‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 2)Chapitre 86 sur 214 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

« trouvé un chanteur... Si jamais je vous fis quelque nss « serment, ce fut folie de ma part *. Je ne suis point «i^e « roi couronné, ni homme de si grande richesse que « vous ; mais, grâce à Dieu, je puis tenir ferme avec « les miens entre le Puy et Aubusson, et je ne suis « ni serf ni juif 2. »

Ce dernier trait épigrammatique semble faire allusion au massacre et à la spoliation des juifs qui avaient eu lieu en Angleterre au commencement du règne de Richard ^ et peut-être aussi à la misérable situation des indigènes de ce pays. Quelque imparfait que fût rétat de la société au douzième siècle, dans les provinces méridionales de la Gaule , il j avait une énorme distance entre ce régime et celui de l'Angleterre gouvernée par des étrangers. La différence des langues s'ajoutant à celle des conditionSj l'orgueil du noble d'autant plus grand qu'il

i, ReiSj pus vos de mi chantatzj

ïrobat avetz chantador,

Auc no fuy vostre juratz E connoissi ma folor.

(Raynouard, Choijc des poésies des troubadours^ t. V, p. 256 et 257.)

2, Qu'ieu no soy reis coronatz

Ni hom de tan gran ricor ;

Pero Die us m'a fag t..n bon Qu'entr'el Puey et Albusson Puese remaner entr'els mieus^ Qu'ieu no soi sers ni Juzieus.

(Ibid.)

3. Roger, delîoved. Annal., pars posterior, apud Rer, anglic. Script., p. 657, éd. Savile.

n95 avait moins de moyens d'entrer en relation morale '193 avec ses inférieurs, cette insolence normande qui, selon d'anciens vers, croissait avec les années*, et l'inimitié de race encore vive dans le cœur des Anglais, tout cela donnait au pays un aspect à peu près semblable à celui de la Grèce sous la domination des Turks. On voyait des familles saxonnes qui, par un vœu perpétuel, s'étaient obligées, de père en iîls, à porter leur barbe longue , comme un souvenir de l'ancienne patrie et un signe de dédain pour les usages introduits par la conquête*. Mais ces familles ne pouvaient rien ; et les fils des vainqueurs, ne les craignant pas, leur permettaient d'étaler en paix la marque de leur descendance et l'inutile orgueil d'un temps qui ne pouvait plus revenir.

UC6 En l'année 1196, lorsque le roi Richard était occupé à guerroyer contre le roi de France et que ses officiers levaient de l'argent pour les frais de ses campagnes et pour le payement du reste de sa rançon, la ville de Londres fut requise de payer un taillage extraordinaire ^ Le chancelier du roi en adressa la demande aux chefs de la bourgeoisie, que, par une bizarre association des deux langues parlées en Angleterre, on appelait moire et alderman *. Ceux-ci

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