‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 1 sur 155 · AVERTISSEMENT DES EDITEURS · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DES EDITEURS

M. Augustin Thierry, publiant en 18301a troisième édition de son Histoire de la conquête de l'Angleterre par les yormanis, s'exprim;\it ainsi dans un avertissement préliminaire :

« Après un intervalle de quatre années, je me suis cru en étal de ju- « ger avec liberté d'esprit ces pages écrites dans un temps déjà éloigné, « et d'exercer envers moi-même toutes les sévérités de la critique. J'ai (( soumis à une révision lente et consciencieuse l'ensemble et les détails, (( la composition et le style. J'ai souvent ajouté, souvent retranché, et « fait de nombreuses corrections, soit pour donner plus de lelief aux « circonstances du récit, soit pour rendre le langage plus net et plus « coulant. Je me flatte d'avoir lait complètement disparaître ce qui lec. nait à des préoccupations de jeunesse, ce qu'il y avait dans certains " passages d'un peu hasardé quant aux vues, ou d'un peu acerbe quant (I h l'expre-ision. »

M. Thierry se flattait alors d'avoir fixé pour toujours la rédaction du grand ouvrage de sa jeunesse, son plus beau titre peut-être devant la postérité : il se trompait. Son esprit amoureux de la perfection du style, son âme travaillée par le besoin de la vérité, ne pouvaient ainsi s'arrêter en chemin : les éditions subséquentes témoignèrent de son inquiète sollicitude pour l'amélioration de son œuvre. Entin, vers l'année 1852, vingt-deux ans après avoir écrit ces lignes, et dans toute la maturité de son génie, il entreprit de soumettre VHistoire de la conqnrfc de l'Angleterre par les yonnands h une nouvelle révision et même ;\ la rolontc de plusieurs parties importantes. Ce travail absorba, pendant les (piatri" dernières années de sa vie, les heures de repos que lui laissait ruoorela

Il AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS.

souffrance. Quand la mort \int l'enlever à l'admiration du monde savant et à l'affection de ses amis, ce travail était presque terminé.

Tous ceux qui ont eu le bonheur d'approcher M. Thierry durant ces quatre années savent quel intérêt il attachait à la publication de ces corrections, expression suprême de sa pensée et de son talent. Il avait pourvu, par un acte de dernière volonté, à ce que cette publication se fît après lui telle qu'il l'aurait faite lui-même, si Dieu lui en avait accordé le temps. Son testament, en date du 19 décembre 18oo^ renferme, en effet, les dispositions suivantes :

(( Je prie mon frère de donner tous ses soins aux éditions ultérieures « de mes œuvres... Présentement, je le charge de réunir toutes les cor- (( rections que j'ai faites, pour ma nouvelle édition, sur des volumes « préparés h cet effet, et de remettre ces corrections à MM. Furne et C% « à qui elles appartiennent. Pour fixer le texte définitif, je le prie de u s'entendre avec M. Henri Martin, mon exécuteur testamentaire.

« A défaut de mon frère, je charge des mêmes soins et avec le même « concours, ses deux fils. Gilbert et Jacques Thierry, ou l'un des deux. »

En vertu de cette délégation, sacrée pour nous, nous avons dirigé la présente publication. Pour plus de sûreté, nous nous sommes associé M. J. Wallon, qu'une longue pratique des travaux de M. Augustin Thierry et un attachement dévoué à sa personne désignaient naturellement à notre choix. Répondant à notre appel, il a bien voulu continuer avec nous les soins qu'il donnait déjà, du vivant de M. Thierry, aux volumes en cours d'impression ; et sa sollicitude éclairée nous a été d'un grand secours pour l'accomplissement de la mission dont nous nous trouvions chargés.

Ainsi que nous venons de le dire, les corrections de l'Histoire de la conquête touchaient à leur fin quand cette douloureuse mission commença : elles embrassaient presque tout l'ouvrage. Beaucoup ne présentent que des retouches de style, mais quelques-unes sont graves et équivalent à une refonte du texte, surtout dans les premiers livres. Le dixième a reçu un développement considérable par le tableau détaillé des vicissitudes qu'éprouva l'Église d'Irlande du ix^ au xii° siècle. Ce morceau, d'un intérêt saisissant, occupait M. Thierry dans ses derniers jours ; il y essayait même quelques variantes de phrases, au moment oii la mort le frappa : c'était le chant du cygne.

Il est un point sur lequel tout récemment encore s'est portée la controverse des savants, et que M. Thierry n'a point touché dans ses correc-

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