LIVRE XI
tionnaires normands, qui, réunissant à Londres, en tm parlement, les évêques, les comtes et les barons des provinces voisines, citèrent l'orateur du peuple à comparaître devant cette assemblée K
William se rendit à la sommation, escorté d'une grande multitude qui le suivait en l'appelant sauveur et roi des pauvres'^. Ce signe non équivoque d'une immense popularité intimida les barons du parlement; usant d'adresse, ils ajournèrent l'accusation à une prochaine séance qui n'eut point lieu, et s'occupèrent dès lors à travailler l'esprit du peuple au moyen d'émissaires adroits ^. De fausses promesses et de fausses alarmes , répandues tour à tour et à propos, calmèrent l'effervescence publique, et découragèrent les partisans de l'insurrection. L'arche vêque de Canterbury et les autres justiciers convoquèrent eux-mêmes plusieurs assemblées des petits bourgeois de Londres, et leur parlant tantôt du be soin de conserver l'ordre et la paix, tantôt de la puissance qu'avait le roi pour écraser les séditieux, ils réussirent à semer le doute et l'hésitation parmi les conjurés ^. Saisissant cet instant de mollesse et d'incertitude, toujours fatal aux partis populaires, ils
1. De consilio procerum, evocavit eum (justitiarius) satisfacturum de objectis. (Guilielm. Xeubrig. de Reb. anglic., p. c63, éd. Hearne.)
2. Qui opportune affuit turbis ita vallatus... regem vel salvatorem pauperum.., (Ibid.)
3. Ut evocator ejus territus mollius ageret, et pro declinando periculo caute judicium protelaret. (Ibid.)
4. Publiée et privatim londonienses cives alloquens pro fidelitate régis, pi'o pace conservanda. {Chron. Gervas. Cantuar., apud Hist. anijlic. Script., t. II, col. 1591, éd. Selden.)
ii£6 exigèrent, comme otages et garants de la tranquillité publique, les enfants d'un grand nombre de familles de la moyenne et de la dernière classe K Les bourgeois n'eurent pas assez de résolution pour résister à cette demande ; et la cause du pouvoir fut gagnée, dès que les otages, conduits hors de Londres, furent emprisonnés dans différentes forteresses^.
Malgré la puissance que leur donnait l'inquiétude qui régnait à Londres sur le sort des otages, les justiciers n'osèrent pas encore faire arrêter publiquement l'homme pour la perte duquel tant de précautions avaient été prises. Ils résolurent d'épier le moment où William se trouverait, hors de chez lui, seul ou accompagné de peu de monde ; deux riches bourgeois, probablement de race normande, et dont l'un s'appelait Geoffroy, se chargèrent par zèle de cet espionnage^. Suivis de gens armés, ils observèrent durant plusieurs jours toutes les démarches de l'homme à la longue barbe ; et une fois qu'il se promenait tranquillement avec neuf de ses amis, les deux bourgeois l'abordèrent d'un air indifférent; puis tout à coup celui qui se nommait Geoffroy porta la main sur lui en donnant le signal aux hommes
1. Multorum mediae manus hominura filii... datisunt in obsidatum. (Raduli. de Diceto Imag. hislor., apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 691, éd. Selden.)
2; In diversis per patriam munitionibus carcevali cnstodise mancipandi. (Ibid.)
3. Explorato igitur per duos cives nobiles tempore quo inveniri posset sine turbis... (Guilielm. Neubrig. de Reb. anglic, p. 573, éd. Hearne. ) — Roger, de Hoved. Annal, pars posterior, apud Her. anglic. Script., p. 765, ed Savile.