‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 125 sur 155 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

ou vicomtes qui fiouvernaicnt les villes, et armés, soit pour le père, ^oit pour les lils.

Henri II était alors en Normandie, et presque chaque jour s'enluyait d'auprès de lui quelqu'un de ses courtisans les plus intimes, de ceux qu'il avait nourris ;\ sa table, à qui il avait donné de ses propres mains le baudrier de chevalerie. «C'était pour lui, dit un contemporain, le « comble de la douleur et du désespoir, de voir passer l'un après l'autre « à ses ennemis les gardes de sa chambre, ceux à qui il avait conlié sa « personne et sa vie; car presque chaque nuit il en partait quehju'un a dont on découvrait l'absence à l'appel du matin, n Danî; cet abandon, et au milieu des dangers qu'il présageait, le roi montrait une sorte de tranquillité apparente. Il se livrait ù la chasse plus vivement que de coutume; il était gai et allable envers les compagnons qui lui restaient, et répondait avec douceur aux demandes de ceux qui, profitant de sa position critique, exigeaient pour leur fidélité des salaires exorbitants. Son plus grand espoir était dans l'appui des étrangers. Il envoya au loin solliciter le secours des rois qui avaient des fils. Il écrivit à Rome pour demander au pape l'excommunication de ses ennemis; et afin d'obtenir dans cette cour un crédit supérieur à celui de ses adversaires, il lit au siège apostolique cet aveu de vasselage que Guillaume le Conquérant avait jadis refusé avec tant de hauteur. Sa lettre au pape Alexandre III renlcrmait les phrases suivantes :

« Vous que Dieu a élevé à la sublimité des fonctions pastorales, pour « donner î\ son peuple la science du salut ; quoique absent de corps, « présent d'esprit, je me jette à vos genoux. A votre juridiction appar- « tient le royaume d'Angleterre, et moi je suis tenu et lié envers vous « par toutes les obligations que la loi impose aux feudataires; que « l'Angleterre éprouve donc ce que peut le pontife romain, et si vous « n'employez les armes matérielles, défendez au moins avec le glaive « spirituel le patrimoine du bienheureux Pierre. »

Le pape fit droit à cette demande en ratifiant les sentences d'excommunication que les évoques fidèles au roi avaient lancées contre les partisans de ses fils. Il envoya de plus un légat spécial chargé de rétablir la paix domestique, et d'avoir soin que cette paix, quelles qu'en fussent les conditions, produisit quelque nouvel avantage aux princes de l'église romaine.

Cependant, d'un côté le roi de France et Henri le Jeune, de l'autre les comlcs de Flandre et de Bretagne, passèrent en armes la frontière de Normandie. Le second fils du roi d'Angleterre, Richard, s'était rendu en Poitou ; la plupart des barons de ce pays se soulevèrent pour sa cause, plutôt par haine du père que par amour des fils. Ceux qui, en Bretagne, quehiues années auparavant, avaient foru)é une ligue nationale, renouèrent leur contétiéralidn, et s'armèrent en apparence pour

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le comte Gcoffro), mais en réalité pour lem' propre indépendance. Attaqué ainsi sur plusieurs points, le roi d'Angleterre n'avait de troupes dans lesquelles il eût pleine confiance qu'un grand corps de ces mercenaires qu'on appelait alors Brabançons, C oie r eaux om Routiers, bandits en temps de paix, soldats en temps de guerre, servant au hasard toutes les causes, aussi braves et mieux disciplinés que les autres milices du temps. Avec une partie de cette armée, Henri II arrêta les progrès du roi de France, et il envoya l'autre partie contre les Bretons révoltés. Ceux-ci furent vaincus en bataille rangée par l'expérience militaire des Brabançons, et forcés de se renfermer dans leurs châteaux et dans la ville de Dol, que le roi d'Angleterre assiégea et prit en quelques jours.

La défaite des Bretons diminua l'ardeur, non des fils du roi Henri et de leurs partisans normands, angevins ou aquitains, mais du roi de France, qui désirait par-dessus tout conduire cette guerre au moins de frais possible. Craignant d'être obligé à de trop grandes dépenses d'hommes et d'argent, ou voulant essayer d'autres combinaisons politiques, il dit un jour aux fils révoltés qu'il serait bien fait à eux de se réconcilier avec leur père. Les jeunes princes, contraints par la volonté de leur allié à un soudain retour d'affection filiale, le suivirent au lieu assigné pour les conférences de paix. Non loin de Gisors, dans une vaste plaine, se trouvait un orme gigantesque, dont les branches, à force d'art, étaient ramenées jusqu'à terre, et sous lequel avaient lieu, de temps immémorial, les entrevues des ducs de Normandie et des rois de France. C'est là que vinrent les deux rois accompagnés des archevêques, évêques, comtes et barons de leurs terres. Les fils de Henri II firent leurs demandes, et le père se montra disposé à leur accorder beaucoup. Il offrit à l'aîné la moitié des revenus royaux de l'Angleterre, et quatre bons châteaux forts dans ce pays, s'il y voulait demeurer, ou, s'il l'aimait mieux, trois châteaux en Normandie : un dans le Maine, un dans l'Anjou, undanslaTouraine, avec tous les revenus de ses aïeux les comtes d'Anjou et la moitié des rentes de la Normandie. Il offrit pareillement des terres et des revenus à Richard et à Geoffroy. Mais cette facilité de sa part, et son vif désir de faire cesser à jamais tout motif de querelle entre ses enfants et lui, alarma de nouveau le roi de France. Ce roi cessa de vouloir la paix, et permit aux partisans des fils de Henri II, qui la redoutaient beaucoup, de susciter des obstacles et d'intriguer pour rompre les négociations entamées. L'un de ces hommes, Robert de Beaumont, comte de Leicester, alla jusqu'à dire en face des injures au roi d'Angleterre, et porta la main à son épée. Il fut retenu par les assistants ; mais le tumulte qui suivit cette scène arrêta tout accommodement, et bientôt les hostilités recommencèrent entre le père et les fils. Henri le Jeune et Geoffroy demeurèrent avec le roi de France; Richard se rendit en

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