE XI
vilain avec le seigneur. Contre l'ordinaire, les barons "9» et les prélats firent bon accueil aux bourgeois, et une sorte de fraternité passagère parut, malgré les différences de conditions sociales, entre les Normands et les Saxons. Ces derniers comprirent ce qu'ils purent des discours prononcés devant eux en langue française, et, le débat fini, on lut une prétendue lettre du roi, datée de Messine, laquelle portait que, si le chancelier se conduisait mal dans son office, on pourrait le déposer et mettre à sa place l'archevêque de Rouen K Après cette lecture, on prit les voix de toute l'assemblée , sans distinction de race , et les hérauts normands proclamèrent « qu'il avait plu à 0 Jean, comte de Mortain, frère du roi, à tous les « évêques, comtes et barons du royaume, et aux cice toyens de Londres , que le chancelier Guillaume « de Longchamp fût destitué de son office^. »
Pendant que ces choses avaient lieu dans l'église de Saint-Paul, le chancelier se tenait enfermé dans la Tour de Londres ; il aurait pu y soutenir un siège ; mais, abandonnant tout projet de se défendre, il ofi'rit de capituler. La libre sortie lui fut accordée , sous condition de remettre à l'archevêque de Rouen, son successeur, les clefs de tous les châteaux du roi^ On lui fit jurer de ne point sortir d'Angleterre avant
1. Ostenderunt coram populo litteras domiiii régis sigillatas. (Roger, de Hoved. Annal., pars posterior, apud Fier, anglic. Script., p. 702, éd. Savile.)
2. Placuit ergo Johanni^, fratri régis, et omnibus episcopis, et comitibus et baronibus regni, et civibus Londoniarum quod cancellarius deponeretur. (Ibid.)