LIVRE XI i
qui remplirent bientôt la tour, obligèrent les assiégés n96 de descendre à demi suffoqués '. Ils furent tous pris, et, pendant qu'on les emmenait garrottés, le fils de ce Geoffroy, que William avait tué dans sa fuite, vint à lui, et d'un coup de couteau lui fendit le ventre^. Tout blessé qu'il était, on le lia à la queue d'un cheval, et on le traîna ainsi par les rues jusqu'à la ' Tour de Londres, où il comparut devant l'archevêque, et, sans information ni débat, reçut sa sentence de mort. Le même cheval le traîna de la même manière au lieu du supplice ^ Il fut pendu avec ses neuf compagnons; « et c'est ainsi, dit un vieil histo- « rien, que périt William Longue-Barbe, pour avoir « embrassé la défense des pauvres et de la vérité ^ : « si la cause fait le martyr, nul mieux que lui, et à c( plus juste titre, ne peut être appelé martyr ^ »
Cette opinion ne fut pas celle d'un seul homme, mais de tout le peuple de Londres , qui , n'ayant pas eu l'énergie de sauver son défenseur, le pleura du moins après sa mort, et traita d'assassins les juges
igné magnam ecclesise partem combusserunt. (Matth. Paris^ t. I^ p. 181.)
1. Coactus est... Wilhelmus a turri descendere, calore et fumo pêne suffocatus. (Ibid.)
2. Cultro illi ventrem disseciiit. (Guilielm. Neubrig. de Reb. anglic, p 564, éd. Hearne.)
3. Ad caudam equi trahitur ad turrim londoniensem. (Matth. Paris, t. I, p. 181.) Archiepiscopo prœsentatiis. {Chron. Gervas. Cantuar., apud /fesf. angfitc.Scnpt., col. 1591^ éd. Selden.)
4. Suspensi autera sunt cum eo novera ejus vieini vel de ejus familia, et sic Willelmus dictus Bai*batus... pro assertione veritatis et pro causa pauperum tuenda... (Matth. Paris, t. I, p. 181.)
5. Cuai constet causani martyrera facere, inter martyres videtur merito computandus. (Ibid.)
i!!)6 qui l'avaient fait mourir*. Le gibet auquel il avait été suspendu fut enlevé de nuit comme une relique, et ceux qui ne purent se procurer quelques parcelles du bois grattèrent la terre qui en avait touché le pied^ Tant de gens vinrent chercher de cette terre qu'en peu de temps il se forma une fosse profonde au lieu de l'exécution ^ On s'y rendait, non-seulement du voisinage, mais de tous les coins de l'Angleterre, et aucun Anglais de race ne manquait à cette espèce de pèlerinage patriotique quand il venait à Londres pour ses affaires ou son négoce *.
Bientôt l'imagination populaire attribua le don des miracles à ce nouveau martyr de la résistance à la domination étrangère; ses miracles furent prêches, comme autrefois ceux de Waltheof, par un prêtre d'origine saxonne ^ mais le nouveau prédicateur eut le même sort que l'ancien; et il ne fut pas moins dangereux alors de croire à la sainteté de l'homme à la longue barbe, que cent vingt années auparavant à celle du dernier chef anglo-saxon ^ Le
1. Extinctum planxere veliementer. . . regni provisorem tanquam homicidam lacérantes. (Guilielm. Neubrig. de Reb. anglic, p. 564, ed, Hearne.)
2. Patibulum quo suspensns fr.erat, de loco supplicii furto nocturno sublatum est, terra quoque supposita... veliiti aliquod sacrum. (Ibid., p. 565.)
3. Usque ad fossam non modicam • per minutias... est abrasa, (Ibid., p. 564.)
4. Qui forte ex diversis Anglia; provinciis, pro proprJis negotiis Lundonias adventassent. (Ibid.)
5. Subito divulgatum est... "Willielmura novum martyrem novis clarescere iniraculis. {Chron. Gervas. Cautuar., apud Hist. anglic. Script., col. 159l, ed. Selden.)